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Le chef du gouvernement à Tripoli ne veut plus céder le pouvoir

Le gouvernement d’union soutenu par l’ONU a subi mercredi un coup dur, le premier ministre des autorités non reconnues basées à Tripoli affirmant qu’il ne cédait pas le pouvoir, au lendemain d’un ralliement annoncé par son cabinet.

Une semaine après son arrivée surprise à Tripoli, le premier ministre désigné, Fayez al-Sarraj, semblait avoir engrangé un nouveau succès avec le ralliement du gouvernement parallèle de Tripoli, un pas important en vue de sortir le pays du chaos, mais le chef du gouvernement basé à Tripoli, Khalifa Ghweil, a annoncé mercredi qu’il refusait de partir, dans un communiqué qu’il a lui-même signé et publié sur le site de son gouvernement. Il a appelé ses ministres à ne pas quitter leurs postes, menaçant de « poursuites quiconque travaillerait avec le Conseil présidentiel » du gouvernement Sarraj.

Un communiqué portant le sceau du « Gouvernement de salut national?», annonçait pourtant mardi soir sur le site du ministère de la Justice que le gouvernement de Tripoli cessait d’exercer les « fonctions exécutives, présidentielles et ministérielles ».

Le gouvernement d’union et l’ONU n’avaient pas réagi dans l’immédiat à l’annonce de M. Ghweil.

L’émissaire de l’ONU pour la Libye, Martin Kobler, avait mardi soir salué ce ralliement comme une « bonne nouvelle », tout en ajoutant que « les actes devront suivre les paroles » de soutien.

L’ONU et les grandes puissances comptent sur M. Sarraj pour stabiliser le riche pays pétrolier livré aux milices depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et confronté à la montée en puissance du groupe djihadiste État islamique (EI).

Des experts soulignent qu’un retour à l’unité du pays pourrait prendre du temps. « Il faut continuer à recoller les morceaux mais sans brûler les étapes », explique Patrick Haimzadeh, un ancien diplomate spécialiste de la Libye.

À Tripoli, un optimisme fragile semblait pointer son nez chez des habitants lassés du chaos et plusieurs pays envisagent d’y rouvrir des ambassades.

Au travail

« Il y a beaucoup de défis à relever et maintenant le vrai travail commence. Le processus pour faire face à toutes les crises a commencé », a déclaré Moussa el-Koni, un des vice-premier ministres du gouvernement d’union.

Le gouvernement d’union a ordonné à toutes les institutions et tous les ministères d’utiliser son logo.

Outre cette mesure symbolique, il leur a surtout intimé l’ordre d’obtenir son feu vert pour effectuer toute dépense. Il compte pour cela sur la Banque centrale, qui lui a formellement apporté son soutien. Celle-ci tient les cordons de la bourse depuis des années alimentant les autorités rivales. Elle gèlera désormais les comptes des ministères et institutions publiques qui seront donc contraints d’avoir l’approbation en amont du gouvernement d’union.

Ce dernier va donc disposer d’un puissant moyen de pression, car il pourra « octroyer ou arrêter des financements qui profitaient jusqu’à présent aussi bien aux deux gouvernements qu’aux diverses milices », explique Arturo Varvelli, spécialiste de la Libye à l’Institut pour les études de politique internationale (ISPI) de Milan.

Quant à elles, les autorités rivales basées dans l’Est gardent toujours le silence depuis l’arrivée surprise du gouvernement d’union à Tripoli. Comme l’a rappelé l’émissaire de l’ONU, le Parlement de l’Est est la seule institution légitime qui peut adouber officiellement le gouvernement d’union, sur la base de l’accord interlibyen signé au Maroc en décembre 2015. En vertu de cet accord, ce Parlement deviendra ensuite l’instance législative officielle.

Le gouvernement d’union s’était autoproclamé le 12 mars sur la base d’un communiqué d’une centaine de parlementaires de Tobrouk (sur 198), mais un vote consacrerait sa légalisation.

M. Kobler a demandé mercredi à toutes les institutions libyennes de « respecter leurs compétences » prévues dans l’accord.

L’ex-Parlement des autorités de Tripoli, qui devient le Conseil d’État selon cet accord, s’est réuni mercredi sous sa nouvelle appellation. Il s’agit d’un pas important, a souligné l’émissaire de l’ONU, qui ne cesse de souligner que le temps presse pour remettre la Libye sur les rails afin de lutter contre l’expansion du groupe EI.

Comment va s’organiser le pouvoir?

Tripoli — L’accord politique libyen, signé fin décembre au Maroc, prévoit de confier le pouvoir exécutif à un gouvernement d’union nationale conduit par un premier ministre secondé par un Conseil présidentiel. Il est stipulé en outre que le Parlement reconnu par la communauté internationale et basé à Tobrouk (est) représente le pouvoir législatif. Le Congrès général national (CGN), instance législative non reconnue basée à Tripoli, devient lui le Conseil d’État.

La Déclaration constitutionnelle — sorte de mini-constitution qui régit le pays depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 — doit être amendée pour intégrer les termes de l’accord politique.

Le gouvernement d’union nationale : son siège est à Tripoli mais il « peut exercer depuis toute autre ville ». Le mandat de ce gouvernement est de un an à compter de la date du vote de confiance accordé par le Parlement. Si le projet de Constitution n’est pas finalisé avant ce délai, son mandat est « automatiquement prolongé pour un an seulement ».

Le Conseil présidentiel : il s’agit d’une sorte de cabinet restreint qui conduit le gouvernement d’union de manière consensuelle. Il présidé par le premier ministre et formé de cinq vice-premier ministres et trois ministres. Le Conseil présidentiel désigne les membres du cabinet et ne prend ses décisions qu’à l’unanimité des voix du premier ministre et de ses adjoints.

Le Parlement : il est reconnu par la communauté internationale, basé actuellement à Tobrouk, dont les membres ont été élus au suffrage universel en juin 2014, est l’instance législative pour la période de transition prévue par l’accord politique et dont le mandat est établi à deux ans. Le Parlement accorde ou non la confiance au gouvernement d’union, « adopte le budget, contrôle le gouvernement et entérine les politiques publiques soumises par le gouvernement ».

Le Conseil d’État : considéré comme la plus haute instance consultative de l’État, il est composé des 145 élus du Congrès national général basé à Tripoli et dont le mandat a expiré le 7 juillet 2012. L’avis du Conseil d’État est contraignant pour le gouvernement d’union en ce qui concerne les projets de loi avant de les soumettre au Parlement qui, à son tour, les accepte ou les rejette.