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Découverte d’une fosse commune la veille de l’arrivée d’experts de l’ONU

Nairobi — Trois corps ont été retrouvés jusqu’ici dans une fosse commune découverte lundi dans un quartier contestataire du nord-ouest de Bujumbura, a déclaré le maire de la capitale burundaise, selon qui les opposants au régime seraient à l’origine du massacre.

Cette découverte a eu lieu le jour même où le Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a annoncé que des experts indépendants de l’ONU, chargés d’enquêter sur les violations des droits de la personne commises durant les dix mois de crise au Burundi, allaient se rendre sur place dès mardi.

« À partir d’informations fournies par la population, nous avons trouvé aujourd’hui à la 9e avenue de Mutakura une fosse commune, où nous avons déjà découvert trois corps ensevelis dans des sacs », a déclaré Freddy Mbonimpa, le maire de Bujumbura, un responsable non élu, mais directement nommé par le président burundais, Pierre Nkurunziza. « Un des tueurs arrêtés […], qui a reconnu y avoir enterré trois cadavres, nous a assuré qu’il y avait au total une trentaine de corps inhumés dans cette fosse », a-t-il poursuivi, assurant que « les fouilles continuent ».

« Cet assassin nous a expliqué qu’ils ont enterré dans cette fosse commune des personnes tuées parce qu’elles soutenaient le troisième mandat [du président Nkurunziza], des Imbonerakure [la ligue des jeunes du parti au pouvoir] ou encore des habitants du coin qui refusaient de contribuer à l’insurrection », a affirmé M. Mbonimpa. « Nous déplorons le fait qu’Amnesty International ait accusé le gouvernement et ses forces de sécurité d’avoir enterré des gens dans de nombreuses fosses communes, sans évoquer les opposants, alors que ce sont eux qui l’ont fait », a dénoncé le maire de Bujumbura.

Amnesty International avait dénoncé fin janvier l’existence d’au moins six fosses communes autour de Bujumbura, en s’appuyant sur des photos satellites, après une répression sanglante ayant touché plusieurs quartiers contestataires de Bujumbura, à la suite d’une attaque par des rebelles de trois camps militaires le 11 décembre. Le gouvernement burundais avait démenti ces accusations, tout en rejetant toute enquête indépendante.

La mission

Les trois experts de l’ONU, qui seront à Bujumbura mardi, enquêteront donc sur les violations et abus de droits de la personne. « Notre objectif est d’aider l’État [burundais] à remplir ses obligations en matière de droits de la personne et d’établir les responsabilités pour les cas de violations et d’atteintes aux droits de la personne, y compris en identifiant les auteurs présumés », a déclaré le Sud-Africain Christof Heyns, rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires.

« Nous avons reçu un mandat clair du Conseil des droits de l’homme afin d’aider le Burundi à éviter le pire », a renchéri l’Algérienne Maya Sahli-Fadel, rapporteuse spéciale de l’Union africaine sur les réfugiés, les demandeurs d’asile, les personnes déplacées et les migrants en Afrique. Le troisième de ces experts est le Colombien Pablo de Greiff, rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition.

« L’envoi de cette mission n’a pas été de tout repos, car le gouvernement burundais a d’abord multiplié les obstacles. […] La situation a été débloquée pendant la visite du secrétaire général de l’ONU au Burundi il y a une semaine », a expliqué un cadre de l’ONU, sous couvert d’anonymat.

La mission d’enquête présentera un rapport préliminaire le 21 mars et son rapport final en septembre.