Au moins 20 morts dans une attaque djihadiste à Ouagadougou

Un commando djihadiste a mené vendredi soir une attaque sanglante sur un restaurant et un hôtel de Ouagadougou fréquentés par des Occidentaux, faisant au moins une vingtaine de morts et prenant des otages.

L'opération a été revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et survient moins de deux mois après une attaque similaire au Mali. 

Juste avant 2 h (locale et GMT), « l’assaut a commencé » sur l’hôtel Splendid, établissement de luxe du centre de la capitale burkinabé où plusieurs assaillants étaient retranchés, a tweeté l’ambassadeur de France, Gilles Thibault.

« Les différentes composantes des forces armées et de sécurité se sont réparti les missions », a-t-il indiqué, alors que des militaires français étaient notamment sur les lieux, où un correspondant de l’AFP entendait des tirs sporadiques.

Vers 4 h 30 GMT, un ministre burkinabé a annoncé que 30 personnes avaient pu sortir « saines et sauves » de l’hôtel et que 33 blessés avaient été évacués lors de l’assaut, qui était toujours en cours.

Soutien français

Parmi les 30 personnes indemnes figure le ministre du Travail Clément Sawadogo, présent à l’hôtel au moment de l’attaque, a déclaré à l’AFP le ministre de la Communication, Rémis Dandjinou.

« Il y a des morts, mais nous n’avons pas de chiffres », a encore déclaré M. Dandjinou. « L’assaut est en cours avec les forces burkinabé appuyées par les forces spéciales françaises ».

Le président français François Hollande a pour sa part dénoncé « l’odieuse et lâche attaque qui frappe Ouagadougou », a annoncé l’Élysée samedi dans un communiqué.

« Les forces françaises apportent leur soutien aux forces burkinabé », a ajouté la présidence, soulignant également que « le président de la République fait part de son total soutien au président Kaboré ».

Des forces spéciales françaises sont stationnées en banlieue de Ouagadougou dans le cadre de la lutte antidjihadiste dans le Sahel. Washington dispose également de 75 militaires dans le pays, et a indiqué apporter un soutien aux forces françaises dans l’opération.

Des tirs intenses ont retenti sans arrêt pendant cinq minutes vers 5 h dans les étages supérieurs de l’hôtel Splendid, où les forces burkinabé, appuyées par les forces françaises, donnaient l’assaut, a constaté un journaliste de l’AFP.


Les pompiers ont réussi à maîtriser un incendie qui s’était déclaré dans le hall de l’hôtel, dans lequel se trouvait un nombre inconnu de clients et membres du personnel.

Le Splendid, qui compte 147 chambres, est fréquemment utilisé par des Occidentaux et par du personnel des agences onusiennes.

Des contrôles de sécurité étaient en place à l’entrée, mais n’ont pu empêcher l’irruption des assaillants vers 19 h 45, quand des tirs nourris et des détonations ont éclaté.

Le commando a également visé un restaurant voisin, le Cappuccino, lui aussi prisé de la clientèle expatriée, dont l’attaque a fait « plusieurs morts », selon un employé joint par l’AFP.

« Sur la terrasse du Cappuccino, les sapeurs-pompiers ont vu une dizaine de cadavres », a déclaré à l’AFP le ministre de l’Intérieur, Simon Compaoré, qui a indiqué que le nombre d’assaillants était encore incertain.

Le directeur du principal hôpital de Ouagadougou a fait état d’un premier bilan global d’au moins « une vingtaine de morts ». Il a cité une blessée selon laquelle il y avait parmi les morts « plus de Blancs que de Noirs ».

Trois (ou quatre) hommes armés

Un journaliste de l’AFP a pu distinguer au début de l’attaque trois hommes armés et enturbannés, un témoin indiquant de son côté avoir vu quatre assaillants « enturbannés et de type arabe ou blanc ».

Forces de l’ordre et secours ont bouclé le quartier, où une dizaine de voitures incendiées brûlaient dans la nuit.

L’attaque a été revendiquée par le groupe djihadiste AQMI, qui l’a attribuée au groupe islamiste Al-Mourabitoune du chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar, rallié à AQMI, selon SITE, une organisation américaine qui surveille les sites Internet islamistes.

L’ambassade de France avait évoqué très rapidement une « attaque terroriste », mettant en place un numéro d’urgence pour la communauté française. Le vol Air France Paris-Ouagadougou a été dérouté vers le Niger voisin.

Attaque inédite

Cette attaque inédite dans la capitale burkinabé constitue un défi pour le pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, récemment élu après une transition souvent chaotique à la tête de ce pays à la population majoritairement musulmane (60 %).

Le Burkina, « point d’appui permanent » de l’opération militaire française Barkhane, a par contre déjà été la cible d’opérations djihadistes.

Une première attaque avait d’ailleurs eu lieu vendredi après-midi dans le nord du pays, près de la frontière malienne, au cours de laquelle un gendarme et un civil ont été tués, a indiqué dans la soirée l’armée burkinabé.

Plusieurs attaques de ce type ont eu lieu ces derniers mois, et en avril 2015, le chef de sécurité roumain de la mine de manganèse de Tambao (nord) a été enlevé, action revendiquée par Al-Mourabitoune. On est sans nouvelles de lui.

L’opération de vendredi survient un peu moins de deux mois après celle de l’hôtel Radisson Blu, à Bamako. Le 20 novembre, une attaque djihadiste avait fait 20 morts dont 14 étrangers dans la capitale malienne, où des hommes armés avaient retenu en otages pendant plusieurs heures environ 150 clients et employés, avant une intervention des forces maliennes appuyées par des forces spéciales françaises et américaines et des agents de l’ONU. Deux assaillants avaient été tués.

L’opération de Bamako a été revendiquée par deux groupes djihadistes : le 20 novembre par Al-Mourabitoune et le 22 novembre par le Front de libération du Macina (FLM, mouvement djihadiste malien).

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 16 janvier 2016 00 h 08

    Une maladie de la vie

    Il ne sera pas facile de se débarrasser de ces barbares d'une autre époque, des gens animés par une sorte de violence originelle, des gens n'ayant pas pris conscience de l'importance de la paix et de la non violence, peut etre faudrait-il utiliser des moyens radicaux pour les iradiquer, mais en même temps ne serait-ce pas, ce que veulent ces gens, créer un chaos destructeur, qui ne peut que faire regresser l'humanité, peut etre est-ce une maladie propre la vie, peut etre la vie a-t-elle connue plusieurs périodes semblables, une sorte de délire collectif