Le président Zuma est de plus en plus contesté, mais reste sourd à la critique

Des Sud-Africains de toutes les classes sociales en ont ras-le-bol du président Zuma.
Photo: Mujahid Safodien Agence France-Presse Des Sud-Africains de toutes les classes sociales en ont ras-le-bol du président Zuma.

Rassemblées derrière le slogan « Zuma doit tomber », quelques milliers de personnes ont manifesté mercredi dans plusieurs grandes villes d’Afrique du Sud, appelant à la démission du président Jacob Zuma. « Il est corrompu et égoïste », clame Siya Khumalo, un jeune blogueur de Johannesburg pour qui il est temps de « réagir avant que le président ne détruise le pays ».

Dans la capitale économique sud-africaine, quelques centaines de protestataires sont rassemblés au pied du pont Nelson-Mandela, près du centre-ville. Ponctuée de quelques cris et de discours, l’atmosphère est calme, sans débordement. Certains sont venus en famille, les enfants agitent le drapeau multicolore de l’Afrique du Sud. « Nous aimons notre pays, mais ce président est une honte, dit David Bohnen, un biochimiste. Il nous ridiculise aux yeux du monde. » Aujourd’hui, c’est la classe moyenne sud-africaine, majoritairement blanche, qui est dans la rue.

Volte-face

Mais la colère couve depuis un moment et le président Zuma fait de plus en plus l’unanimité contre lui. « Il y a un sentiment de frustration qui grandit envers les dirigeants de ce pays, dans toutes les communautés et classes sociales », estime l’analyste politique sud-africain Daniel Silke. L’élément déclencheur de ces manifestations a été le limogeage, la semaine dernière du ministre des Finances, Nhlanhla Nene, réputé comme un homme intègre, et son remplacement par un député peu connu et sans expérience, David Van Rooyen. Une décision prise unilatéralement par le chef de l’État, sans justification officielle.

Les conséquences économiques furent lourdes : le rand, la devise nationale, a plongé à des niveaux historiquement bas. Quatre jours plus tard, face aux pressions des marchés financiers, de la société civile et, en coulisses, de son propre parti l’ANC, Jacob Zuma fait volte-face. Il écarte David Van Rooyen et appelle à la rescousse Pravin Gordhan, un homme qui a fait ses preuves comme ministre des Finances de 2009 à 2014. Les marchés se rassurent, le rand remonte un peu, mais l’Afrique du Sud ne décolère pas.

Ce n’est pas la première fois que le président sud-africain est accusé de protéger ses intérêts au détriment de ceux de la nation. Englué dans un scandale concernant les financements de sa résidence privée, il écarte les critiques de quelques ricanements au Parlement. Sourd à toute contestation, Jacob Zuma a placé des proches à la tête des institutions de l’État et, plusieurs fois, a défendu des alliés, accusés de corruption ou d’incompétence.

Parti hégémonique

« Le président sort affaiblit de ce dernier épisode. Il ne s’attendait pas à ce que sa décision suscite autant de mécontentement. La réaction populaire et les conséquences sur l’économie, ont poussé des membres de l’ANC à lui faire comprendre qu’il allait trop loin », estime l’analyste politique Ralph Mathekga.

Mais malgré ce revers, Jacob Zuma semble toujours politiquement intouchable. « Il n’y a pas, au sein de l’ANC, de voix assez forte pour le faire tomber », dit le politologue. Le président reste l’homme fort du parti hégémonique en Afrique du Sud. Et, sauf surprise, le pays devra s’en accommoder jusqu’à la fin de son second mandat, en 2019.