Permettre à des Indiennes et à des Nigériennes d’avoir un revenu

Martine Letarte Collaboration spéciale
Ambati Polamma a fait partie du premier groupe de femmes aidées par l’AIPE dans le village de l’Andhra Pradesh, en Inde. Depuis l’ouverture de son commerce, elle peut envoyer ses enfants à l’école et a remboursé ses dettes au prêteur usurier local.
Photo: AIPE Ambati Polamma a fait partie du premier groupe de femmes aidées par l’AIPE dans le village de l’Andhra Pradesh, en Inde. Depuis l’ouverture de son commerce, elle peut envoyer ses enfants à l’école et a remboursé ses dettes au prêteur usurier local.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans de nombreux pays, les femmes n’ont pas accès au crédit, beaucoup sont marginalisées et vivent en situation de grande pauvreté. C’est le cas au Niger, où Développement, Expertise et Solidarité Internationale (DESI) a un projet. En Inde également, où les veuves sont littéralement chassées des villages, comme l’a constaté l’Aide internationale pour l’enfance (AIPE). Le travail de ces organismes dans ces pays en est un de longue haleine.

Une Indienne a reçu du microcrédit de Resource Educational Society, un organisme de la région de l’Andhra Pradesh, partenaire de l’AIPE, afin de s’acheter une chèvre. Nomade, elle se promène de champ en champ pour la faire brouter. Toutefois, étant veuve, elle est considérée comme impure, alors les gens du village s’opposaient à ce que sa chèvre se nourrisse dans leurs champs et boive l’eau du puits. Elle devait marcher 10 km pour faire brouter et boire sa chèvre, ce qui n’était pas sans risque. Tout un travail de négociation a été fait. Deux travailleurs sociaux, un homme et une femme, accompagnés de deux professeurs, sont allés rencontrer le chef du village. L’opération a été couronnée de succès, mais cette histoire illustre bien les défis rencontrés sur le terrain afin d’aider les femmes à se sortir de la misère.

« Le microcrédit est important, mais un grand travail d’éducation doit être fait aussi auprès de ces femmes qui connaissent très peu leurs droits et des autres personnes dans le village pour éviter de mettre ces femmes en danger », soutient Roxana Robin, fondatrice et directrice de l’AIPE.

On doit convaincre le chef que ces femmes peuvent apporter quelque chose à la communauté comme entrepreneuses. Les mentalités changent, mais l’AIPE est active dans ce village de pêcheurs depuis de nombreuses années.

« Il n’y a pas si longtemps, les femmes étaient brûlées vives sur le bûcher de leur mari ; ce n’est plus le cas, mais elles restent extrêmement vulnérables de par la culture, constate Mme Robin, qui s’est rendue en Inde plusieurs fois. Ces veuves ont zéro ressource et puisqu’elles ont souvent commencé à travailler vers sept ou huit ans dans les mines ou les carrières de pierre, elles se retrouvent à une trentaine d’années avec de grands problèmes de santé. Elles s’endettent à des taux d’intérêt de 25 à 35 % auprès de prêteurs usuriers afin d’avoir accès à des soins et à des médicaments. »

Briser le cycle de l’extrême pauvreté

En plus des veuves, le programme aide aussi des mères célibataires, des femmes abandonnées par leur mari et d’autres femmes très pauvres. L’objectif est de briser le cycle de l’extrême pauvreté en permettant à ces femmes d’avoir accès à un revenu afin qu’elles puissent envoyer leurs enfants à l’école.

Grâce à l’AIPE et à son partenaire, ces femmes ont accès à 200 $, sans intérêts, pour démarrer de petites entreprises. Plusieurs vont cultiver le chili, le faire sécher et le revendre en sachets. D’autres cuisinent de petites collations et les vendent chez elles, un peu sur le principe d’un dépanneur.

Elles ont seulement le capital à rembourser après avoir discuté des modalités avec la travailleuse sociale du projet. Malgré l’accès au microcrédit, les défis de ces femmes demeurent grands.

« Il y a toujours beaucoup d’imprévus, comme des intempéries qui détruisent les récoltes ou des problèmes de santé, alors leur quotidien demeure précaire, mais elles arrivent à dépasser le stade de la survie », constate Mme Robin.

Microentreprises au Niger

Au Niger, DESI travaille avec son partenaire local, Promotion de l’entrepreneuriat jeunesse et du leadership féminin (PEJELF). Les femmes pauvres ont accès à du microcrédit et on leur donne également six mois de cours d’alphabétisation, de même que des formations en gestion, en leadership et sur les droits des femmes.

Depuis 2013, 80 femmes ont bénéficié de ce programme. Quatre microentreprises ont été créées et les femmes peuvent s’y joindre. À Niamey, on retrouve un salon de coiffure et un atelier de couture, puis à Gothèye, un site maraîcher et une banque céréalière.

Ces entreprises sont gérées par ces femmes et permettent un plus grand pouvoir d’action.

« Par exemple, pour l’atelier de couture, on a fourni le local et les machines, mais chaque femme utilise son prêt pour acheter du tissu et du fil et elles décident comment vendre leurs produits, explique Noémie Legendre, directrice de DESI. Elles mettent aussi une part de leurs revenus en commun pour continuer d’avoir un salaire en cas de problème, comme lorsqu’une femme doit cesser de travailler pour une certaine période de temps. Cela leur donne un filet social. »

Environ le quart des femmes décident plutôt de lancer leur propre entreprise, comme de petits kiosques de nourriture.

Les femmes ont la responsabilité d’établir les méthodes de remboursement des prêts et le taux de remboursement est de 100 %.

« Grâce à ces projets, les femmes acquièrent une indépendance, elles peuvent contribuer à pourvoir aux besoins de leur famille et elles augmentent grandement leur confiance en elles », remarque Noémie Legendre, qui s’est rendue au Niger en janvier.

Assurer la pérennité

Alors que les résultats sont au rendez-vous, il faut maintenant relever le défi de pérenniser ces initiatives.

DESI peut compter pour le moment sur le financement du ministère des Relations internationales et de la Francophonie et souhaite que le projet soit reconduit, mais l’organisme travaille également pour trouver du financement local.

« L’organisme PEJELF est encore jeune et un appui local permettrait de le solidifier et de réaliser encore plus d’activités », indique Noémie Legendre.

L’AIPE, qui a déjà aidé 200 femmes avec son projet, souhaite pour sa part assurer le maintien des services en travail social de son partenaire.

« C’est difficile de trouver du financement pour payer le salaire de notre travailleuse sociale parce que les bailleurs de fonds souhaitent plutôt donner de l’argent pour le microcrédit, affirme Mme Robin. Pourtant, notre travailleuse sociale, une femme de la communauté, fait un travail d’éducation et d’encadrement essentiel. Elle travaille avec nous depuis 2003 et elle a vraiment réussi à créer un lien de confiance avec les gens du village. Nous souhaitons même en embaucher une deuxième. Les besoins sont là. »