Le Nobel de la paix au quartet du dialogue tunisien

Oslo — Une coalition tunisienne d’ouvriers, de patrons, de militants des droits de la personne et d’avocats a remporté vendredi le prix Nobel de la paix pour avoir ramené le pays qui a donné naissance au printemps arabe sur le chemin de la démocratie. Et pour l’avoir empêché de plonger dans la guerre civile.

Le Dialogue national tunisien a été cité par le comité Nobel « pour sa contribution déterminante dans la construction d’une démocratie pluraliste » dans ce pays d’Afrique du Nord, après la révolution de 2011.

« Le quartet a établi un processus politique de paix à un moment où le pays était au bord de la guerre civile », a ajouté le comité au moment de son annonce.

Ce prix représente une victoire énorme pour la petite Tunisie, dont la démocratie encore fragile a été frappée cette année par deux attaques extrémistes qui ont fait 60 morts et ébranlé l’industrie touristique.

Des manifestants tunisiens ont donné le coup d’envoi, au printemps 2011, à une série de révolutions qui allaient chambouler le monde arabe. La Tunisie demeure toutefois le seul pays de la région où la démocratie a su s’enraciner, grâce à la contribution des forces sociales et politiques, à un dialogue qui a mené à des institutions démocratiques, constitutionnelles et législatives.

« Plus que toute autre chose, ce prix se veut un encouragement au peuple tunisien, qui en dépit d’obstacles majeurs a jeté les fondations d’une fraternité nationale qui, espère le comité, servira d’exemple à être imité par d’autres pays », dit la présidente du Comité du prix Nobel de la paix, Kaci Kullmann Five.

Le Dialogue national tunisien est constitué de membres du principal syndicat des travailleurs, d’un ordre d’avocats, de la Ligue des droits de l’Homme tunisienne et d’une organisation patronale.

Mme Kullmann Five a dit que le prix de 960 000 $US (environ 1,2 million $CAN) est remis au quartet et non aux institutions individuelles. On ne sait pas exactement qui acceptera le prix du nom du quartet lors de la cérémonie du 10 décembre à Oslo, en Norvège.

Dialogue pacifique

Le comité Nobel a expliqué que le quartet a joué un rôle de premier plan dans l’émergence de la démocratie, en ouvrant le chemin à un dialogue pacifique entre les citoyens, les partis politiques et les dirigeants, sans égard aux divisions politiques ou religieuses, ce qui a contré la propagation de la violence.

Le quartet a été formé en juillet 2013, après que l’assassinat de Mohammed Brahmi, un politicien de gauche, eut plongé le pays dans la tourmente et poussé les partis d’opposition à boycotter le Parlement. Un dialogue national mené par le quartet a réussi à négocier une transition d’un gouvernement islamiste élu vers un gouvernement intérimaire formé de technocrates, qui a eu comme tâche d’organiser des élections pour former un nouveau gouvernement permanent.

Le dialogue a failli s’effondrer à plusieurs reprises avant de réussir. Il est cité en opposition au coup d’État égyptien qui a chassé le gouvernement islamiste élu à l’été 2013.

Le patron de l’Union générale tunisienne du travail, Houcine Abassi, s’est dit « dépassé » quand un journaliste de l’Associated Press lui a appris la nouvelle. « C’est un prix qui couronne plus de deux ans d’efforts déployés par le quartet à un moment où le pays était menacé sur tous les fronts », a-t-il déclaré.

M. Abassi a dit espérer que le prix aidera à « unifier les Tunisiens face à leurs défis d’aujourd’hui — d’abord et avant tout, le danger du terrorisme ».

Le dirigeant de l’Ordre national des avocats, Mohammed Fadhel Mafoudh, a estimé que le prix Nobel de la paix constitue un message pour tous les partis embrouillés dans un conflit politique. « Ça leur dit que tout peut se régler par le dialogue et que tout peut se régler dans un climat de paix, et que le langage des armes ne nous mènera nulle part », a-t-il dit.

La décision du comité Nobel a pris de nombreux observateurs par surprise. Plusieurs misaient davantage sur la crise des migrants en Europe ou encore sur l’accord nucléaire conclu par les États-Unis et l’Iran en juillet.

Le comité a noté que la lutte pour la démocratie s’est immobilisée dans plusieurs pays arabes.

« Mais la Tunisie a démontré que c’est possible, quand on met nos propres intérêts de côté pour donner priorité aux intérêts du peuple et de la nation, a dit Mme Kullman Five. Nous espérons contribuer à la protection de la démocratie en Tunisie et de ceux qui font la promotion de la paix au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. »

2 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 9 octobre 2015 08 h 50

    Bravos !

    Quel pays !
    Quelle belle jeunesse !
    Quel courage des Tunisiens !

    Prix et bravos bien mérités !

  • Yvon Bureau - Abonné 9 octobre 2015 11 h 16

    La plus belle nouvelle du jour,

    la plus inspirante et réconfortante.