Sissi sous pression après l’attentat du consulat italien

L’impressionnante déflagration, entendue à travers la capitale, a soufflé une partie de la façade du bâtiment du consulat italien.
Photo: Mohamed El-Shahed Agence France-Presse L’impressionnante déflagration, entendue à travers la capitale, a soufflé une partie de la façade du bâtiment du consulat italien.

Avec l’attentat spectaculaire contre le consulat italien au coeur du Caire, les djihadistes du groupe État islamique accentuent la pression sur le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et livrent une démonstration de force en s’attaquant à ses alliés occidentaux.

La capitale égyptienne s’est réveillée samedi avec le premier attentat visant une mission diplomatique depuis que l’ex-chef de l’armée et actuel président a destitué l’islamiste Mohamed Morsi en juillet 2013.

Des djihadistes affiliés au groupe État islamique (EI) — qui ont multiplié ces derniers mois les attaques meurtrières contre les forces de l’ordre — ont revendiqué l’explosion d’une voiture bourrée d’explosifs près du consulat d’Italie qui a fait un mort, recommandant aux « musulmans » de rester éloignés de ces « cibles légitimes ».

Par le passé, le porte-parole d’EI, Abou Mohamed al-Adnani, avait appelé les partisans du groupe à s’attaquer aux intérêts occidentaux.

« Les terroristes signalent qu’ils sont capables de toucher le gouvernement dans le centre du Caire, près d’une station de métro, d’une institution étrangère, souligne H. A. Hellyer, du Brookings Centre. S’ils avaient fait exploser la bombe une ou deux heures plus tard, il y aurait eu des dizaines de mort. »

Le consulat se trouve à quelques mètres de la Cour de cassation, des bureaux du procureur général — assassiné fin juin dans un attentat spectaculaire —, du syndicat des journalistes et des locaux du principal quotidien étatique Al-Ahram.

L’impressionnante déflagration, entendue à travers la capitale, a soufflé une partie de la façade du bâtiment.

Cibler l’Occident

« Je ne pense pas que le but était de viser l’Italie spécifiquement. L’idée était de toucher un pays occidental, et de trouver pour cela [la cible] la plus vulnérable pour une attaque offrant un maximum de visibilité », précise M. Hellyer.

« C’était une cible facile », a confirmé un diplomate occidental en poste au Caire.

Le bâtiment étant situé dans un quartier au trafic incessant où fourmillent vendeurs ambulants et passants, « la sécurité y est difficile à assurer, en comparaison aux mesures de sécurité en vigueur près des ambassades des États-Unis et du Royaume-Uni par exemple ».

Après l’éviction de M. Morsi, les pays occidentaux, États-Unis en tête, avaient dénoncé la sanglante répression qui s’était abattue sur ses partisans, et dans laquelle plus de 1400 personnes ont été tuées et des dizaines de milliers emprisonnées.

Mais les pratiques répressives du pouvoir ont été rapidement éclipsées aux yeux des puissances occidentales, qui ont trouvé en la personne de M. Sissi un allié de taille dans leur lutte contre l’EI.

« Je pense que Sissi est un grand dirigeant […].En ce moment, l’Égypte ne sera sauvée que par le leadership de Sissi », a ainsi déclaré le premier ministre italien Matteo Renzi dans une interview diffusée dimanche par Al-Jazeera.

Pour Michael Wahid Hanna, du centre d’études américain The Century Foundation, l’attentat de samedi suggère « une expansion » d’EI au-delà de son bastion en Égypte, le nord de la péninsule du Sinaï, où des centaines de policiers et de soldats ont été tuées dans des attentats.

Ces attaques sont revendiquées par « la province du Sinaï », la branche égyptienne de EI, mais l’attentat de samedi a été revendiqué sous un nouveau nom, « EI en Égypte ».

« Il s’agit de la première tentative d’établir un nouveau groupe affilié à EI sur l’Égypte continentale », précise M. Hanna. « L’attaque signale les ambitions de EI. C’est un développement significatif […] Nous ne pouvons pas dire s’il s’agit d’une expansion durable, mais c’est une tentative. »

Un haut responsable du ministère de l’Intérieur a défendu le bilan des forces de sécurité dans leur « guerre contre le terrorisme ». « Chaque jour nous démantelons des cellules terroristes, nous menons des frappes préventives, des gens sont traduits en justice », a-t-il assuré à l’AFP.

Par le passé, un responsable de la police avait estimé que les djihadistes peinaient à s’établir dans le Delta du Nil, où la population était plus prompte à les dénoncer et où les forces de sécurité obtenaient facilement des informations.

En mai, six membres présumés de EI avaient été pendus, et certains arrêtés dans un raid de la police dans le nord du Caire en 2014.

EI chassé de la ville libyenne de Derna

Le groupe djihadiste État islamique (EI) a indiqué dans une vidéo diffusée sur internet avoir été chassé de la ville de Derna, dans l’est de la Libye, promettant d’y revenir pour venger ses combattants. L’enregistrement de dix minutes publié par le service de communication de la province de Barqa, en Libye, évoque la perte de la ville à l’issue de combats avec des groupes armés.

Derna, ville côtière située à environ 300 kilomètres de la frontière égyptienne, était souvent décrite comme le fief des partisans de EI en Libye depuis leur entrée dans la ville en novembre 2014. Ces dernières semaines, la ville avait été le théâtre de féroces combats entre des djihadistes de EI et des combattants islamistes du Conseil des moujahidine de Derna. Ces derniers ont chassé EI de nombreux quartiers de cette ville, dont plusieurs groupes armés se partagent le contrôle depuis plus d’un an.