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Le procureur général d’Égypte est tué dans un attentat

Le procureur général d’Égypte a été tué lundi dans un attentat contre son convoi au Caire, à la suite d’appels du groupe État islamique (EI) à s’attaquer au corps judiciaire pour venger l’exécution de ses partisans.

Hicham Barakat, 64 ans, est le plus haut représentant de l’État tué en représailles à la violente répression qui s’est abattue sur les islamistes depuis la destitution par l’armée du président Mohamed Morsi en juillet 2013.

Nommé après cette destitution et considéré comme un opposant acharné des islamistes, le procureur Barakat avait déféré devant la justice des milliers d’islamistes dont des centaines ont été condamnées à mort.

Grièvement blessé dans l’attaque survenue le matin devant une académie militaire dans le quartier huppé de Héliopolis, le procureur a été transporté à l’hôpital où il est décédé.

L’explosion a totalement détruit au moins cinq voitures et fait exploser les vitrines de plusieurs magasins. Des taches de sang étaient visibles dans la rue.

Un revers pour Sissi

L’assassinat du procureur représente un revers pour le président Abdel Fattah al-Sissi, l’ancien chef de l’armée tombeur de M. Morsi et élu en 2014 en promettant de débarrasser le pays des islamistes.

Amnesty International a condamné un meurtre « lâche », mais a affirmé que les autorités ne devraient pas utiliser de tels actes « comme un prétexte pour bafouer les droits de l’Homme ».

« Il y a eu une forte déflagration qui a fait voler en éclats des vitres, c’était comme un séisme », a raconté un garde du corps du procureur général à l’hôpital.

Selon le porte-parole du ministère de la Santé, Hossam Abdel Gaffar, huit personnes ont été blessées, dont deux civils et cinq policiers chargés de la sécurité du procureur. Ce dernier circulait à bord d’un véhicule blindé, conçu de manière à le protéger des balles, mais pas des explosions, d’après les enquêteurs.

Le chef de la brigade des artificiers, le général Mohamed Gamal, a indiqué qu’il s’agissait soit d’un attentat à la voiture piégée soit d’une bombe fixée sous un véhicule.

Escalade de la violence

Cet attentat est le plus spectaculaire mené contre de hauts responsables depuis la tentative d’assassinat du ministre de l’Intérieur en 2013 revendiquée par Ansar Beït al-Maqdess, un groupe qui a fait allégeance à EI.

« Il s’agit d’une sérieuse escalade », a dit Michael Wahid Hanna, un expert égyptien du centre de réflexion Century Foundation basé à New York. Pour lui, les djihadistes « ne sont pas en mesure de menacer le régime Sissi tant qu’il maintient une certaine cohésion », mais « ils ont le pouvoir de laisser un impact très négatif en Égypte ».

Le 21 mai, Ansar Beït al-Maqdess, basé au Sinaï, a appelé ses partisans à s’attaquer aux juges en riposte à la pendaison de six hommes reconnus coupables d’avoir mené des attaques au nom d’EI qui sévit dans plusieurs pays arabes. Quelques jours plus tôt, deux juges et un procureur avaient été tués par balles dans le Sinaï, théâtre régulier d’attentats djihadistes visant habituellement les forces de sécurité. Cette attaque était intervenue quelques heures après que la condamnation à mort M. Morsi, aux côtés d’une centaine d’autres accusés, pour des évasions de prison et des violences durant la révolte de 2011 ayant renversé Hosni Moubarak.