Un vendredi sous le signe de la terreur

Les vacanciers de la plage de Sousse, en Tunisie, ont fait face à l'horreur vendredi après qu'un étudiant a ouvert le feu, tuant au moins 38 personnes.
Photo: Fethi Belaid Agence France-Presse Les vacanciers de la plage de Sousse, en Tunisie, ont fait face à l'horreur vendredi après qu'un étudiant a ouvert le feu, tuant au moins 38 personnes.

L’horreur multipliée par quatre, la violence qui frappe en simultané sur trois continents et dont l’expression la plus cauchemardesque se présente sur fond de plage ensanglantée en Tunisie. Un vendredi qui aura vu une personne décapitée dans une usine près de Lyon, en France, au moins 27 personnes tuées et 222 blessées dans un attentat suicide au Koweït ainsi que des dizaines de soldats assassinés par les islamistes shebab en Somalie.

Et en Tunisie, espoir du printemps arabe, un étudiant qui se faisait passer pour un vacancier a attaqué un établissement touristique. Dans un hôtel en bord de mer près de Sousse, le jeune Tunisien a ouvert le feu, tuant au moins 38 personnes, avec une arme cachée dans un parasol.

Au moment d’écrire ces lignes, la liste des nationalités des victimes n’avait pas encore été établie. En tenue de plage pour la plupart, celles-ci n’avaient pas leurs papiers d’identité sur elles, a expliqué un responsable du ministère de la Santé à l’Agence France-Presse. Au moins cinq Britanniques et une Irlandaise figurent parmi les étrangers tués, ont indiqué les autorités de leur pays respectif.

L’assaillant a visé les clients sur la plage, puis pénétré dans l’enceinte de l’hôtel pour abattre des clients installés au bord des piscines. Le ministre de l’Intérieur a annoncé que le tueur avait été abattu. Le groupe État islamique (EI) a revendiqué l’attentat de Sousse plus tard en soirée dans un communiqué diffusé par des comptes djihadistes sur Twitter. « Le soldat du califat […] Abou Yahya al-Qayrawani […] a pu parvenir au but dans l’hôtel Imperial », indique le texte.

EI avait également été prompt à revendiquer l’attaque au musée du Bardo à Tunis, survenu il y a seulement trois mois. 22 personnes avaient trouvé la mort, dont 21 touristes étrangers.

L’industrie touristique tunisienne a d’ailleurs déjà enregistré un important recul depuis les attaques du Bardo. Ce sont 25,7 % de touristes en moins qui se sont rendus en avril 2015 dans ce pays, par rapport à 2014. À l’aube de la saison estivale, ce nouvel attentat compromet l’espoir de renouer avec le tourisme dans un pays où cette activité représente environ 400 000 emplois directs et indirects. Plusieurs agences de voyages européennes ont d’ailleurs déjà annoncé le rapatriement de leurs clients de Tunisie et la suspension de leurs voyages pour l’été.

Le président Béji Caïd Essebsi, qui s’est rendu sur les lieux, a jugé que ces attaques étaient « la preuve qu’il faut une stratégie globale et que tous les pays actuellement démocratiques doivent unir leurs forces ». « La Tunisie est face à un mouvement international. Elle ne peut répondre toute seule à cela », a-t-il dit à l’AFP.

La Maison-Blanche et l’ONU ont condamné les attaques survenues vendredi en France, en Tunisie et au Koweït, tout comme Al-Azhar, prestigieuse institution de l’islam sunnite.

Le premier ministre Stephen Harper a quant à lui déclaré que le mouvement djihadiste s’attaquait aux valeurs communes de liberté, de démocratie et de respect de la dignité humaine.

Des attentats coordonnés ?

Les cibles semblent cohérentes à première vue : des touristes en Tunisie, des chiites dans une mosquée au Koweït, des cibles officielles dans un pays qui fait la guerre à ses islamistes radicaux en Somalie. Tous des « mécréants, soit des non-musulmans qui mangent et qui boivent durant le ramadan ou bien de “ faux ” musulmans qui répandent des enseignements hérétiques selon les salafistes [sunnites] », explique Sami Aoun, spécialiste du Moyen-Orient de l’Afrique du Nord. Le cas français lui apparaît l’acte d’un individu isolé : « L’homme était connu, fiché par les services de renseignement, mais son lien hiérarchique avec une cellule reste à démontrer. »

Surtout, même si aucun lien direct entre les attaques ne peut être établi à ce stade, leur contexte, lui, présente des similarités. Selon M. Aoun, il y a au Koweït, en Somalie et en Tunisie un climat en général très tendu et une lutte acharnée entre les pouvoirs en place et ces islamistes de différentes tendances et de différentes couleurs. « Il y a une guerre à savoir ce qu’est le “ vrai ” islam et quel islam il faut appliquer dans la sphère politique », détaille-t-il.

En Tunisie particulièrement, le salafisme, un courant ultraorthodoxe de l’islam, s’est vu marginalisé depuis quelques années. Depuis le printemps arabe de 2011, le pays est entré dans une période de transition, durant laquelle l’islamisme politique a perdu « un grand point de frustration pour les djihadistes salafistes », affirme le spécialiste. L’attaque survient paradoxalement dans l’État qui a réussi le plus une libéralisation et une ouverture de son régime dans la région.

Il rappelle aussi que l’attentat survient peu de temps après que les Américains eurent éliminé Abou Sayyaf, haut placé dans EI et d’origine tunisienne. Sayyaf était suspecté d’avoir abattu l’ambassadeur américain en Libye en 2012. La vengeance pourrait donc potentiellement figurer parmi les motifs.

M. Aoun précise aussi que le mois du ramadan, contrairement à une perception répandue, n’interdit pas les actes guerriers. Au contraire, « c’est un mois où l’on constate une certaine montée de ferveur religieuse. Les idéologies activistes profitent parfois de cette piété pour la détourner vers une idéologie combative », expose-t-il.

2 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 27 juin 2015 03 h 55

    Seigneur!

    Ces attaques font frémir, et donnent des frissons dans le dos, c'est le moins qu'on puisse dire! Après Ottawa et St-Jean sur Richelieu je croyais avoir tout vu, mais la quasi-synchronisation (où du moins une synchronisation très rapproché jusqu'à preuve du contraire) montre les moyens et la terreur que ces gens utilisent pour parvenir à leur fins, et cela semble porter ces fruits malheureusement.

    J'espère que M.Harper, qui se veut le champion incontesté de la sécurité fera pression sur son homologue américain, pour que l'ONU parvienne à concerter tout les pays de notre chère planète afin d'agir et de neutraliser ces gens et leur tactiques de terreur, une bonne fois pour toute.

  • James Dormeyer - Abonné 27 juin 2015 08 h 06

    Répliques imprévisibles

    Dans un article du Figaro sur les tremblements de terre paru en 2011, Tristan Vey, grand reporter au service Sciences et médecine, titrait:
    "Les répliques d'un séisme sont attendues mais imprévisibles"

    Ce diagnostic, selon moi, s'applique parfaitement aux terribles attentats de ces derniers jours, comme des répliques aux "tremblements de terre" qu'ont fait subir aux populations de leur pays, des dictateurs légitimés par le silence complice et interessé des "grandes" puissances, que les mille coups de fouets infligés par le roi d'Arabie saoudite n'émeuvent nullement...

    On n'oubliera pas que la Tunisie en particulier, depuis longtemps lieu de vacances dorées sur des plages au sable fin et au soleil éternel, fut aussi un lieu d'emprisonnement et de torture...
    Ceux qui en ont souffert à cette époque, sont toujours là par milliers, avec un profond ressentiment au coeur de ce qu'ils ont vécu, eux, leurs proches et leurs amis, lorsqu'ils étaient jeunes, engendrant pour certains, un violent désir de vengeance.
    Ils constituent dans ce pays, et par milliers paraît-il, grâce à la porosité de leur frontière avec la Lybie, ce terreau fertile à d'imprévisibles "répliques"...

    Et si on considère la carte des violences faites chaque jour à des populations civiles, on ne s'étonnera pas qu'il puisse y avoir d'autres "répliques" de ce genre, car les dictatures brutales ou subtiles, soutenues par nos interêts, ne manquent pas !

    Cette réflexion, non pour justifier la barbarie, mais pour essayer d'en comprendre
    les sources...

    James Dormeyer.