Un quotidien infernal

Un jeune de Leer devant sa maison détruite
Photo: Pawel Krzysiek Agence France-Presse Un jeune de Leer devant sa maison détruite

Juba — Même loin du front, les Sud-Soudanais subissent de plein fouet les conséquences de la guerre civile qui ravage leur pays depuis 17 mois et a plongé la moitié de la population dans le besoin d’une aide humanitaire.

Lauren Odeil, mère de huit enfants, explique que le prix du sac de 50 kilos de farine a triplé en un an. Et la tendance est la même pour le riz, les haricots, l’huile. « Si la situation continue comme ça, beaucoup de gens n’auront bientôt plus les moyens de s’acheter à manger », explique cette employée d’une ONG étrangère à Juba — donc une privilégiée parmi la population d’une des capitales les plus chères du monde.

Selon l’ONU, près de la moitié des 12 millions d’habitants du pays a besoin d’assistance humanitaire et certaines zones sont au bord de la famine. Avant même le conflit, le Soudan du Sud était déjà un des pays les plus dépendants de l’aide internationale.

De longues files

Aujourd’hui, à mesure que les prix montent en flèche, les files s’allongent devant les magasins et les stations-service, où les pénuries d’essence sont de plus en plus fréquentes.

« Avec la hausse des prix, notre population est à bout », déplore Lam Akol, un leader de l’opposition. « Elle ne peut plus acheter les produits alimentaires de base ou pour la vie quotidienne ».

La livre sud-soudanaise s’est effondrée et s’échange au marché noir cinq fois au-dessous de sa valeur officielle. « Le cours du dollar monte en flèche, il n’y a plus de contrôle sur le taux de change », s’alarme Wani Saki Michael, 27 ans, qui dit ne manger qu’un repas par jour, faute de moyens.

« Nous souffrons aujourd’hui d’une inflation galopante […] Cet important écart entre les deux taux de change a fait passer le dollar d’un moyen d’échange à une marchandise », explique M. Akol, selon qui certains responsables politiques profitent de la situation pour se remplir les poches.

La présidence nie

Ses déclarations ont provoqué une réaction violente d’un porte-parole de la présidence sud-soudanaise, Ateny Wek Ateny. « L’économie n’est pas en train de s’effondrer. Ce sont les souhaits d’une hyène — si Lam Akol espère l’effondrement de l’économie du Soudan du Sud, il devra attendre longtemps », a assuré M. Ateny.

Mais si la grande majorité souffre, l’économie de guerre à Juba a aussi permis à certains opportunistes d’engranger de juteux bénéfices.

« Il y a toujours besoin de certaines marchandises », commente un homme d’affaires libanais spécialisé dans la « logistique », sous couvert d’anonymat.

Dans un bar installé sur le toit d’un hôtel huppé de la capitale, il sirote un cocktail et contemple la ville, un mélange de tours de béton et de cahutes aux toits de chaume. « Les profits sont bons », dit-il.