Les barricades sont démantelées, mais la contestation persiste

Bujumbura — Les opposants à un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza refusaient dimanche de se plier à l’injonction des autorités exigeant un « arrêt immédiat » de leur « insurrection », mais n’ont pu s’opposer à ce qu’armée et police démantèlent de nombreuses barricades érigées par les manifestants.

Pour la première fois depuis le début de la contestation, émaillée de violences qui ont fait au moins 18 morts depuis le 26 avril, près de 300 personnes — des femmes — ont réussi à manifester dans le centre-ville « contre le 3e mandat ».

Descendues de divers quartiers par petits groupes, elles se sont rassemblées devant le ministère de l’Intérieur avant de tenter de se diriger vers la place de l’Indépendance, au coeur du centre-ville.

Femmes en marche

Quelques dizaines de policiers — dont des policières appelées en renfort — ont eu toutes les peines du monde à les empêcher de progresser, mais la manifestation s’est déroulée sans incident. « Nous sommes ici aujourd’hui pour soutenir nos frères qui manifestent contre les violations des lois fondamentales de ce pays », a déclaré Elisabeth-Marie, 50 ans, s’adressant à la foule. Le cortège, qui n’hésitait pas à faire demi-tour pour contourner les cordons de police, s’est dispersé dans le calme à la mi-journée, sans parvenir à la place de l’Indépendance, son objectif.

« Les policiers n’osent pas tirer sur des femmes », a déclaré Kelly, 18 ans, pour expliquer qu’elles aient réussi là où ont échoué les manifestants, bloqués depuis le début du mouvement dans les quartiers périphériques par la police qui n’hésite pas à ouvrir le feu pour les empêcher de converger vers le centre-ville.

Dans plusieurs quartiers contestataires, police et armée ont démantelé dimanche les principales barricades érigées par les opposants.

Des policiers ont tiré sur des manifestants qui s’enfuyaient, en tuant un, en blessant un autre, selon des témoins, bilan qui n’a pu être confirmé de source indépendante. La police a démenti avoir ouvert le feu.