Le pouvoir est de plus en plus sous pression

Appel à un report des élections, sommet régional : le pouvoir burundais est de plus en plus sous pression pour résoudre la crise politique provoquée par la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat.

Signe de la crispation dans la capitale Bujumbura, une figure du mouvement d’opposition a été arrêtée pour insurrection mercredi. Ce poids lourd de la société civile, Audifax Ndabitoreye, détenteur de la double nationalité burundaise et néerlandaise, avait appelé mardi à manifester contre un troisième mandat du chef de l’État. Il a été relâché en soirée.

Depuis Nairobi, le Haut Commissaire de l’ONU aux réfugiés Antonio Guterres s’est aussi dit mercredi extrêmement inquiet de la situation dans le petit pays des Grands Lacs, dont la capitale est depuis plus de dix jours le théâtre de manifestations parfois violentes et dont plus de 35 000 habitants sont déjà réfugiés dans des pays voisins.

Sommet régional

Le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe, a annoncé la tenue d’un sommet régional le 13 mai à Dar es Salaam, à l’issue d’une visite à Bujumbura des chefs de la diplomatie des pays de la Communauté d’Afrique de l’Est (Burundi, Tanzanie, Kenya, Ouganda, Rwanda).

« Nous avons parlé avec le président [Nkurunziza]. Nous avons parlé avec les dirigeants de tous les partis politiques », a-t-il dit, espérant, pour le Burundi, la stabilité et des élections pacifiques.

Le principal opposant politique à Nkurunziza, le chef historique de l’ex-rébellion hutu des FNL, Agathon Rwasa, a dans le même temps réclamé un report des élections, estimant que la crédibilité du processus électoral était déjà mise en doute. Le Burundi prévoit une présidentielle le 26 juin, et des législatives et communales le 26 mai.

Les milices pro-Nkurunziza

Il a dénoncé une violation de la Constitution, la partialité de la police et déploré que les jeunes du parti au pouvoir (Cndd-FDD), les Imbonerakure, soient armés et équipés comme des policiers. « Il faut le désarmement des Imbonerakure et une sécurisation des élections par des personnes beaucoup plus neutres en tout cas, pas ces policiers que nous voyons aujourd’hui », a-t-il lancé.

Les Imbonerakure, qualifiés de milices par l’ONU, sont accusés d’intimider les opposants à Nkurunziza. La police tire parfois à balle réelle contre des manifestants qualifiés de terroristes par le pouvoir. Depuis le début des manifestations, le 26 avril, 14 personnes, dont 10 manifestants, sont mortes dans des violences.

Pierre Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010, a officiellement été investi le 25 avril candidat à la présidentielle par le Cndd-FDD. Depuis, les opposants à un troisième mandat, menés par la société civile et une partie de l’opposition politique, manifestent à Bujumbura : ils jugent un nouveau mandat inconstitutionnel, ce que le camp présidentiel conteste. Mardi, la Cour constitutionnelle a donné raison au chef de l’État, une décision que refusent de reconnaître les opposants : selon eux, la Cour est inféodée au pouvoir.

Discussions informelles

Pour tenter d’enrayer la contestation et sous la pression d’une communauté internationale qui menace de ne plus financer le processus électoral, le gouvernement a accepté d’entamer des discussions informelles avec les leaders de la campagne anti-troisième mandat.

« C’est la réunion de la dernière chance », a estimé un diplomate. Un leader de la campagne s’est cependant montré sceptique sur son issue, le gouvernement refusant selon lui de discuter du coeur du problème, le troisième mandat.

Mercredi, les manifestations se sont poursuivies dans les quartiers périphériques de Bujumbura foyers de la contestation. La situation a été particulièrement tendue à Kanyosha entre manifestants et Imbonerakure. Deux grenades ont été lancées dans le quartier dans la matinée, selon des témoins qui n’ont pas pu spécifier par qui. Comme elle le fait régulièrement depuis le début des manifestations, l’armée a calmé le jeu.

Dans le quartier voisin de Kinindo, des policiers ont ouvert le feu sans sommation sur des manifestants, les dispersant. D’autres face-à-face tendus ont été signalés par des témoins.

Selon la Croix-Rouge, au moins 16 personnes ont été blessés mercredi.

Depuis des mois, les communautés internationale et régionale tentent de désamorcer les tensions au Burundi. Elles craignent, comme la population, que le pays ne replonge dans des violences à grande échelle. L’histoire post-coloniale du Burundi a été marquée par des massacres intercommunautaires et une longue et récente guerre civile.