Les journalistes d’Al Jazeera détenus en Égypte espèrent être expulsés du pays

De gauche à droite: l’Égyptien Baher Mohamed, l’Égypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy et l’Australien Peter Greste. Tous trois ont écopé en juin de sept à dix ans de prison.
Photo: Heba Elkholy, El Shorouk Associated Press Photo De gauche à droite: l’Égyptien Baher Mohamed, l’Égypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy et l’Australien Peter Greste. Tous trois ont écopé en juin de sept à dix ans de prison.

Trois journalistes d’Al Jazeera détenus en Égypte depuis un an pour soutien présumé aux islamistes risquent de passer encore plusieurs semaines en prison après que la justice a ordonné un nouveau procès, mais deux d’entre eux misent sur une possible expulsion.

Employés par l’antenne anglophone de la chaîne qatarie, l’Égypto-canadien Mohamed Fadel Fahmy, l’Australien Peter Greste et l’Égyptien Baher Mohamed ont écopé en juin de sept à dix ans de prison pour « diffusion de fausses informations » en soutien aux Frères musulmans, la confrérie du président destitué Mohamed Morsi.

Mais la cour de Cassation a ordonné jeudi un nouveau procès dans cette affaire qui a déclenché un tollé international. Les familles des trois journalistes, qui restent en prison, ont exprimé leur déception car ils s’attendaient à leur libération à la faveur d’un rapprochement entre le Qatar et l’Égypte.

Expulsion possible

 

Désormais, les proches de MM. Fahmy et Greste mettent tous leurs espoirs dans une loi promulguée en novembre par le président Abdel Fattah al-Sissi, qui autorise l’expulsion des étrangers condamnés à la prison ou en instance de jugement. Mohammed Fahmy a écopé d’une peine de sept ans. Ce ressortissant égyptien avait déménagé avec sa famille au Canada en 1991 pour vivre à Montréal et à Vancouver pendant plusieurs années. Il a ensuite travaillé à l’étranger.

« Ces journalistes ne devraient pas être coincés au centre de ce conflit entre deux nations », a exprimé Adel Fahmy, frère de Mohammed Fahmy, à la suite de la décision rendue jeudi. Son avocat, Negad al-Boraï, a néanmoins souligné que « pour pouvoir être déporté, M. Fahmy allait devoir renoncer à sa nationalité égyptienne ».

Selon un responsable du parquet, plusieurs alternatives sont sur la table : le chef de l’État peut donner son accord à une expulsion sans attendre le nouveau procès qui pourrait s’ouvrir dans les 45 jours, ou accorder sa grâce mais seulement après le verdict du nouveau tribunal. Une autre option est que « le tribunal ordonne leur libération sous caution ».

En cas de rejet des demandes d’expulsion, les familles des journalistes ont indiqué vouloir demander leur libération sous caution à l’ouverture du nouveau procès.

Pour la femme de Baher Mohamed, Jihan, une possible expulsion de MM. Fahmy et Greste représenterait « une injustice » pour son époux. « Mon mari sera le seul à écoper d’une peine de prison. Si cela arrive, j’essaierai de lui obtenir une nationalité étrangère pour qu’il puisse être expulsé. »

MM. Greste et Fahmy avaient été arrêtés dans une chambre d’hôtel transformée en bureau au Caire, où ils travaillaient sans l’accréditation obligatoire pour tous les médias.

L’affaire intervenait alors que l’Égypte et le Qatar (où est basé Al Jazeera) étaient à couteaux tirés depuis l’éviction de M. Morsi en juillet 2013 par M. Sissi, alors chef de l’armée.

Le Caire reprochait à Doha de soutenir les Frères musulmans, notamment via Al Jazeera, dont les antennes arabophones ont dénoncé l’éviction de M. Morsi et la sanglante répression qui s’est abattue sur ses partisans (plus de 1400 morts).

Mais depuis plusieurs semaines les deux pays multiplient les signes de rapprochement. Le 20 décembre, après la visite inédite au Caire d’un émissaire de l’émir du Qatar, l’Égypte se réjouissait d’une « nouvelle ère » et Doha exprimait son « soutien total » au gouvernement Sissi.

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