De nouveaux foyers d’infection en Sierra Leone

C’est dans un lit recouvert d’une tente disposant d’un système de ventilation autonome que l’infirmière d’origine écossaise qui a contracté le virus de l’Ebola en Sierra Leone a été transportée mardi, par avion-cargo, de Glasgow à Londres pour y être soignée.
Photo: Agence France-Presse C’est dans un lit recouvert d’une tente disposant d’un système de ventilation autonome que l’infirmière d’origine écossaise qui a contracté le virus de l’Ebola en Sierra Leone a été transportée mardi, par avion-cargo, de Glasgow à Londres pour y être soignée.

Une nouvelle équipe de professionnels canadiens de la santé s’est mise à l’oeuvre, mardi, en Sierra Leone, alors qu’au moins trois nouveaux foyers d’épidémie de l’Ebola faisaient leur apparition dans l’est du pays. L’accalmie tant espérée, qui semblait poindre, n’est pas sur le point de se concrétiser.

Selon des responsables locaux du Centre national de lutte contre le virus Ebola de la Sierra Leone, plusieurs nouveaux cas ont été signalés ces derniers jours dans trois chefferies de Kono, un département de l’est du pays. Cette région, longtemps épicentre de l’épidémie en Sierra Leone, avait pourtant enregistré depuis plusieurs semaines une forte baisse des nouveaux cas. Certaines localités, comme Kailahun, n’ont notifié aucun nouveau cas depuis trois semaines.

Selon Aminata Sesay, agente de santé de la région, la résurgence des contaminations pourrait s’expliquer par le lavage rituel des corps des victimes avant l’inhumation, une des pratiques à risque dans la transmission du virus, les cadavres étant particulièrement contagieux. Cette situation « est la faute de quelques personnes » qui font fi des consignes anti-Ebola, a avancé Mme Sesay.

Les efforts du Canada se sont quant à eux intensifiés, mardi, une équipe médicale de l’armée canadienne ayant commencé à soigner des malades du virus Ebola dans une clinique de la Sierra Leone.

Les 37 médecins, infirmières, ambulanciers et employés de soutien de l’armée se sont attelés à leurs nouvelles tâches mardi, dans une clinique administrée par les Britanniques à Kerry Town. Les officiers et les employés de soutien canadiens sont déployés pour une période allant jusqu’à six mois, alors que le personnel médical proprement dit sera en rotation tous les deux mois. Les membres de l’équipe avaient auparavant suivi des cours avec l’armée britannique au Royaume-Uni.

La clinique a été mise sur pied pour soigner les patients sierra-léonais, mais aussi les travailleurs humanitaires étrangers qui ont contracté l’Ebola. Le lieutenant-général Jonathan Vance, à la tête du Commandement des opérations interarmées du Canada, a souligné que les efforts de l’équipe « aideront à atténuer la souffrance humaine et à sauver des vies ».

Le Canada fournit déjà depuis juin un appui en Sierra Leone dans deux laboratoires : le premier sert à fournir du soutien pour diagnostic rapide aux travailleurs de la santé locaux, tandis que l’autre est utilisé de concert avec Médecins sans frontières (MSF) pour assurer le suivi de l’efficacité des procédures de prévention des infections.

Craintes à Londres

Pendant ce temps, l’Europe, elle, a les yeux rivés vers Londres. Le virus inquiète à nouveau sur le Vieux Continent, trois cas suspects — dont un qui s’est avéré positif — ayant été identifiés au cours des derniers jours.

Cette année, une centaine de personnes ont été testées pour le virus Ebola dans différents hôpitaux d’Angleterre.

Le virus Ebola a causé en un an près de 7900 morts dans plusieurs pays, sur un total d’un peu plus de 20 000 cas enregistrés, à 99 % au Liberia, en Sierra Leone et en Guinée, d’après un bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié lundi.

Des chercheurs des universités de Cambridge et d’Oxford, notamment, estiment que le Fonds monétaire international (FMI) contribuerait à gonfler ce bilan, en entravant l’accès aux soins de santé en raison d’exigences trop sévères en matière de remboursement de la dette des pays en voie de développement.

Selon l’étude à paraître dans The Lancet Global Health au mois de janvier, les conditions de prêts de l’organisation internationale ont empêché la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia de se doter de moyens efficaces pour contrer l’éclosion du virus. Les prêts du FMI ne sont versés que si les pays mettent en place des programmes d’austérité, selon les auteurs de l’étude, poursuivant des objectifs économiques à court terme qui ne permettent pas des investissements en santé sur le long terme. Menée par le professeur de sociologie à l’Université de Cambridge Alexander Kentikelenis, la recherche cite en preuve les conditions de prêts, octroyés sur 21 ans pour la Guinée, sur 7 ans pour le Liberia et sur 19 ans pour la Sierra Leone.

Selon ces experts, le FMI aurait joué un rôle dans l’établissement des systèmes de santé trop peu financés, mal préparés à affronter les épidémies et en manque de personnel, ce qu’ils considèrent comme une cause importante dans la propagation si rapide du virus dans la région.

Les chercheurs concèdent toutefois que les guerres civiles au Liberia et en Sierra Leone peuvent aussi avoir entraîné la détérioration des systèmes de santé.

Attaqué, le FMI se défend

Le FMI a nié ces allégations, mentionnant un rapport de la Banque centrale qui, au contraire, reconnaissait les retombées positives de l’aide sur les systèmes de santé dans ces pays. De plus, les dépenses en santé auraient augmenté selon le produit intérieur brut (PIB). L’organisation a ajouté qu’elle travaillait à offrir aux pays des mesures d’allégement de la dette. Le FMI a en outre rappelé qu’il avait versé 430 millions $ pour contribuer à la lutte contre l’Ebola en Afrique de l’Ouest.

Enfin, selon les résultats d’une étude de terrain allemande publiée mardi, des chauves-souris insectivores pourraient être à l’origine de l’épidémie actuelle, la plus longue et la plus meurtrière depuis la découverte du virus en 1976. Ce type de chauve-souris pourrait avoir contaminé, dans le village guinéen de Meliandou, au sud du pays, un enfant de deux ans, mort en décembre 2013, considéré comme le point de départ de l’épidémie.