Traquer l’homosexualité et l’athéisme

« Faites venir vos enfants, peu importe leur âge, laissez les regarder l’émission et débattez avec eux. Grâce à nos informations et pour la première fois dans l’histoire des médias égyptiens et arabes, la police a fait une descente dans le plus grand repaire d’orgies homosexuel du Caire. Bienvenue dans le programme El Mostakhbi [« Ce qu’on nous cache »] », vante la présentatrice Mona Iraqi, encore méconnue du grand public il y a quelques semaines mais désormais célèbre, comme son émission.

Dans la nuit du 7 décembre, 26 hommes ont été arrêtés dans un hammam de la capitale égyptienne « où l’on pratique la déviance sexuelle ». Leurs corps, à moitié nus, recroquevillés sous le poids de la honte, défilent devant les caméras de la chaîne Al Kahera Wal Nas (« Le Caire et les gens »). Ces images rappellent les pages les plus sombres de la répression contre les homosexuels en Égypte. La dernière en date remontait à 2001, lorsqu’une cinquantaine d’Égyptiens avaient été arrêtés à bord du Queen Boat, un restaurant prisé de la communauté gaie du Caire.

Depuis plusieurs mois, des associations tirent la sonnette d’alarme : la situation des homosexuels n’a jamais été aussi inquiétante. « La répression contre la communauté LGBT est plus grande aujourd’hui que sous l’ère Moubarak ou Morsi, observe Dalia Abdel Hamid, spécialiste des questions de genre à l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR). Les arrestations sont devenues plus systématiques : on en dénombre au moins 150 depuis juillet 2013 [date de l’éviction des Frères musulmans du pouvoir]. Parmi elles, et ce, pour la première fois, des transsexuels. Il n’existe pourtant aucune législation interdisant l’homosexualité en Égypte, les individus arrêtés tombent sous le coup d’accusation de “ débauche ” ou de “ publicité immorale ”. » Tout comportement jugé « non conforme » fait l’objet d’une répression. Les homosexuels ne sont pas les seuls dans le collimateur des gardiens de la morale. Le gouvernement se dit aussi en guerre contre l’athéisme qui, selon le ministère de la Jeunesse et des Sports, « affecte négativement la société et entrave son développement ». « L’État se pose en garant de la morale et montre par la même occasion que les Frères musulmans n’ont pas été à la hauteur de la tâche », commente Dalia Abdel Hamid.

La rhétorique anti-athée, leitmotiv de gouvernance en Égypte, existait déjà sous la présidence Moubarak. Mais, selon de nombreux observateurs, celle-ci est devenue plus agressive. Plus d’un an après l’éviction du président islamiste Mohamed Morsi, le nouveau pouvoir multiplie les occasions de montrer qu’il est le garant du « vrai islam » et de la « vraie morale », contrairement aux Frères musulmans.

Le 14 décembre, le portail Sada el-Balad rapportait la fermeture d’un café « athée » au centre-ville du Caire, également décrit comme un « repaire d’adorateurs de Satan ». C’est une façon de « montrer que cette société a besoin d’être éduquée par un pouvoir vertueux et qu’elle ne mérite ni liberté ni démocratie », analyse Wael Abd el-Fattah dans les colonnes du quotidien Tahrir.

 

1 commentaire
  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 22 décembre 2014 07 h 41

    Que dire?

    RIEN...sinon que voilà deux exemples de la Guerre des Civilisations!!