Plaidoyer pour une OIF dirigée par l’Afrique

Jean-Claude de l’Estrac a été ministre en République de Maurice.
Photo: Source Jean-Claude de l’Estrac Jean-Claude de l’Estrac a été ministre en République de Maurice.

Depuis sa création, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a toujours été dirigée par un Africain. Si tel ne devait plus être le cas, cela équivaudrait à la rupture d’un pacte, estime le candidat à la succession d’Abdou Diouf Jean-Claude de l’Estrac. L’ancien ministre mauricien et rival de l’ancienne gouverneure générale du Canada Michaëlle Jean, estime que si le sommet qui se tiendra à Dakar les 29 et 30 novembre ne devait pas élire un Africain, cela reviendrait à rompre le pacte conclu au sommet de Hanoï (en 1997) et qui a fait de l’OIF une organisation politique. Il avait alors été convenu que le secrétariat général serait à Paris et qu’il reviendrait à un Africain, alors que le poste d’administrateur serait occupé par un pays du Nord.

« Si le secrétariat général ne revenait pas à un Africain, ce serait un bouleversement considérable dans la perception que l’on a de la Francophonie, dit Jean-Claude de l’Estrac. Les leaders africains entendent s’assurer que le pacte de Hanoï sera respecté. N’oublions pas que la Francophonie est une idée africaine. C’est une idée du président Léopold Senghor qui avait imaginé un Commonwealth à la française. Son passé comme son avenir sont en Afrique. »

Alors qu’il achève une tournée de plusieurs pays africains, cet ancien journaliste qui a occupé de nombreux ministères assure que les chefs d’État et de gouvernement qu’il a rencontrés sont déterminés à ne rien changer à cette convention. « Bien sûr, il y a plusieurs candidats, dit-il. Il va falloir s’entendre et trouver un consensus. Mais je ne doute pas de la volonté politique d’y parvenir. »

La Canadienne Michaëlle Jean, qui mène une campagne active avec le soutien de l’ambassade du Canada et de la Délégation générale du Québec à Paris, est la seule candidate non africaine. Outre Jean-Claude de l’Estrac, quatre autres Africains se sont déclarés candidats. L’ancien président du Burundi Pierre Buyoya est le seul à avoir assumé des fonctions présidentielles. L’ex-premier ministre de la République du Congo Henri Lopes aurait, dit-on, le soutien du président sénégalais, Macky Sall. Quant à l’ancien ministre de Guinée Agustín Nze Nfumu, sa candidature est jugée marginale. La France, qui ne devrait pas présenter de candidat, a déclaré qu’elle s’alignerait sur le consensus africain. Encore faut-il qu’il existe.

Priorité à l’économie

L’élection d’un Africain à l’OIF est d’autant plus essentielle, selon Jean-Claude de l’Estrac, que le développement économique de l’Afrique sera la priorité de la Francophonie dans les années qui viennent. Cet ancien ministre du Développement économique et de l’Industrie dit vouloir faire bénéficier l’Afrique de l’expérience de Maurice, qui demeure un exemple de prospérité en Afrique. « Ce développement passe par l’industrialisation, dit-il. Cela veut dire que l’Afrique doit transformer elle-même ses ressources. Quand je vois que l’Afrique exporte du cacao en Indonésie pour être transformé, ça n’a pas de sens. Nous l’avons fait à Maurice alors même que nous n’avions pas de matières premières. Nous sommes devenus un producteur de textile en important du coton d’Afrique et d’Asie. Si on a pu le faire dans un petit marché, c’est certainement possible en Afrique. »

Jean-Claude de l’Estrac rappelle qu’il a été le premier candidat à formuler un programme économique et qu’il a surtout l’expérience pour le mettre en pratique. « Lorsque j’étais ministre de l’Industrie, j’ai fait le tour du monde pour attirer des investisseurs. Je suis allé en Asie, en Europe, en Inde. La beauté de la Francophonie, c’est qu’il y a dans cet espace des entreprises du Nord qui peuvent apporter une expertise. »

Plusieurs propositions du candidat vont dans le sens de celles du rapport soumis récemment à la présidence française par Jacques Attali et qui plaide pour une union économique des pays francophones. Mais, attention à ne pas confondre les deux, dit Jean-Claude de l’Estrac. « Le rapport Attali est un rapport franco-français. Moi, je cherche des partenariats. Le Nord a trop tendance à ne voir dans le Sud qu’un marché. Il faut penser à un codéveloppement. »

La démographie ne suffit pas

Jean-Claude de l’Estrac ne se laisse guère impressionner par les prévisions démographiques optimistes des experts de l’OIF. « L’idée que nous serons bientôt 700 millions de locuteurs francophones du seul fait de la démographie est un peu courte, dit-il. Ça ne suffira pas. Déjà, les jeunes dans nos pays s’intéressent à d’autres aires linguistiques. Quand je vois aujourd’hui des Africains aller faire des études de médecine en Chine, ça veut dire ce que ça veut dire ! Il faut que la langue soit utile, faute de quoi les jeunes francophones iront voir ailleurs. »

Ce discours, Jean-Claude de l’Estrac n’est pas le seul à le tenir. Alors, qu’est-ce qui distingue vraiment le candidat mauricien ? « Il y a le discours et il y a le parcours. Ce que je dis pouvoir faire, c’est ce que j’ai déjà fait. Mon expérience peut aujourd’hui servir la Francophonie. L’île Maurice est une des fiertés de l’Afrique sur le plan de ses réussites économiques, de sa démocratie et de la gestion de sa diversité. Il n’y a pas de petits ou de grands pays, il n’y a que de petites ou de grandes réalisations. »

3 commentaires
  • Isidore KWANDJA NGEMBO - Inscrit 13 novembre 2014 02 h 09

    Canada - Île Maurice : deux pays, deux candidats à la tête l'OIF

    L'île Maurice et le Canada sont deux pays avec des parcours historiques similaires. Comme le Canada, l'île Maurice a été successivement colonisée par les Français et les Britanniques avant d'accéder à l'indépendance le 12 mars 1968.

    Les deux pays sont à la fois membres du Commonwealth et de la Francophonie.
    À la différence que le Canada reconnait légalement l’anglais et le français comme les deux langues nationales du pays, alors que l'île Maurice ne reconnait que l’anglais comme seule langue du pays qui a le statut de langue officielle et langue de l'administration publique, non pas le français.

    À l'île Maurice, seule la version anglaise de textes législatif, exécutif et judiciaire est considérée comme la version officielle. Dans le secteur de l’éducation mêmement, l’anglais est l’unique langue obligatoire d’enseignement secondaire et la seule langue des manuels scolaires.

    Et pourtant, il est beaucoup plus facile pour la majorité des Mauriciens d’apprendre le français que l’anglais en raison des affinités linguistiques avec le créole mauricien, un mélange de langues maternelles des descendants d'esclaves africains et du français.

    Ceux qui soutiennent le candidat de l'île Maurice à la tête de la Francophonie, devraient conseiller ce pays à reconnaitre officiellement le français comme une deuxième langue du pays. Par ce geste, l'île Maurice lancerait un message positif à l’égard des autres États membres de l’OIF, notamment le Québec. L'île Maurice a un défi énorme à relever dans la promotion de la langue française.

    Depuis le début de cette campagne pour la succession à l’OIF, tous les spécialistes et stratèges politiques qui s’intéressent à cette Organisation, les diplomates et les médias n’ont cessé de le dire que tant et aussi longtemps que l’Afrique avancera en ordre dispersé, elle n’aidera aucun candidat du continent.

    Jean-Claude de l'Estrac est très conscient de ce handicap sur le chemin de son accession à la direction de l’OIF. Dans une e

  • Guy Demers - Abonné 13 novembre 2014 08 h 12

    Guy Demers

    1- Le Canada doit montrer qu'il a souci des autres. Son comportement face à l'Ebola le disqualifie complètement de toute prétention au poste de DG de la Francophonie.
    2- Le refus « royal » de madame Jean de permettre la mise en place d'un gouvernement de coalition qui aurait respecté la volonté démocratique majoritaire du peuple canadien, lorsqu'elle était gouverneure générale il y a quelques années, la disqualifie totalement à mes yeux et à ceux de plusieurs pour occuper de telles nouvelles fonctions importantes sur la scène interrnationale, qui n'ont rien de royales ni de protocolaires.
    Guy Demers, Montréal

  • Isidore KWANDJA NGEMBO - Inscrit 13 novembre 2014 21 h 59

    Les pactes se font et se défont au gré du vent.

    Monsieur De l’Estrac est parmi les pères fondateurs de la Commission de l'Océan Indien (COI) en 1982 à Port-Louis de l'île Maurice. Il est le mieux placé pour se rappeler qu’à la création de cette Organisation, il était établi qu’un Mauricien ne pouvait pas devenir le secrétaire général. L’actuel secrétaire général de la COI depuis 2012 s'appelle Jean-Claude de l’Estrac. Il est de quelle nationalité?