Le règne des milices

Dans cette guerre ouverte, des milices djihadistes comme Fajr Libya (Aube de la Libye) ont cherché a sécuriser leur position en délogeant notamment les miliciens de Zenten de l’aéroport de Tripoli.
Photo: Mahmud Turkia Agence France-Presse Dans cette guerre ouverte, des milices djihadistes comme Fajr Libya (Aube de la Libye) ont cherché a sécuriser leur position en délogeant notamment les miliciens de Zenten de l’aéroport de Tripoli.

Plus de trois ans après le renversement de Mouammar Kadhafi, la Libye s’enfonce dans le chaos. Les milices, devenues des leviers d’enrichissement et de prestige, y font la loi et plusieurs pays sont impliqués dans la guerre contre les djihadistes, explique Luis Martinez, directeur de recherche au CERI de Sciences Po, à Paris, et chercheur associé au CERIUM.

 

La violence prend de l’ampleur depuis quelques mois. Qu’est-ce qui nourrit cela ?

 

Il y a plusieurs raisons. La principale est due à l’engagement des armées régulières des pays voisins — Algérie et Égypte — en Libye. Ces deux pays, pour des raisons différentes, sont encouragés et soutenus par la France et les États-Unis à participer à la lutte contre les djihadistes. En pleine Coupe du monde de football, au mois de juin, la Libye a été le théâtre d’affrontements militaires importants, impliquant la présence de parachutistes algériens, des forces spéciales françaises et de commandos américains. Face à l’avancée spectaculaire de l’État islamique en Irak, les pays voisins de la Libye craignent que les djihadistes libyens y reproduisent un scénario identique.

 

Dans cette guerre ouverte, des milices djihadistes comme Fajr Libya (Aube de la Libye) ont cherché a sécuriser leur position en délogeant notamment les miliciens de Zenten de l’aéroport de Tripoli, accusés d’être de potentiels alliés, en raison de leur idéologie nationaliste, du général libyen Khalifa Haftar et des pays qui le soutiennent, telle l’Égypte.

 

Enfin, le parlement issu des élections législatives du 25 juin, installé à Tobrouk, a condamné les actions des djihadistes de Fajr Libya et d’Ansar ed-din et a réclamé une intervention internationale. Anticipant cette intervention, les djihadistes cherchent à renforcer leurs positions afin de pouvoir mieux résister.

 

Qui sont les milices au centre du conflit ? Quelle est la nature des clivages entre celles-ci ?

 

En schématisant, on peut dire que trois types de milices coexistent en Libye. Les plus médiatisées sont les djihadistes de Fajr Libya, qui ont pris l’aéroport de Tripoli, mais aussi la milice d’Ansar ed-din, qui contrôle une grande partie de la ville de Benghazi.

 

Le deuxième type de milices correspond à celles qui se sont autoproclamées « gardiennes de la révolution ». Elles prétendent défendre les acquis de la révolution de 2011 [qui a mené au renversement de Mouammar Kadhafi]. Les deux plus puissantes sont celles de Misrata et de Zenten. En réalité, sous couvert de la défense de la révolution, elles ont accaparé les ressources détenues jadis par les groupes paramilitaires de l’ancien régime (pétrole, propriété foncière, etc.).

 

Le troisième type de milices relève de l’organisation mafieuse. Face à l’absence d’État, elles font des transactions illicites lucratives dans tous les secteurs : trafic d’êtres humains, d’armes, de drogue etc. L’argent coule à flots en Libye, l’engagement dans les milices favorise une ascension rapide.

 

Les milices sont devenues des leviers d’enrichissement et de prestige. Le problème est qu’elles sont trop nombreuses, de puissance équivalente et en rivalité pour le contrôle des dépouilles de l’ancien régime. La police et l’armée sont incapables de les combattre en raison de la faiblesse des effectifs et des moyens.

 

Le parlement appelle de ses voeux une intervention internationale pour stabiliser le pays. Cela est-il plausible ? Qui pourrait intervenir ?

 

Une intervention étrangère aujourd’hui ne réglera pas les problèmes de la Libye. Après la chute de Kadhafi, la Libye a été abandonnée par la communauté internationale et en particulier par les trois pays — France, Royaume-Uni et États-Unis — qui ont mené des frappes aériennes contre les troupes de l’ancien régime sous le couvert de l’OTAN. Au lendemain du renversement de Kadhafi, les Libyens réclamaient une aide et un soutien de la communauté internationale pour les aider dans leur transition. Elle n’est jamais venue. La Libye n’a jamais été une priorité. Aujourd’hui, l’Algérie et l’Égypte montrent du doigt la France, le Royaume-Uni et les États-Unis pour le chaos qui règne dans ce pays.

 

Une intervention signifierait en réalité une occupation de la Libye. Elle serait longue, coûteuse et donnerait des résultats incertains.

1 commentaire
  • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2014 08 h 12

    La liste des sept (7) pays à attaquer selon l'ex-général Wesley Clarck.

    La Lybie faisait partie de cette fameuse liste que cet ex-général à la retraite Calrck avait mentionné en 2007 lors d'une conférence de presse. Les autres, Syrie, Liban, Irak, Iran, Afghanistan, et la Somalie, actuellement l'Iran est comme sur le respirateur artificiel s'attendant à tout moment d'être bombardé par Israel, et la Somalie elle est présentement déconseillée par le gouvernement canadien pour les voyageurs à cause de mouvements terroristes dans sa capitale. D'ailleurs l'auteur de cet article précise l'appuis de la France et des États-Unis...contre la lutte aux djihadistes...mais dans certains millieux la chute de Kadhafi serait plutôt reliée au fait que ce dernier se soit allié à quatre (4) autres pays producteurs de pétrole pour créer une nouvelle devise pour se faire payer au lieu du dollard américain. L'Iran aussi désirerait se faire payer en or. D'autres révèlations de la région iraient dans le sens suivant: ''Israel serait derrière ces conflits entre diffèrents groupes religieux, dans le but de diviser pour mieux règner, autrement dit qu'ils emploient leurs énergies à s'entretuer et ainsi n'agressent pas l'état d'Israel. C'est un point de vue...