Ebola: l’ONU nomme un coordinateur pour gérer la crise

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a annoncé mardi la nomination d’un coordinateur des Nations unies pour gérer la crise née de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest et a appelé les gouvernements concernés à éviter de paniquer.

«Nous devons éviter la panique et la peur, il est possible d’arrêter Ebola», a assuré M. Ban depuis le siège de l’ONU à New York.

Celui-ci a nommé un docteur britannique, David Nabarro, comme coordinateur des Nations unies pour Ebola. Il est chargé de superviser la réponse au niveau mondial à l’épidémie actuelle, qui a déjà fait plus de 1000 morts.

«Avec des ressources, des connaissances, de la volonté et des actions rapides, les gens peuvent survivre à la maladie. Ebola a été contenu ailleurs et nous pouvons le faire ici aussi», a ajouté M. Ban.

M. Nabarro dispose d’une solide expérience dans le domaine des maladies contagieuses puisque c’est déjà lui qui avait géré la réponse de l’ONU lors des épidémies de grippe aviaire et de Sras en 2006 et 2003.

L’épidémie d’Ebola, la plus grave depuis l’apparition de cette fièvre hémorragique en 1976, a fait 1013 morts en Afrique de l’Ouest, dont 373 en Guinée, où elle s’est déclarée en début d’année avant de se propager au Liberia puis à la Sierra Leone, selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

«Dans les jours à venir, les Nations unies vont renforcer leurs actions pour combattre l’épidémie», a encore dit Ban Ki-moon. «Nous avons besoin de tout le monde sur le pont.»

Le secrétaire général a cité le besoin de s’attaquer à différents problèmes, comme le manque de docteurs, d’infirmières ou d’équipements, notamment des vêtements de protection ou des tentes d’isolation en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Feu vert pour les traitements expérimentaux
 

Devant la gravité de l’épidémie, la communauté médicale internationale a par ailleurs approuvé mardi l’emploi de traitements non homologués.

 

Un comité d’experts réuni par l’OMS a approuvé l’emploi de ces traitements en premier lieu dans les pays d’Afrique de l’Ouest touchés au moment où un premier Européen, un missionnaire espagnol rapatrié du Liberia, décédait du virus.
 

« Devant les circonstances de l’épidémie et sous réserve que certaines conditions soient remplies, le comité a abouti au consensus estimant qu’il est éthique d’offrir des traitements non homologués dont l’efficacité n’est pas encore connue ainsi que les effets secondaires, comme traitement potentiel ou à titre préventif », explique l’Organisation mondiale de la santé.

 

Cette perspective d’espoir survient au moment où Ebola a fait une nouvelle victime parmi ceux qui se dévouent pour soigner les personnes contaminées.

 

Le prêtre catholique Miguel Pajares, âgé de 75 ans et rapatrié jeudi à Madrid en provenance du Liberia, y est décédé mardi, a annoncé une porte-parole de l’hôpital où il était soigné.


Il a succombé à la fièvre hémorragique malgré l’administration d’un traitement expérimental, le sérum ZMAPP, mis au point aux États Unis.

 

Le missionnaire, premier malade atteint du virus hémorragique a être rapatrié en Europe, travaillait dans l’hôpital Saint-Joseph de Monrovia dépendant de l’ordre religieux de Saint-Jean de Dieu.

 

Il s’agit du quatrième membre du personnel de cet hôpital, fermé le 1er août par les autorités libériennes, qui décède en 10 jours après avoir contracté le virus.
 

Conditions d'emploi
 

Le comité de l’OMS a défini comme conditions d’emploi de traitements non homologués « une transparence absolue quant aux soins, un consentement informé, la liberté de choix, la confidentialité, le respect des personnes, la préservation de la dignité et l’implication des communautés ».

Toutefois, admet l’OMS, qui n’a qu’un pouvoir de conseil, il n’y a pas de stocks disponibles de ces traitements car la fièvre Ebola est «typiquement une maladie de pauvres dans des pays pauvres dans lesquels il n’y a pas de marché» pour les firmes pharmaceutiques, a expliqué à la presse Mme Marie Paule Kienny, assistante du Directeur général.

«Sans les investissements des gouvernements», ces traitements sur lesquels travaillent des chercheurs n’existeraient pas, mais il faudrait maintenant investir davantage car les étapes finales relèvent de l’industrie pharmaceutique, a-t-elle souligné.

   

L’épidémie d’Ebola a franchi la barre des 1000 morts, avec 1013 décès et 1848 cas dénombrés (confirmés, suspects et probables) en Guinée, Sierra Leone, au Liberia et dans une moindre mesure au Nigeria, selon le dernier bilan de l’OMS lundi soir.

 

Il n’existe pour l’instant aucun traitement ou vaccin spécifique contre la fièvre hémorragique due au virus Ebola, qui se transmet par contact direct avec le sang et des liquides biologiques de personnes ou d’animaux infectés.

 

Sérum expérimental
 

Avant même l’annonce de l’approbation de l’OMS, les États-Unis avaient promis l’envoi au Liberia, l’un des pays les plus touchés par l’épidémie, d’un sérum expérimental, disponible en très faibles quantités, pour traiter les médecins libériens actuellement infectés.

 

Ce sérum, dit « ZMapp », a été utilisé avec des premiers résultats positifs sur deux soignants de nationalité américaine rapatriés aux États-Unis, sans toutefois empêcher le décès du missionnaire espagnol. Le Liberia en avait fait la demande et sa présidente, Ellen Johnson Sirleaf, en a annoncé lundi l’envoi dans le courant de la semaine.

 
La missionnaire Nancy Writebol va bien, a indiqué mardi son fils. «Elle va bien. Nous voyons son état physique s’améliorer, ses yeux s’illuminent, elle sourit et plaisante même un petit peu», a déclaré Jeremy Writebol interrogé sur la chaîne américaine NBC précisant que les médecins traitants pensent qu’elle devrait se remettre complètement.


L’état de l’autre patient traité au ZMAPP, le Dr Brantly, 33 ans s’est apparemment amélioré plus rapidement que celui de Mme Writebol, qui a 60 ans.

Le Liberia avait demandé du ZMAPP et sa présidente, Ellen Johnson Sirleaf, en a annoncé lundi l’envoi dans le courant de la semaine.

Le ministère de la santé au Sierra Leone a également dit mardi à l’AFP avoir préparé une lettre qu’il s’apprêtait à envoyer au groupe américain pour obtenir ce sérum.

«L’OMS vient juste d’approuver notre requête pour que le médicament ZMapp soit mis à disposition à la fois en Sierra Leone et au Liberia», a indiqué à l’AFP Sidi Yahya, le porte-parole du ministère, qui espère recevoir des nouvelles du groupe d’ici les deux prochains jours.
 

52 nouveaux décès ont été enregistrés entre le 7 et le 9 août et 69 nouveaux cas recensés, selon l’OMS.

 

Il y a eu 11 nouveaux cas et 6 décès en Guinée, 45 nouveaux cas et 29 décès au Liberia, pas de nouveaux cas ou de décès au Nigeria et 13 nouveaux cas avec 17 décès au Sierra Leone.

 

Les personnels de santé restent en première ligne : sept médecins et un infirmier chinois qui avaient soigné des patients d’Ebola ont été « placés en quarantaine » ces deux dernières semaines en Sierra Leone, a annoncé l’ambassadeur de Chine à Freetown, Zhao Yanbo.


Guinée-Bissau: fermeture des frontières
 

Les inquiétudes face à la maladie ont poussé la Guinée-Bissau à prendre la décision de fermer ses frontières avec la Guinée, a annoncé mardi soir son premier ministre, Domingos Simoes Pereira.


De son côté, le Liberia s’est vu contraint de muscler son dispositif.

 

La présidente Ellen Johnson Sirleaf a annoncé la mise en quarantaine de la province de Lofa (nord, frontalière de la Guinée et de la Sierra Leone), la troisième région concernée par cette mesure exceptionnelle.


La région de Lofa est frontalière de la Guinée et de la Sierra Leone, deux pays frappés par l’épidémie.

 

Le Japon a décidé d’évacuer ses 24 coopérants qui travaillent actuellement en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone.

 

Au Sénégal, pays voisin de la Guinée, le directeur de publication du quotidien privé La Tribune, Félix Nzalé, a été placé en garde à vue lundi pour « fausse information » faisant état de la présence au Sénégal du virus Ebola, une information démentie par les autorités.

 

Au Rwanda, des tests ont permis de déterminer qu’un étudiant allemand qui venait du Rwanda n’était pas contaminé par l’Ebola.