L'armée sierra-léonaise mobilisée pour imposer la quarantaine

La Sierra Leone a engagé l’armée dans la lutte contre le virus d'Ebola, qui a fait près de 900 morts dans le pays, en Guinée et au Liberia, une épidémie dont les risques de propagation mondiale ont conduit British Airways à suspendre ses vols vers plusieurs villes africaines.

Le président sierra-léonais Ernest Bai Koroma a ordonné mardi le déploiement de centaines de soldats dans les centres anti-Ebola, situés essentiellement dans l’est, accueillant des malades, pour faire respecter les mesures de quarantaine et dissuader les proches de les en retirer sans autorisation médicale.

Selon le dernier bilan de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), au total 887 morts ont été décomptés sur 1603 cas d'infections d’Ebola. Il s’agit de loin de la plus grave épidémie d’Ebola depuis la découverte du virus, il y a 38 ans.

Un anticorps aux effets «miraculeux»

Deux Américains - un médecin et une missionnaire - ayant contracté le virus au Liberia, où ils luttaient contre l’épidémie au sein d’une ONG humanitaire, ont été rapatriés par avion sanitaire et admis dans des hôpitaux spécialement équipés à Atlanta.

Tous deux ont été traités avec un anticorps expérimental jamais testé auparavant sur des humains, qui semble, selon les médecins traitants cités par la chaîne américaine CNN, avoir eu un effet «miraculeux» en atténuant rapidement les symptômes.

Pendant ce temps, un homme était soigné mardi dans un hôpital de New York pour des symptômes semblables à ceux d’Ebola, mais le centre hospitalier estimait faible le risque qu’il s’agisse d’Ebola.

L’Arabie saoudite a également mardi signalé un cas similaire: un de ses ressortissants de retour de Sierra Leone a été hospitalisé à Jeddah - et placé en quarantaine - pour des symptômes identiques. Au Liberia, trois missionnaires ont été contaminés par le virus et ont été hospitalisés.

Le Nigeria, pays le plus peuplé et première économie du continent, est lui aussi frappé: à Lagos, un médecin qui avait soigné un Libérien mort d’Ebola a été contaminé. C’est le deuxième cas recensé dans cette ville après le Libérien, Patrick Sawyer, qui y est décédé le 25 juillet.

 

British Airways suspend des vols

 

Le transporteur aérien British Airways a annoncé mardi qu’il suspendait ses vols au départ et à destination du Liberia et de la Sierre Leone jusqu’à la fin du mois d’août. La compagnie voyageait quatre fois par semaine vers ces deux pays. «Nous avons temporairement suspendu nos vols de et vers le Liberia et la Sierra Leone jusqu’au 31 août, en raison de la détérioration de la situation sanitaire dans ces deux pays. La sécurité de nos passagers, de nos membres d’équipage et du personnel au sol constitue notre priorité numéro un», a souligné un porte-parole de British Airways.

 

Le Liberia et la Sierra Leone sont deux des quatre pays africains, avec la Guinée et le Nigeria, à faire face à une épidémie d’une ampleur sans précédent d’Ebola. Face à l’aggravation de la situation, les mesures de précaution se multiplient en Afrique et dans le monde, en particulier pour éviter une propagation du virus par les voyages aériens.

 

Les compagnies panafricaines Arik et ASKY avaient déjà suspendu leur vols vers et depuis le Liberia et la Sierra Leone après la mort d’un passager libérien fin juillet à Lagos, au Nigeria.

 

Vendredi dernier, la compagnie Emirates, basée à Dubaï, avait annoncé la suspension «jusqu’à nouvel ordre» de tous ses vols vers la Guinée.

Risque d’une saignée économique
 

Dans les boutiques et les marchés d’Afrique de l’Ouest vidés par l’alerte au virus Ebola plane le danger d’une saignée économique, l’épidémie menaçant les secteurs vitaux de l’agriculture et des mines, préviennent des économistes et des commerçants. Face aux enjeux, la Banque mondiale a annoncé lundi mobiliser 200 millions de dollars pour aider la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, précisant qu’ils serviraient à l’achat de matériel médical, au paiement du personnel soignant, ainsi qu’à «aider les populations à surmonter les difficultés financières causées par l’épidémie».
 
Selon une première évaluation réalisée par la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI), la Guinée pourrait perdre un point de croissance de son Produit Intérieur brut (PIB) qui passerait de 4,5% à 3,5% à cause de l’épidémie. Plus préoccupant encore pour des pays riches en matières premières, en particulier en diamant et en minerai de fer, «dans le secteur minier, si l’évacuation de personnel expatrié qualifié se poursuit, il y aura un déclin significatif de la production», indique-t-elle.

La société britannique London Mining a annoncé en juin avoir évacué tout son personnel «non essentiel» de Sierra Leone et examinait tous ses employés et les visiteurs sur ses installations, assurant néanmoins ne pas s’attendre à une baisse de la production.