Des traitements contre l'Ebola bloqués en laboratoire

« Si l’épidémie du virus Ebola arrivait jusqu’ici, je n’hésiterais pas à m’injecter le vaccin expérimental même s’il n’a jamais été testé sur les humains », lance contre toute attente Stéphane Pillet, chercheur associé au Centre universitaire de santé McGill à Montréal. Ces dernières années, ce spécialiste en immunologie a travaillé avec les experts du Laboratoire national de microbiologie à Winnipeg pour mettre au point un vaccin qui permettrait d’enrayer le virus Ebola qui fait actuellement des ravages en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone. On rapporte jusqu’ici plus de 1200cas, dont 672 mortels, et un premier cas au Nigeria, selon le plus récent bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

Bien que la situation empire de jour en jour en Afrique de l’Ouest, la lutte contre le virus Ebola se joue principalement au Canada, de même qu’aux États-Unis et en France, où des recherches importantes sont menées pour trouver un traitement. À ce jour, six médicaments et vaccins ont été développés contre le virus Ebola, mais seulement un a atteint la première phase d’expérimentation où une médication a été donnée à un petit nombre de personnes. « Les vaccins existent, mais il n’y en a aucun qui est commercialement disponible », note M. Pillet en ajoutant qu’aucun laboratoire universitaire ou gouvernemental n’avait assez d’argent pour mener les tests jusqu’au bout. « Mais pour avoir vu les traitements fonctionner sur des primates, il y aurait moyen de restreindre la propagation de l’épidémie, avance-t-il. Le traitement sur lequel je travaillais, si on l’appliquait 24 heures après l’infection, on sauvait 100 % des primates. Si on l’appliquait 48 heures plus tard, c’était seulement la moitié qui était sauvée. »

 

Selon le chercheur, les résultats étaient assez concluants, au point où il s’injecterait le vaccin testé sur les animaux sans aucune crainte. Et il n’est pas le seul qui le ferait. Dans le dernier magazine Science, la spécialiste américaine Erica Ollmann Saphire affirme qu’elle courrait « au réfrigérateur sans permission s’il le fallait » pour prendre l’un des traitements expérimentaux en cas de risque d’épidémie en Amérique du Nord.

  

Des populations cobayes ?

 

Dans la communauté scientifique, des voix s’élèvent d’ailleurs de plus en plus pour rendre accessibles ces vaccins pour limiter la propagation de l’Ebola en Afrique de l’Ouest. Des discussions s’intensifient entre les gouvernements, les scientifiques et les compagnies pharmaceutiques pour fabriquer ces vaccins « non approuvés » vu l’urgence de la situation. Or, plusieurs organisations, qui luttent sur le terrain, refusent d’administrer ces « traitements expérimentaux ». Des représentants de Médecins sans frontières (MSF) de même que l’OMS craignent que les populations touchées soient utilisées comme des cobayes. Dans certaines communautés africaines, il y a déjà des rumeurs qui circulent que les ONG propagent la maladie et même en profitent pour se procurer des organes. « Utiliser des vaccins maintenant ne serait pas éthique, ni faisable, ni intelligent », a indiqué un représentant de l’OMS.

 

Pour le moment, toutes les mesures de précaution sont prises pour limiter la propagation du virus qui est « hors contrôle » et qui pourrait s’étendre dans d’autres pays, selon MSF. Dans les trois pays principalement touchés — Guinée, Sierra Leone, Liberia —, les patients infectés sont actuellement isolés et les responsables tentent de retrouver toute personne qui aurait été en contact avec eux. Contrairement à des virus comme le SRAS, qui sont transmissibles par l’air, le virus Ebola, qui est mortel dans de 25 à 90 % des cas, s’attrape au contact de fluides d’une personne infectée. Au Liberia, la présidente Ellen Sirleaf Johnson a donc ordonné la fermeture des écoles pour tenter d’enrayer l’épidémie qui touche son pays.

  

Menace

 

Même si le virus Ebola ne se transmet pas facilement, l’inquiétude commence à se faire ressentir un peu partout dans le monde. De nombreux pays sont en train de mettre sur pied une stratégie pour faire face à cette éventuelle « menace » même s’il est peu probable que le virus Ebola s’étende sur tous les continents. À Londres, les autorités britanniques ont quand même demandé à leurs agents frontaliers d’être vigilants en les informant sur les symptômes du virus. À Hong-Kong, le gouvernement a annoncé qu’il mettrait tous les passagers en provenance des pays touchés en quarantaine.

 

Ici, Ottawa réitère que des mesures sont déjà en place pour détecter des passagers qui pourraient être infectés, que les autorités médicales étaient équipées pour déceler des maladies infectieuses comme l’Ebola, mais que le risque était « très faible » que le virus se rende jusqu’ici. Selon M. Pillet, la meilleure chose à faire est d’éviter, à ce stade-ci, la panique.


Ce texte a été modifié après sa mise en ligne.

8 commentaires
  • Victor Raiche - Inscrit 31 juillet 2014 05 h 43

    ''Les vaccins existent...

    ... mais il n’y en a aucun qui est commercialement disponible parce qu’aucun laboratoire universitaire ou gouvernemental n’avait assez d’argent pour mener les tests jusqu’au bout.'' Vraiment ?
    Si l'Ebola (conçu en Amérique ?) avait fait des ravages en Amérique du Nord il y a belle lurette qu'on aurait trouvé les fonds. Mais l'Afrique de l'Ouest c'est bien... loin (pour ne pas dire autre chose).

    • Simon Chamberland - Inscrit 31 juillet 2014 22 h 08

      Nous n'avons pas la capacité de concevoir un tel virus en laboratoire, et quand la maladie est apparue il y a une quarantaine d'années, encore moins.

  • Pascale Bourguignon - Inscrite 31 juillet 2014 07 h 57

    L’inquiétude commence à se faire ressentir un peu partout dans le monde.

    La peur que le ciel nous tombe sur la tête nous fait rentrer la tête dans les épaules et nous empêche de regarder le plafond.

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 31 juillet 2014 08 h 38

    À tout stade il vaut mieux éviter la panique ...

  • Richard Lapierre - Inscrit 31 juillet 2014 09 h 05

    Intelligent?

    « Utiliser des vaccins maintenant ne serait pas éthique, ni faisable, ni intelligent »

    Est-ce plus intelligent de limiter la propagation et laisser mourir en isolement les personnes atteintes? Ne pourrait-on pas leur demander à ces mourants s'ils veulent tenter leur chance avec un vaccin qui a sauvé 100% des primates en laboratoire? Bien sûr, ca ne serait pas intelligent de leur offrir. Quelle belle logique, quelle belle intelligence que celle de ce représentant de l'OMS. En fait, c'est tellement bête, j'ai peine à croire qu'il ai pu dire ca!

    • Simon Chamberland - Inscrit 31 juillet 2014 15 h 43

      Les vaccins ne sont pas encore testés. On ne connait pas les effets secondaires rien encore. On ne commencera pas à produire en masse un vaccin qui serait dangereux ou inutile.

  • Claudette Piché - Inscrite 31 juillet 2014 18 h 00

    Au Québec, nous avons aussi notre EBOLA , la maladie de LYME

    Ce n'est qu'une question de temps avant qu'on réalise l'ampleur de la gravité de la maladie de lyme au Québec.
    En mai 2013, la direction de la Santé Publique de Montréal publiait lorsque qu'on nous avait la maladie de lyme, qu'il en était interdit de donner du sang, de faire des dons d'organes et des cellules sans omettre que la mère contaminée peut le transmettre à son foetus et selon une donnée fournie par la direction de la Santé de l'Estrie.
    Santé Canada a émis un bulletin mentionnant que les tests utilisés par les instances de la Santé soient : ELISA et Western blot ne seraient pas fiables et en seraient la cause de faux négatifs! Et beaucoup trop de médecins en nieraient la réalité sur le territoire québécois ou encore en ignoreraient les symptômes afin de la diagnostiquer adéquatement et sans omettre les co-infections dont les instances de Santé du Québec tarderaient à en faire mention et qui sont transmissibles aussi!
    Nous pouvons nous demander à quand le prochain scandale du sang au Québec?