Les dirigeants africains s’accordent l’immunité devant la Cour africaine

L’Union africaine a indiqué vendredi avoir décidé d’accorder une immunité aux dirigeants en exercice sur le continent devant la future Cour africaine des droits de l’homme, suscitant la colère d’ONG qui dénoncent un recul dans la lutte contre l’impunité.

 

«Les chefs d’État et les hauts responsables gouvernementaux ne devraient pas être jugés pendant qu’ils sont en exercice, parce que le navire de l’État doit continuer d’être dirigé», a déclaré à l’AFP Vincent Nmehielle, directeur des affaires juridiques au sein de l’UA.

 

Il a précisé que les États membres ont voté à l’unanimité la résolution qui prémunit les dirigeants en exercice de poursuites devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Cette résolution n’aura une application pratique que lorsque le tribunal sera en activité, ce qui n’est pas attendu avant plusieurs années.

 

Cette décision a été adoptée lors du dernier sommet de l’UA à Malabo fin juin, mais elle n’avait alors fait l’objet d’aucune publicité.

 

Colère des ONG

 

Des organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé cette auto-immunité des dirigeants africains.

 

«C’est un pas en arrière dans la lutte contre l’impunité et une trahison des victimes de graves violations des droits de l’homme», a estimé Amnesty International dans un communiqué.

 

Parmi les dirigeants africains en exercice, la Cour pénale internationale (CPI) a inculpé le président kényan Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, ainsi que le président soudanais Omar el-Béchir.

 

L’UA a par le passé accusé la CPI de racisme, affirmant qu’elle s’en prenait en priorité aux Africains. Fin 2013, elle avait demandé une suspension du procès des dirigeants kényans, une requête rejetée par l’ONU.

 

M. Nmehielle a assuré que l’UA était engagée pour la justice, mais a estimé que la CPI ne devait pas concentrer ses efforts sur des dirigeants africains.

 

«Vous aurez une réaction négative, vous n’aurez pas un climat de coopération de l’ensemble de l’Afrique et aucune région ne coopérera si vous continuez à cibler nos dirigeants», a-t-il dit.

 

L’idée d’une cour africaine a été lancée en 1998 par l’UA, mais ce tribunal continental n’est toujours pas opérationnel, à la fois pour des problèmes de financement et en raison de débats sur son rôle.

1 commentaire
  • Rafik Boualam - Inscrit 4 juillet 2014 17 h 01

    Pas surprenant

    Quand un Bush, Rumsfield, Sharon commettent impunément des crimes contre l'humanité, et finissent tranquillement leurs jours avec une retraite dorée,pourquoi les dirigeants africains devraient-ils s'en priver.