Les musulmans répondent à l’appel au désarmement

Des soldats de la paix comptent des munitions apportées par des habitants de Bangui lors de l’opération de désarmement qui a eu lieu dimanche dans la capitale centrafricaine.
Photo: Agence France-Presse (photo) Marco Longari Des soldats de la paix comptent des munitions apportées par des habitants de Bangui lors de l’opération de désarmement qui a eu lieu dimanche dans la capitale centrafricaine.

Une soixantaine de grenades, des machettes, une quinzaine de fusils, des arcs dans le seul quartier musulman, mais un bilan plutôt maigre chez les chrétiens pourtant majoritaires : le désarmement volontaire organisé dimanche à Bangui a encore accentué les divergences qui opposent les deux communautés.

 

Mahomet Abdel est arrivé en tenant la main de son jeune fils, pour déposer deux grenades chinoises à l’occasion de « la journée du désarmement volontaire » organisée par les autorités dans les mairies des huit arrondissements de Bangui et de deux communes limitrophes, Begoua et Bimbo.

 

« Je ne veux plus avoir de problème, je veux la paix, nous avons beaucoup souffert. J’ai entendu parler de cette journée et j’ai tout rendu », dit Mahomet, en short et maillot de basket, en sortant de la mairie du 3e arrondissement au coeur du PK-5, l’enclave où vivent reclus les derniers musulmans de Bangui.

 

Mahomet avait acheté dix grenades à la suite des violences du 5 décembre 2013 quand les anti-balaka, les milices chrétiennes, ont mené une attaque d’envergure visant les ex-rebelles Séléka et plus généralement les musulmans de la ville, qui se sont ensuite vengés.

 

Chaque grenade coûte 2500 francs CFA, soit le prix de deux kilos de sucre. Il en a utilisé huit pour « gâter » (abîmer) des anti-balaka. La dernière fois, c’était il y a deux semaines, lors d’un match de foot de la réconciliation organisé entre chrétiens et musulmans. Les choses avaient dégénéré, trois musulmans avaient été décapités.

 

Au PK-5, près de 200 personnes sont venues dimanche matin rendre des armes. À chaque fois, les soldats des forces africaines récupèrent l’arme, les employés de la mairie relèvent le nom et le numéro de téléphone du déposant, puis une dizaine de femmes applaudissent pour remercier.

 

Parmi ces femmes, Awa Gonadet est un peu inquiète en voyant les hommes se presser pour rendre les armes : « On a des ennemis partout, comment on va faire ? »

 

Même son de cloche chez Aïssatou Sahada, onze enfants : « Nous les femmes, nous voulons la paix. Mais ce n’est pas fini, ils veulent nous finir », dit-elle en parlant des anti-balaka dont les attaques à la grenade ou au fusil sur le quartier musulman sont récurrentes.

 

Au total, 69 grenades, 62 flèches, 13 arcs, 15 fusils et mitraillettes et quelque 200 munitions ont été récupérés. Sans parler des chapeaux, bottes et gourdes militaires, aiguilles à tricoter… 192 personnes ont répondu à l’appel.

 

De l’autre côté de la ville, à Bimbo, une commune majoritairement chrétienne, c’est la soupe à la grimace. Deux balles de kalachnikov et une grenade artisanale ont été récoltées en quatre heures. À la mairie du 5e arrondissement, près du PK-5, quelques cartouches et des explosifs.

 

À Boy-rabé, le fief des anti-balaka, milices à majorité chrétienne, 3 roquettes, 3 obus de mortier, 3 grenades et des munitions de 14-5 ont été récupérées. « C’est normal, ici les gens n’ont pas d’armes, elles sont toutes au PK-5 », se justifie Blondel, tee-shirt blanc « J’aime mon pays, je désarme volontairement ».

 

En tournée dans les quartiers à la fin de la journée, le premier ministre s’est dit « satisfait » par « l’engagement de la population ». « La satisfaction vient de cet engouement populaire et pas de ce qui a été ramassé, car le triple pourrait revenir dans la nuit » de l’étranger, a-t-il dit.


Par Stéphane Jourdain