La justice est accusé d'être au service d'une répression aveugle

La multiplication des grands procès en Égypte, aux audiences ubuesques et aux jugements aussi expéditifs qu’excessifs, fait dire à ses détracteurs que la justice est l’instrument du pouvoir militaire dans son implacable répression des partisans du président destitué Mohamed Morsi.

La condamnation à mort lundi à Minya de près de 700 pro-Morsi après une seule journée d’audience a provoqué un nouveau tollé international un mois après un verdict similaire.

Chaque jour ou presque, de nouvelles audiences s’ouvrent et sont immédiatement ajournées dans des procès où le grotesque côtoie l’excès, avocats et défenseurs des droits de la personne ne sachant plus que faire face à une justice qui s’emballe et condamne sans discrimination des centaines de personnes dont le dossier n’a parfois jamais été étudié.

Éradication

Exemple le plus criant : des personnes décédées au moment des faits et d’autres qui n’étaient pas dans le pays ont été condamnées à mort à Minya, dans des « procès de masse sans précédent dans l’Histoire récente » du monde, selon l’ONU.

« Si quelqu’un avait encore des doutes sur le fait que l’Égypte cherche à éradiquer toute opposition politique, alors ils viennent d’être dissipés » avec cette « parodie de justice », s’insurge Sarah Leah Whitson, directrice de Human Rights Watch pour le Moyen-Orient.

Depuis la destitution le 3 juillet par l’armée de M. Morsi, des condamnations à mort ou à perpétuité ont été prononcées par centaines, de très lourdes peines de prison par dizaines. Des jeunes filles menottées dans une cage, certaines mineures, ont écopé de 11 ans pour avoir formé une chaîne humaine. Des peines d’ailleurs presque toujours annulées ou commuées en appel.

Et puis, il y a les aberrations des enquêtes, voire l’absence d’enquêtes, qui apparaissent. Dans un procès de journalistes étrangers d’Al-Jazeera accusés de complicité avec les islamistes, le parquet produit une succession de « preuves » incongrues : photos de famille, enregistrements inaudibles que seul le juge assure « très bien entendre », reportages sur le prix de la viande en Égypte…

Officiellement, le gouvernement dirigé de facto par les militaires insiste sur « l’indépendance de la justice », mais en privé, des responsables avouent être gênés par le zèle de juges qui participent à la curée.
1 commentaire
  • Nicole Bernier - Inscrite 30 avril 2014 05 h 10

    Un article chloroforme portant sur des enjeux fondamentaux: la liberté de presse et le droit des lecteurs du Devoir à soutenir les Palestiniens et les Égyptiens

    Je ne sais pas qui a copié des extraits de l'Agence France-Presse mais il me semble que de reproduire cet extrait tel quel;
    "Dans un procès de journalistes étrangers d’Al-Jazeera accusés de complicité avec les islamistes"
    cela illustre la faiblesse journalistique de la démarche. Pourquoi ? Parce que le ou la journaliste de cet article n'a pas trouvé pertinent de rappeler que parmi ces étrangers, il y avait un canadien, un collègue à lui ou à elle.

    Je ne comprends pas pourquoi Le Devoir ne prend pas acte de l'attaque du gouvernement égyptien contre le principe fondamental de la liberté de presse et comment leur métier est mis en danger par le comportement de ce gouvernement. Mais peut-être qu'un journaliste « canadien », parce qu'il n'a pas un nom pure-laine, n'est pas considéré comme un collègue.

    Ces étrangers d'Aljazeera sont MM. Greste (australien anciennement de BBC) et Mohamed (Canadien anciennement de CNN), arrêtés tous deux le 29 décembre dans un hôtel du Caire où ils avaient installé un bureau improvisé. L'Égypte a donc ouvert ce procès le 20 février, lequel rassemble, dans un seul bloc, 20 personnes, présentées comme des «journalistes d'Al-Jazeera». Parmi ces 20 accusés, huit seulement sont détenus, les autres sont encore recherchés par les autorités et 3 seulement sont de la chaine d'Al-jazeera.

    De la même façon, il me semble qu'il aurait été pertinent de rappeler qu'au lieu de défendre le journaliste canadien comme le fait le gouvernement australien, le gouvernement Harper a plutôt choisi de s'attaquer aux Canadiens qui supportaient des organismes de charité ayant un lien avec le Hamas en Palestine et les Frères musulmans en Égypte. Quand 42 % de la population palestinienne soutient le Hamas et que les Frères musulmans avaient aussi un appui similaire dans la population égyptienne, il est difficile de ne pas être perçu, comme Canadien, comme terroriste.