683 autres partisans de Morsi sont condamnés à mort

Les familles des condamnés ne pouvaient se consoler lundi du sort de leurs proches.
Photo: Agence France-Presse (photo) Khaled Desouki Les familles des condamnés ne pouvaient se consoler lundi du sort de leurs proches.
Minya — Un tribunal égyptien a condamné lundi à mort près de 700 partisans présumés du président islamiste destitué Mohamed Morsi, dont le chef des Frères musulmans, mais commué en prison à vie les peines capitales prononcées en mars pour près de 500 autres.

Les premières condamnations à mort le 24 mars, dans un procès expéditif après une seule journée d’audience, avaient provoqué un tollé dans la communauté internationale dans ce que l’ONU avait dénoncé comme le plus grand procès de masse de l’Histoire récente dans le monde.

Ces condamnations à mort en première instance n’ont toutefois aucune chance d’être confirmées en appel selon les experts unanimes, tant la procédure judiciaire et les droits les plus élémentaires de la défense ont été bafoués par le juge. D’ailleurs, le juge qui les avait prononcées le 24 mars contre 529 accusés les a commuées en prison à vie lundi pour 492 d’entre eux.

Mais le fait que ces peines capitales aient pu être prononcées en première instance sans provoquer d’émoi dans le pays illustre le climat extrêmement délétère en Égypte.

Une large majorité de la population, à l’unisson des médias quasi unanimes, applaudit à la répression implacable et sanglante que mène contre les islamistes le gouvernement installé par l’armée après qu’elle eut destitué et arrêté le 3 juillet M. Morsi, le seul président jamais élu démocratiquement en Égypte.

Ainsi, plus de 1.400 manifestants pro-Morsi ont été tués par les policiers et les soldats en dix mois — dont quelque 700 en une seule journée au Caire le 14 août — et plus de 15 000 de ses partisans ont été emprisonnés, selon les organisations de défense des droits humains.

Et, pour accréditer le sentiment partagé par nombre d’experts et d’ONG assurant que la répression de toute contestation est devenue pire que sous le régime de Hosni Moubarak, un tribunal du Caire a interdit lundi le Mouvement du 6 Avril, un groupe laïc de gauche fer-de-lance de la révolte populaire qui chassa du pouvoir l’ex-Raïs début 2011.

Des preuves?

À l’énoncé du verdict lundi, plusieurs femmes se sont évanouies devant le tribunal de Minya encerclé par les forces de l’ordre. «Où est la justice?», s’est écriée l’une d’elles.

Plusieurs proches ont assuré que les condamnés n’avaient rien à voir avec les manifestations pro-Frères musulmans de Minya, dans lesquelles au moins un policier avait été tué dans l’attaque d’un commissariat, au coeur du procès.

«Mon fils ne prie même pas, il ne sait même pas où est la mosquée», s’indignait la mère d’un condamné à mort. «Le mien est mort depuis trois ans et son nom est cité dans cette affaire», renchérissait Wada Hasaballah, la soixantaine, toute voilée de noir.

Selon Khaled ElKomy, coordinateur de l’équipe d’avocats qui défend les 529 condamnés à mort fin mars, 60% d’entre eux «ont des preuves démontrant qu’ils n’étaient pas présents lors de l’attaque du commissariat» pour laquelle ils ont écopé de la peine capitale.

Sur les quelque 1200 accusés, seuls environ 200 sont emprisonnés, les autres étant en fuite ou ayant été libérés sous caution. Ils sont tous accusés, à divers degrés, d’avoir participé dans le gouvernorat de Minya aux manifestations pro-Morsi survenues le 14 août au moment où, au Caire, 700 manifestants tombaient sous les balles des policiers et soldats.

Condamné à mort lundi pour avoir «incité» aux violences, Mohamed Badie, le guide suprême des Frères musulmans, la confrérie islamiste de M. Morsi qui a remporté toutes les élections depuis l’éviction de Hosni Moubarak, est également jugé au Caire dans plusieurs autres procès pour lesquels il encourt la peine de mort, à l’instar de M. Morsi en personne, qui comparaît devant trois tribunaux.

La quasi-totalité des chefs des Frères musulmans, l’influente confrérie née en Égypte il y a 85 ans, ont été arrêtés depuis le 3 juillet. Elle a été décrétée «organisation terroriste» par le gouvernement dirigé de facto par l’armée qui la rend responsable d’une vague d’attentats visant les forces de l’ordre.

Les peines de mort prononcées par la justice doivent, conformément à la loi égyptienne, être validées par le mufti, représentant de l’islam auprès de l’État, mais son avis n’est pas contraignant.

Concernant les 683 condamnés à mort de lundi, dont M. Badie, le juge a fixé au 21 juin sa décision finale après l’avis du mufti.

Par Sarah Benhaida et Samer Al-Atrush
13 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 28 avril 2014 08 h 11

    Enfin un article qui utilise un ton valorisant les faits plutôt que de reproduire un discours de propagande politique...

    Maintenant, si un analyste prenait le temps de comparer les valeurs défendues par les Américains en ce qui concerne l'Égypte et l'Ukraine, tout le monde pourrait voir en quoi consiste un discours de propagande...

    Ou encore si on comparait le discours de principe que tiennent les 'elders' (dont Jimmy Carter a eu un leadership important pour défendre les droits des Palestiniens) sur les droits démocratiques des peuples à établir leur destiné avec le discours d'Obama actuellement visant à consolider la puissance économique et politique américaine au détriment des droits de tous les peuples, il deviendrait possible d'échapper aux tambours de guerre des "faucons" de tout acabit.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 28 avril 2014 21 h 25

      Encore et toujours de la propagande politique... La peur marche à tout coup.

  • Luc Lavoie - Inscrit 28 avril 2014 12 h 25

    Tout à fait !

    Votre commentaire est dans le mille. Si les articles portant sur la Syrie ou l'Ukraine étaient aussi bien étayés de faits, les Québécois (et surtout les canadiens) commenceraient à y repenser deux fois avant de voter encore une fois pour Harper. Rappelons que ce dernier soutient l'insoutenable depuis déjà trop longtemps.

  • Jean-Philippe Delorme - Abonné 28 avril 2014 12 h 56

    Déchirant

    Que préférer entre une démocratie qui porte au pouvoir un gouvernement rétrograde et une dictature militaire putchiste qui le combat...?

    • Nicole Bernier - Inscrite 28 avril 2014 17 h 09

      De quel droit, vous vous proposez comme juge de ce qu'un peuple veut vivre?... Ils avait élu démocratiquement un gouvernement et seulement les élections démocratiques méritent le respect... Pour moi, les putchistes seront toujours à condamner...

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 28 avril 2014 21 h 29

      Madame Bernier les frères musulmans étaient soutenus par des forces à l'opposé de celles qui appuient l'armée. Autant les unes que les autres ne portent pas les intérêts du peuple dans leur coeur.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 28 avril 2014 22 h 49

      Un gouvernement démocratiquement élu a été renversé dans un bain de sang et vous vous posez la question à savoir si c'est acceptable?

      Vous posez même la question? Pour votre information, la dictature militaire ne se sert du combat contre les islamistes que comme prétexte pour remettre en place le régime militaire qui régnait alors que Mobarak était président. C'était probablement le plan depuis fort longtemps.

  • Guy Haddad - Inscrit 28 avril 2014 21 h 04

    Mme Bernier

    Chére petite madame Nicole Bernier, la mediatisation , nous fait oublier les vrais enjeux, HOsni MOubarak aussi étai democrate a sa maniére, Morsi egalement a trafiqué les elections, il faut relire certains article de Tarek Ezzat , écrivain égyptien qui nous éclaire sur les agissements des Pro Morsi.... vous savez nous n'avons que des bribes de vérités dans les 2 Cas........n'oublions pas

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 avril 2014 07 h 27

      M. Haddad, je ne suis pas votre "Chére petite madame", et votre mépris de mes connaissances comme stratégie pour mettre en valeur votre idéologie illustre votre incapacité à défendre des principes fondamentaux.

      Je ne me fie pas à un auteur parce qu'il est un intellectuel, je me fie au peuple et je défends le droit de ces peuples à l'auto-gérence...

      Et les gens comme vous qui vivez au Canada et qui privilégiez vos valeurs sur le droit des peuples à s'auto-déterminer (avec les erreurs qui vont avec), ne suscitent en moi aucune envie de les prendre au sérieux... bien que je prendrai toujours le temps des lire pour y puisser des informations nouvelles ou des questionnements qui méritent un temps d'arrêt et qui méritent de vérifier la provenance et la validité...

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 29 avril 2014 10 h 19

      Autodétermination... autogérence... ces deux mêmes ambitions des Québécois qui sont méprisés pour oser en rêver? Oui, nous sommes en mesure de comprendre le sentiment des Égyptiens, madame Bernier, car nous partageons ce rêve avec eux, ici chez nous.

      Je suis d'accord avec monsieur Haddad. Les Iraniens avaient voté "démocratiquement" pour leur République islamique, et ils ont été trahis, et vivent depuis ensevelis vivants dans un long voile noir, réprimés fortement au moindre soubresaut.

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 avril 2014 10 h 33

      Le PQ a encore plus trahi les aspirations du peuple québécois.... mais c'est toujours plus facile de voir la paille de l'autre que la poutre des siens

  • Phil Bernier - Inscrit 28 avril 2014 22 h 09

    Intérogation

    J'aurais une question pour ceux qu'ils seraient me répondre. Qui est Mohamed Morsi? Je sais que m'a question est peut-être idiote, mais je voudrais m'informer sur ce sujet.

    (un projet en français à mon école)