Insultes et menaces détournent les débats de la Constituante

La Constituante tunisienne doit poursuivre le débat article par article de la future Constitution qui doit aboutir avant le 14 janvier pour résoudre une profonde crise politique.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fethi Belaid La Constituante tunisienne doit poursuivre le débat article par article de la future Constitution qui doit aboutir avant le 14 janvier pour résoudre une profonde crise politique.

L’opposition laïque tunisienne a obtenu dimanche le vote d’un amendement au projet de Constitution interdisant « les accusations d’apostasie », à la suite de menaces contre un élu de gauche après qu’un député islamiste l’a qualifié d’ennemi de l’islam.

 

L’amendement en question, adopté par 131 voix sur 182 votants vers 20 h 00 GMT (21 h 00 locale), « prohibe les accusations d’apostasie et l’incitation à la violence ». Il avait été présenté une première fois samedi mais rejeté.

 

Ce vote intervient à l’issue d’une longue journée de négociations et de polémique entre les islamistes du parti Ennahda et l’opposition laïque qui menaçait de boycotter les séances de la Constituante sur l’adoption de la Constitution.

 

Dans la société civile, des voix se sont élevées contre ce texte, estimant qu’il constituait une atteinte à la liberté d’expression.

 

« Les constituants tunisiens du camp islamiste jusqu’au camp dit démocrate ont voté aujourd’hui contre la liberté d’expression », a dénoncé sur Twitter, Amira Yahyaoui, présidente de l’ONG Al Bawsala, qui milite notamment pour la transparence dans la vie politique.

 

La polémique qui a paralysé la Constituante dimanche a été provoquée par des propos la veille de Habib Ellouze, un élu de frange radicale d’Ennahda, qui avait jugé notamment que le député de gauche Mongi Rahoui était « connu pour son animosité pour l’islam ».

 

M. Rahoui a affirmé dans l’hémicycle que ces propos étaient à l’origine de menaces de mort à son encontre.

 

Pour l’opposition, les propos en question ont fait de l’élu une cible, alors que deux opposants de gauche ont été assassinés en 2013, crimes attribués à la mouvance jihadiste.

 

Les détracteurs d’Ennahda jugent d’ailleurs les islamistes au pouvoir responsables, au moins par leur laxisme, de l’essor de ces groupes salafistes.

 

Ennahda a de son côté condamné à plusieurs reprises les propos de Habib Ellouze, qui après avoir un temps tergiversé a aussi présenté des excuses.

 

L’examen du projet de Constitution, lancé vendredi dans un climat chaotique, a été régulièrement suspendu par des accusations et des disputes entre députés.

 

Dans la soirée de dimanche, la Constituante a finalement repris ses travaux, approuvant l’article 16 relatif aux forces armées.

 

Les votes de samedi ont notamment consacré la liberté de conscience, l’islam comme religion d’État et rejeté l’islam comme source de droit.

 

La classe politique s’est engagée à adopter la Loi fondamentale avant le 14 janvier, 3e anniversaire de la révolution qui marqua le début du Printemps arabe.