Des hommages de citoyens du monde entier

Une fillette allumant un cierge au cours d’une cérémonie, dimanche à Soweto, près de Johannesburg, en hommage à Nelson Mandela, décédé jeudi dernier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pedro Ugarte Une fillette allumant un cierge au cours d’une cérémonie, dimanche à Soweto, près de Johannesburg, en hommage à Nelson Mandela, décédé jeudi dernier.

À Johannesburg, dans son township de Soweto, au Cap et dans plusieurs autres villes et villages d’Afrique du Sud, des citoyens se sont de nouveau recueillis, dimanche, en pensant à l’héritage qu’a laissé derrière lui Nelson Mandela, qu’ils appellent familièrement Madiba. Dans les grandes villes du monde, dans de moins grandes aussi, on a assisté à des cérémonies dominicales pour honorer la mémoire de celui qu’on surnomme le « père » de cette nation « arc-en-ciel » qu’est devenue, au moins officiellement, l’ancienne patrie de l’apartheid.

 

À Montréal, ils étaient environ 300 à braver un froid glacial, lors d’une marche commémorative entre la station de métro Côte-Sainte-Catherine et le parc Nelson-Mandela, qui borde l’avenue Victoria.

 

« Il a prêché et mis en pratique la réconciliation », a rappelé le président sud-africain, Jacob Zuma, dimanche, lors d’une cérémonie dans une église méthodiste de Johannesburg. Ce thème du pardon et de la réconciliation revient dans presque tous les discours qui ont été prononcés depuis le décès de M. Mandela jeudi dernier. L’ex-président Thabo Mbeki s’est demandé, dimanche, si les dirigeants de son pays se comportaient conformément aux valeurs incarnées par Nelson Mandela, et a affirmé que la tâche de transformer l’Afrique du Sud en une société plus juste serait « par bien des aspects plus difficile que la lutte pour mettre fin au système d’apartheid ».

 

Les commémorations de dimanche, religieuses dans bien des cas, marquaient le début d’une semaine de deuil national en Afrique du Sud. Mardi, un service commémoratif devrait attirer une foule et des dignitaires étrangers comme on en a rarement vu. Le gouvernement sud-africain a annoncé que 53 chefs d’État ou de gouvernement ont déjà confirmé leur présence à cette cérémonie, dans le stade où Nelson Mandela avait effectué sa dernière sortie publique lors du Championnat du monde de football de 2010. Le Canada sera représenté par le premier ministre, Stephen Harper, et quatre de ses prédécesseurs : Jean Chrétien, Brian Mulroney, Kim Campbell et Joe Clark. L’ancienne gouverneure générale Michaëlle Jean, le chef de l’opposition, Thomas Mulcair, et le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Canada, Shawn Atleo, feront également partie de la délégation canadienne.

 

Le président américain, Barack Obama, son homologue français, François Hollande, le prédécesseur de ce dernier, Nicolas Sarkozy, la présidente brésilienne, Dilma Rousseff, les premiers ministres britannique, David Cameron, et espagnol, Mariano Rajoy, de même que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, figurent parmi les nombreux dignitaires.

 

«Un père et un guide»

 

« Il a été un homme, un père et un guide pour la communauté et pour tout le monde », a commenté Felicie, une dame rencontrée pendant la marche commémorative organisée à Montréal. Elle était allée voir le célèbre disparu lors de sa visite à Montréal en 1990. Patricia Derome est trop jeune pour cela, mais elle considère que Nelson Mandela a été « un grand homme qui a sacrifié vingt ans de sa vie pour soutenir la cause de la solidarité humaine et de la liberté de tout un peuple. Il est resté très humble malgré cela », souligne-t-elle.

 

« Il serait inconcevable qu’on ne soit pas ici. Nelson Mandela n’est pas qu’un Sud-Africain, il est universel comme les valeurs qu’il incarne. Je parle au présent parce que, pour nous, il est juste parti en paix se reposer. On sera toujours éclairé par sa lumière », a dit Lana, une dame originaire des Comores. « Hier, j’ai envoyé un tweet lui disant merci d’avoir passé vingt-sept années de sa vie à réfléchir sur la façon de construire une nation unie », ajoute son ami Madhi.

 

Pour Sarah, « il représente la liberté et le pouvoir d’exprimer librement ses opinions, sans se soucier de couleur de la peau ».« Ce qu’il a fait de merveilleux aura été de rappeler à l’être humain ce qu’il a de fondamental à l’intérieur de lui-même », croit Florence.

 

Le politologue Aziz Fall, militant antiapartheid de longue date, a rappelé la difficulté de faire nommer un parc en l’honneur de Nelson Mandela au début des années 1990.« Nous ne pleurons pas Nelson Mandela, nous le célébrons », a-t-il ajouté, rappelant néanmoins que « l’apartheid politique est tombé, mais pas l’apartheid économique ». Pour le professeur d’origine sud-africaine Dan Omeara, Nelson Mandela a su combiner une « détermination absolue » sur la nécessité de la démocratie non raciale avec « la capacité d’aller chercher chez ses ennemis leur propre humanité ». Pour le président de la Ligue des Noirs, Gabriel Bazin, le meilleur moyen de rendre hommage à Nelson Mandela « est de lutter contre toutes les forces d’apartheid social, politique, économique, partout dans le monde ».

 

Au nom de l’organisme Palestiniens et Juifs unis (PAJU), Hala Yassin a rappelé que Nelson Mandela avait déclaré un jour que « notre liberté est incomplète sans celle des Palestiniens » et plaidé pour la libération du leader palestinien Marwan Barghouti, emprisonné en Israël où on l’accuse d’avoir organisé des attentats.


Avec L’Agence France-Presse, l’Associated Press et La Presse canadienne

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