Hommages sans frontières

Un homme dépose des fleurs devant la maison de Nelson Mandela, à Johannesburg.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alexander Joe Un homme dépose des fleurs devant la maison de Nelson Mandela, à Johannesburg.

Le deuil est entamé en Afrique du Sud et à travers le monde, mais les larmes laissent rapidement place aux hommages. Mettant de côté les rivalités et oubliant les frontières, la planète entière a célébré vendredi l’héritage de Nelson Mandela, ce héros de la lutte contre l’apartheid décédé la veille.

 

Dès l’aube, des Sud-Africains ont convergé à proximité de la maison de leur père spirituel pour pleurer sa mort, mais surtout pour célébrer sa vie. Une dizaine de colombes ont pris leur envol, au son de l’hymne national du pays.

 

Devant l’hôtel de ville du Cap, où Nelson Mandela a livré son premier discours après sa libération en 1990, des milliers de personnes se sont réunies pour chanter et prier, les poings levés dans les airs. Certains ont préféré s’exprimer par écrit. « Nous t’aimons et te serons pour toujours reconnaissants de nous avoir libérés », a écrit l’un des participants. Des rassemblements semblables ont été observés un peu partout en Afrique du Sud.

 

Nelson Mandela, héros de la lutte contre l’apartheid, a rendu l’âme jeudi soir à son domicile de Johannesburg, des suites d’une infection pulmonaire. Il était âgé de 95 ans.

 

Le président sud-africain, Jacob Zuma, a annoncé vendredi que des funérailles nationales auront lieu le 15 décembre, au terme d’une semaine de deuil à travers le pays. Le président américain, Barack Obama, premier président noir des États-Unis, figurera parmi les nombreux dirigeants internationaux qui assisteront aux obsèques du premier président noir de l’Afrique du Sud.

 

« Le jour où il est sorti de prison m’a donné une idée de ce que les êtres humains peuvent faire lorsqu’ils sont guidés par leurs espoirs et non par leurs peurs », a dit M. Obama à propos d’un de ses modèles politiques.

 

Une cérémonie spéciale sera organisée le 10 décembre au stade de Soweto, puis la dépouille du défunt sera exposée à Pretoria du 11 au 13 décembre, au siège de la présidence sud-africaine.

 

Hommage unanime

 

La disparition de Mandela, devenu citoyen honoraire du Canada en 2001, a eu des échos partout au pays. Le premier ministre, Stephen Harper, a signé au parlement un livre de condoléances. Les Canadiens ont été invités à faire de même sur un site Internet du gouvernement fédéral.

 

« Aujourd’hui, le monde entier rend hommage à cet homme qui a consacré sa vie à ses idéaux de paix, d’égalité et de dignité », a pour sa part déclaré la première ministre Pauline Marois.

 

À l’international, les chefs d’État ont unanimement rendu hommage à Nelson Mandela en laissant de côté les rivalités politiques. Israël et Palestine, États-Unis et Iran, Chine et dalaï-lama : des représentants de camps habituellement opposés ont aplani leurs différences pour reconnaître d’une seule voix l’influence de Nelson Mandela, au-delà de toutes frontières. Des drapeaux ont été mis en berne aux quatre coins du monde, et plusieurs pays ont décrété des journées de deuil national, dont l’Inde (voir page A 7).

 

Les ambassades sud-africaines ont été converties en lieu de recueillement. Des gerbes de fleurs, des bougies et des portraits de Nelson Mandela y ont été déposés.

 

À Paris, un sommet pour la paix et la sécurité en Afrique réunissant des représentants de tout le continent s’est ouvert sous la présidence symbolique du leader sud-africain.


Source d’inspiration

 

Le chemin tracé par « Madiba » a inspiré des citoyens qui se trouvent actuellement au coeur d’une lutte politique. L’un des représentants de l’opposition ukrainienne qui manifeste depuis deux semaines dans les rues de Kiev, Arseni Iatseniouk, a emprunté les mots de l’icône sud-africaine. « Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse, a-t-il lancé. Cela nous inspire, nous prouve que nous sommes sur la bonne voie », a-t-il poursuivi.

 

À des milliers de kilomètres de là, Marwan Barghouthi, un leader palestinien considéré par les siens comme le « Mandela local », s’est lui aussi montré admiratif du parcours de celui qu’il qualifie de « combattant de la liberté ». « De ma cellule, je vous dis que notre liberté semble possible parce que vous avez obtenu la vôtre », a-t-il lancé. Des Palestiniens ont d’ailleurs comparé la lutte de Nelson Mandela à celle du dirigeant Yasser Arafat, décédé en 2004 et récompensé par le prix Nobel de la paix en 1994.

 

Deux autres figures spirituelles nobélisées se sont jointes au déferlement d’hommages. Le dalaï-lama a souligné la contribution d’un homme « de courage et de principes », tandis que l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, qui a lui aussi lutté contre l’apartheid, n’a pu retenir ses larmes. Il a salué un ami personnel symbolisant selon lui l’humanité et la compassion.

 

Lors du tirage au sort des équipes en vue de la prochaine Coupe du monde de soccer au Brésil, le président de la FIFA, Sepp Blatter, a mis fin à un moment de silence en dédiant l’événement du jour à la mémoire de Mandela. « Célébrons maintenant l’humanité, célébrons Mandela et célébrons le football », s’est-il exclamé. Lui-même un amateur de soccer, Nelson Mandela était apparu pour la dernière fois lors d’un événement public d’envergure en 2010 lors de la finale de Coupe du monde organisée chez lui, en Afrique du Sud.
 

 

Avec l’Associated Press, l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

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