Massacre à Bangui - L’armée française intervient en Centrafrique avec l’accord de l’ONU

Des soldats centrafricains patrouillaient les rues de Bangui jeudi, après le massacre qui a fait au moins 54 morts.
Photo: Agence France-Presse (photo) Sia Kambou Des soldats centrafricains patrouillaient les rues de Bangui jeudi, après le massacre qui a fait au moins 54 morts.

Avec l’accord de l’ONU, l’armée française a débuté jeudi son intervention pour restaurer la sécurité en Centrafrique, où la situation a commencé à dégénérer avec le massacre d’au moins 130 personnes à Bangui.

 

« Vu l’urgence, j’ai décidé d’agir immédiatement, c’est-à-dire dès ce soir », a annoncé le président français, François Hollande, lors d’une courte déclaration à la télévision française. L’opération « sera rapide », elle « n’a pas vocation à durer et je suis sûr de son succès », a déclaré M. Hollande.

 

« La France n’a pas d’autre objectif que de sauver des vies humaines », a-t-il assuré, quelques heures à peine après le vote à l’unanimité d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU donnant mandat aux forces françaises pour intervenir en République centrafricaine.

 

Cette annonce officielle du début de l’opération Sangaris (du nom d’un papillon rouge) dans la foulée du vote à l’ONU tombe au terme d’une journée de massacre à Bangui, sous couvre-feu dès la nuit tombée, et où les habitants vivaient dans l’angoisse des heures à venir. La journée terrible a débuté avant l’aube, lorsque de violents affrontements ont éclaté dans le nord de la capitale. « Des groupes armés ont lancé une offensive sur la ville. Les forces de l’ex-Séléka [ex-rébellion, au pouvoir] ont rétorqué », a témoigné l’ONG Médecins sans frontières (MSF).

 

Dans l’après-midi, les journalistes de l’AFP ont comptabilisé au moins 54 cadavres rassemblés dans une mosquée du centre-ville, et 25 cadavres gisant dans les rues voisines, abandonnés sur le bas-côté. Les corps portaient des marques de blessures à l’arme blanche et par balles.

 

La Centrafrique est plongée dans le chaos et les violences communautaires et inter-religieuses entre chrétiens et musulmans depuis le renversement en mars du président François Bozizé par une coalition hétéroclite à dominante musulmane, la Séléka. Les violences se sont multipliées ces dernières semaines, à Bangui et en province, dans un pays en totale décomposition, comptant 4,6 millions d’habitants.

 

La résolution de l’ONU, adoptée par les 15 pays membres du Conseil sur proposition de la France — ancienne puissance coloniale —, autorise les soldats français en RCA à « prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la MISCA [force africaine en RCA] dans l’accomplissement de son mandat ».

 

La MISCA pourra se déployer « pour une période de douze mois », avec pour mission de « protéger les civils, rétablir l’ordre et la sécurité, stabiliser le pays » et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. La force doit compter jusqu’à 3600 hommes, mais n’en rassemble pour l’instant que 2500, mal équipés et entraînés. Paris dispose déjà sur place d’environ 650 hommes. Les militaires de Sangaris auront notamment pour mission de sécuriser l’aéroport de Bangui et les principaux axes du pays.

 

« Les choses vont aller très vite », a prévenu en début de journée le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, alors que se tient ce vendredi et samedi à Paris un sommet franco-africain sur la paix et la sécurité en Afrique.

À voir en vidéo