Violents combats en République centrafricaine: au moins 98 morts

Un journaliste de l'Associated Press a compté 48 corps tard jeudi, dans une mosquée du nord de la ville. De son côté, l'organisation humanitaire Médecins sans frontières fait état de 50 victimes dans les hôpitaux dont elle est responsable.

Des combattants chrétiens ont attaqué la capitale un peu avant l'aube, lors des pires violences à frapper Bangui depuis que le coup d'État de mars a porté la coalition Seleka au pouvoir. Les anciens rebelles sont accusés d'avoir commis de multiples atrocités, tandis que les milices chrétiennes qui appuient le président déchu auraient massacré des communautés musulmanes.

La violence s'est produite au moment où les Nations unies autorisaient l'envoi d'une force d'intervention composée de troupes africaines et de soldats de l'ancienne puissance coloniale française pour tenter de rétablir le calme dans ce pays pauvre et troublé.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé, presque à l'unanimité, une résolution présentée par la France. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait prévenu que le pays était « au bord du génocide ».

Une attaque survenue plus tôt cette semaine, et attribuée aux combattants chrétiens, a coûté la vie à une douzaine de femmes et d'enfants dans une communauté reculée.

M. Fabius a précisé jeudi en entrevue à BFM-TV qu'environ 1200 militaires français seront déployés. Quelque 600 s'y trouvent déjà, en appui aux 2500 membres des forces de l'Union africaine.

Le navire de guerre français Dixmude est arrivé la semaine dernière au port de Douala, au Cameroun voisin. La frégate a transporté jusque-là 350 militaires, des véhicules de combat et de l'équipement logistique.

« Nous devons mettre fin à cette catastrophe humanitaire et rétablir la sécurité », a-t-il déclaré.

Les résidants de la ville se sont empressés de se mettre à l'abri, dont certains qui ont trouvé refuge dans une église. En après-midi, seuls des véhicules militaires et les véhicules tout-terrain utilisés par les rebelles qui ont chassé le président en mars étaient visibles dans les rues.

Dans un hôpital de Bangui, des dizaines de personnes blessées par balle gisaient sur le plancher ou sur des bancs de bois, en attendant de voir un médecin.

Le nouvel ambassadeur français Charles Malinas a confirmé que les résidences du premier ministre Nicholas Tiangaye et du président Michel Djotodia ont aussi été pillées jeudi. M. Tiangaye a indiqué que les pillards semblaient appartenir au Seleka, un groupe rebelle dont est issu le président Djotodia mais dont il cherche maintenant à se distancer.

« C'est vrai, ma maison a été attaquée et pillée », a dit M. Tiangaye, avant d'ajouter que sa femme et ses enfants avaient été évacués avant l'attaque et qu'ils se trouvent en sécurité.

Le représentant spécial de l'ONU en République centrafricaine, Babacar Gaye, a appelé au calme dans un communiqué conjoint des Nations unies, de l'Union européenne, de l'Union africaine et de la France.

La République centrafricaine est soumise à l'anarchie depuis que des rebelles ont chassé le président François Bozizé du pouvoir, en mars dernier.

Les rebelles de Seleka sont blâmés pour de nombreux crimes commis à Bangui, notamment les meurtres et les viols de civils et des vols commis auprès d'orphelinats et d'organisations humanitaires. La colère suscitée par ces actes a donné naissance aux milices chrétiennes dont les membres sont équipés de machettes et d'armes artisanales, mais qui recevraient aussi l'aide des partisans de M. Bozizé.

La résolution de l'ONU autorise le déploiement, pour un an, d'une force dirigée par l'Union africaine pour protéger les populations civiles et rétablir la loi et l'ordre. La force africaine remplacera une force régionale dont la présence est limitée à la capitale et à certaines villes du nord du pays.

La résolution autorise aussi les forces françaises, pour une période limitée, à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour appuyer la force de l'UA, dont le nombre de soldats devrait passer de 2500 à 3500.

Par Krista Larson

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