Couverture des questions religieuses - Les médias invités à se méfier des dérapages

Fès, Maroc — Le discours sur la laïcité peut servir de refuge aux sentiments islamophobes dans plusieurs pays d’Europe, lançait lundi l’écrivain et journaliste franco-tunisien Samy Ghorbal, qui considère que cette islamophobie a pris la place de l’antisémitisme dans certains discours d’extrême droite européenne.

 

M. Ghorbal, qui est par ailleurs un partisan de la laïcité, notamment en Tunisie, s’exprimait lors d’un atelier sur le rôle des médias dans les dialogues des cultures et des religions, organisé par l’Organisation internationale de la francophonie, qui tient une rencontre internationale sur ce thème à Fès, au Maroc.

 

Cet atelier portait par ailleurs sur la responsabilité des médias dans leur couverture des événements à caractère religieux, dans un contexte local et international où ces événements, qui soulèvent les passions, prennent de plus en plus d’importance.

 

Violences

 

Pour Sophie Gherardi, ancienne journaliste du Monde qui dirige le site fait-religieux.com, la France doit par ailleurs reconnaître qu’elle est le pays d’Europe qui abrite le plus grand nombre de musulmans, de bouddhistes et de juifs.

 

Mme Gherardi a ainsi expliqué comment une mauvaise interprétation médiatique d’un discours de l’ancien pape Benoît XVI, portant sur l’islam, avait donné lieu à des violences contre les églises, entre autres au Pakistan. Toujours en France, une plainte a été déposée pour protester contre une page couverture du magazine Valeurs actuelles, qui présentait une femme voilée sous le titre : « Naturalisés - L’invasion qu’on cache ».

 

Pour Dominique Mataillet, journaliste de La Revue, membre du groupe Jeune Afrique, les journalistes doivent faire preuve de recul dans leur couverture du fait religieux. Il faut veiller à ne pas confondre, par exemple, les termes « islamique » et « islamiste ». Il estime également avoir fait preuve d’éducation du public en publiant un reportage sur le premier député musulman élu, dans une région reculée de la France, au XIXe siècle.

 

Couverture extrémiste

 

Les participants à l’atelier ont mis les journalistes en garde contre les dérapages que peut provoquer une couverture plus extrémiste des faits religieux. À titre d’exemple, Antoine Ajoury, journaliste à L’Orient-Le Jour, au Liban, a raconté comment deux médias avaient adopté une couverture complètement différente des manifestations musulmanes contre les caricatures ayant mis en scène Mahomet. Alors que certains n’ont filmé que les manifestants en colère, d’autres ont montré un cheik qui tentait de contenir les débordements de violence.

 

Le phénomène s’est répété au moment de la couverture de manifestations de violence contre des chiites et des sunnites, à Beyrouth et à Tripoli.

 

En ce qui a trait au port du voile, qui fait couler beaucoup d’encre au Québec cet automne, Samy Ghorbal rappelle que ce port du voile n’est plus nécessairement associé à l’adhésion à un parti islamiste en Tunisie. Selon lui, il y a une forte proportion de femmes voilées qui soutiennent en Tunisie le nouveau parti Nidaa Tounes, qui s’oppose au parti islamiste au pouvoir.

 

 

Notre journaliste est invitée au Maroc par l’Organisation internationale de la francophonie.

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