Prix du carburant - Khartoum refuse de céder à la pression

Khartoum – Le gouvernement soudanais a assuré dimanche qu’il ne reviendrait pas sur sa décision d’augmenter les prix du carburant, dans sa première réaction à la contestation, faisant craindre une nouvelle escalade dans un pays miné par des rébellions et crises. «Non, ce n’est pas possible du tout», a déclaré à l’AFP le ministre de l’Information Ahmed Bilal Osmane, interrogé sur la possibilité de rétablir les subventions sur le carburant, comme réclamé par des milliers de manifestants, mais aussi par des dignitaires politiques et religieux.

 

Il s’agit de la première réaction officielle au mouvement de contestation sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir en 1989 du général Omar el-Béchir, déclenché lundi par la décision du gouvernement de cesser les subventions. Cela a entraîné le quasi-doublement du prix des carburants.

 

Au moins 33 personnes, pour la plupart des civils tués par la police selon des témoins, ont péri lors des manifestations qui ont parfois pris une tournure violente avec des attaques contre des biens publics et privés. Des organisations de défense des droits de l’Homme parlent quant à elles d’une cinquantaine de morts tandis qu’un diplomate étranger a expliqué à l’AFP que ce bilan pouvait «s’approcher des 200» morts.

 

À Port Soudan, à 1000 km au nord-est de Khartoum, la police a dispersé dimanche à coups de gaz lacrymogènes près de 400 manifestants, principalement des étudiants. Un homme âgé a été grièvement blessé après avoir été écrasé par un véhicule des forces de l’ordre, ont affirmé des témoins.

 

En raison des tensions, les autorités ont prolongé la fermeture des écoles dans la région de Khartoum jusqu’au 20 octobre, selon les médias officiels.

 

Trente et un cadres réformateurs du Parti du congrès national (PCN) de M. Béchir ont appelé le gouvernement à revenir sur sa décision et se sont dit opposés à la répression dans une lettre au président.

 

Des dignitaires islamistes ont de leur côté appelé dans un communiqué le pouvoir à «se tourner à nouveau vers Dieu et être juste envers le peuple», et demandé aux policiers «de cesser de tuer leurs frères musulmans».

 

Le parti d’opposition Oumma de l’ex-Premier ministre Sadek Al-Mehdi a appelé tous les partis d’opposition à se mobiliser dans la rue pour renverser le régime. Le parti communiste a lui proposé la tenue de sit-in, tandis que le parti Baas a annoncé que six de ses dirigeants avaient été arrêtés à leur domicile samedi soir.