État d'urgence en Égypte, les affrontements ont fait au moins 278 morts

Le Caire – La police égyptienne a démantelé mercredi les deux camps de protestation érigés par les partisans du président déchu Mohammed Morsi, provoquant des affrontements dans les rues du Caire et d'autres villes qui ont fait au moins 278 morts à travers l'Égypte, dont 43 policiers.

Le vice-président Mohammed El-Baradei, un lauréat du prix Nobel de la paix, a démissionné du gouvernement intérimaire du président Adly Mansour enfin de protester contre l'intervention policière. M. Mansour a proclamé l'état d'urgence pour un mois et imposé un couvre-feu dans la capitale et 10 provinces.

Plus de 1400 personnes ont été blessées dans les violences qui ont suivi le démantèlement des deux camps établis il y a six semaines par les fidèles de M. Morsi. La mesure répressive a suscité la colère des islamistes, qui ont attaqué et incendié des postes de police, des édifices gouvernementaux et des églises coptes.

L'intervention a eu lieu après plusieurs avertissements de la part du gouvernement intérimaire qui a remplacé Mohammed Morsi à la suite du coup d'État militaire du 3 juillet. Les camps avaient été installés au Caire à la fin du mois de juin par des partisans de l'ex-président souhaitant lui témoigner leur appui. Les protestataires, parmi lesquels figuraient de nombreux membres des Frères musulmans, réclamaient le retour de M. Morsi au pouvoir.

Le plus petit des deux camps a été détruit plutôt rapidement, mais le plus grand a nécessité quelques heures de travail de la part de la police anti-émeute, qui a notamment utilisé des bulldozers pour accomplir sa mission. Ce camp était situé près de la mosquée Rabbah al-Adawiya, quartier général de la campagne en faveur de Mohammed Morsi.

Selon les autorités et la télévision d'État, plusieurs dirigeants des Frères musulmans ont été arrêtés au camp érigé à proximité de la mosquée. Parmi eux figurent les leaders Mohammed el-Beltagy et Essam el-Erian de même que le religieux radical Safwat Hegazy, tous les trois recherchés par la justice égyptienne pour répondre à des allégations d'incitation à la violence et de complot visant à tuer des opposants de M. Morsi.

Les événements de mercredi sont le résultat de plusieurs semaines de confrontation entre les fidèles de Mohammed Morsi et le gouvernement intérimaire qui a pris le contrôle du pays le plus populeux du monde arabe. L'armée égyptienne a déposé M. Morsi après que des millions d'Égyptiens eurent manifesté pour réclamer son départ, l'accusant d'accorder trop de pouvoir aux Frères musulmans et de ne pas avoir su relancer l'économie.

Le coup d'État a entraîné des manifestations similaires organisées par les partisans de M. Morsi à la suite de l'arrestation du président déchu et de dirigeants des Frères musulmans, réduisant à néant les espoirs de stabilité en Égypte deux ans après le soulèvement populaire qui a renversé le régime du leader autocratique Hosni Moubarak.

Premier président de l'Égypte démocratiquement élu, Mohammed Morsi a été destitué alors qu'il venait de célébrer sa première année au pouvoir et est détenu à un endroit qui n'a pas été précisé.

Les tentatives de la part des États-Unis, de l'Union européenne et des États du golfe Persique pour réconcilier les deux camps en Égypte ont jusqu'ici échoué, les Frères musulmans exigeant que M. Morsi et les autres dirigeants du groupe détenus par les autorités soient d'abord libérés.

Au moins 250 personnes ont perdu la vie dans de précédents affrontements depuis le coup d'État.

Appel au calme

Ottawa a lancé un appel au calme, mercredi, après l'éclatement de nouvelles violences impliquant les policiers antiémeutes et les partisans du président islamiste déchu Mohammed Morsi en Égypte.

Le ministère des Affaires étrangères a conseillé aux voyageurs, mercredi, d'éviter tout déplacement non-essentiel vers l'Égypte et le Sinaï, à l'exception des stations balnéaires. Il recommande tout de même de faire preuve de grande prudence en raison du caractère imprévisible des violences, qui ont été vues à l'extérieur du Caire.

De plus, l'ambassade du Canada au Caire est fermée pour des raisons de sécurité jusqu'à nouvel ordre.

Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, s'est dit vivement préoccupé par ces heurts et a invité l'Égypte à mettre en place une véritable démocratie afin d'apaiser les tensions tandis que les Canadiens d'origine égyptienne observent la situation avec effroi.

«Le Canada est fermement convaincu que la mise en place d'un système démocratique transparent à l'écoute de tous les Égyptiens, y compris les membres de la société civile et les minorités religieuses, est le meilleur moyen de rétablir le calme et de donner à tous les Égyptiens un rôle à jouer dans la stabilité et la prospérité futures de leur pays», a déclaré M. Baird dans un communiqué. Il a exhorté les deux parties à faire preuve de retenue et à tenter de trouver un terrain d'entente.

Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, a affirmé que le gouvernement Harper et d'autres dans le monde devraient insister pour que l'armée égyptienne ne cesse la répression.
14 commentaires
  • Zohra Joli - Inscrit 14 août 2013 09 h 00

    Il faut penser à l'avenir du pays

    Je ne vois plus qu'une possibilité: que ces Frères Musulmans , s'ils pensent à l'Egypte et non seulement au pouvoir, se calment et décident de participer au nouveau gouvernement. S'ils ont tant d'appui auprès du peuple égyptien, ce dont je doute personnellement, ils se feront élire à nouveau, ou seront le parti officiel de l'opposition. Mais cet entêtement et ces violences ne mèneront à rien et ne leur font pas bonne presse.

    • Nicole Bernier - Inscrite 14 août 2013 14 h 08

      Incroyable votre incapacité de voir que la violence des extrémistes de l'armée est aussi dangereuse que tout autre forme d'extrémistes... Et, vos préjugés vous empëchent de voir que les Frères musulmans ne sont pas tous des extrémistes

      Le vice-président démissionne, en affirmant que les radicaux ont trop de pouvoir actuellement, cela ne vous indique pas qu'il y a des extrémistes dans l'armée actuellement

    • Solange Bolduc - Inscrite 14 août 2013 17 h 42

      Vous oubliez une chose, M. Joli, le giourvernement de Morsy avait été élu démocratiquement, et on aurait dû attendre que le mandat soit terminé avant de mettre de l'huile sur le feu. Très mauvaise stratégie à mon humble avis!

  • Michel Lebel - Abonné 14 août 2013 09 h 02

    Inévitable?

    Qui pouvait dénouer sans effusion de sang cette crise! Qui? Une solution paisible devenait de plus en plus difficile avec le temps qui passait. L'apprentissage de la démocratie est toujours un long et difficile chemin.

  • André Michaud - Inscrit 14 août 2013 09 h 29

    à prévoir

    C'était à prévoir qu'un coup d'état militaire pour renverser un gouvernement élu allait engendrer une "guerre civile" ...comment sortir de l'impasse sans remettre au pouvoir les élus?

  • Michèle-Antonia Mercure - Inscrite 14 août 2013 09 h 36

    un massacre !

    La police n'a pas dispercé les manifestants, elle les a massacrés, à 56 morts, c'est un massacre.

  • Gilbert Talbot - Abonné 14 août 2013 11 h 25

    Répression policière vs djihad

    Après ce massacre, la guerre sainte sera proclamé par les Pro-Morsi, si ce n'est déjà fait. Le conflit en Égypte se radicalise et se rapproche de la situation en Syrie, probablement attisé par les mêmes groupes radicaux provenant du Qatar et de l'Arabie Saoudite et d'AlQaida. Par ailleurs la France, l'Anglettere et les USA appuient l'armée égyptienne, non par des prises de position ouvertes, mais par des armes et des milliards de dollars. C'est tout le Moyen-Orient arabe qui est peu à peu déstabilisé, ce qui fait bien l'affaire d'Israël.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 14 août 2013 12 h 17

      Cette situation de conflit fait également bien l'affaire des banques, financiers et compagnies d'armes. Vous n'imaginez pas tout l'argent qui est investit dans la destruction de cette partie du monde en ce moment.