Égypte - Les pro-Morsi défient le gouvernement

Un garçon porte un masque à gaz devant des partisans du président déchu Mohammed Morsi. 
Photo: Hassan Ammar Associated Press Un garçon porte un masque à gaz devant des partisans du président déchu Mohammed Morsi. 

Le Caire – Des milliers de manifestants partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi célébraient jeudi au Caire l’Aïd el-Fitr, la fête de la fin du ramadan, défiant un appel du gouvernement intérimaire à se disperser au plus vite.

 

Sous une nuée de ballons, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont participé à la grande prière de l’aube qui marque officiellement la fin du mois de jeûne sur les places Rabaa al-Adawiya et Nahda de la capitale égyptienne, occupées depuis la destitution de M. Morsi par l’armée le 3 juillet.

 

Mercredi, le gouvernement installé par l’armée avait menacé une nouvelle fois de les disperser par la force, affirmant s’être retenu jusqu’alors en raison du « caractère sacré du ramadan ». Mais les dirigeants des Frères musulmans ont appelé à maintenir les rassemblements « jusqu’à la victoire », faisant redouter un nouvel épisode sanglant.

 

« L’armée aimerait qu’on lui baise la main, mais cela n’arrivera jamais ! », a lancé à l’AFP Ifrag Zyad, une manifestante, assurant être venue sur la place Rabaa al-Adawiya pour défendre « les Frères musulmans qui sont opprimés ».

 

Autour d’elle, l’enchevêtrement de tentes avait pris des airs de kermesse improvisée à l’occasion de la grande fête musulmane, et la foule était bien loin des inquiétudes que pourrait soulever partout ailleurs la menace d’une intervention policière.

 

Plusieurs milliers de pro-Morsi ont également défilé dans d’autres régions, en particulier à Alexandrie, la deuxième ville du pays, et à Qena, dans le sud.

 

Dans le même temps, des centaines d’opposants au président déchu ont prié sur la place Tahrir, tandis que la télévision officielle diffusait des images des nouveaux dirigeants du pays se prosternant dans une mosquée. Le président par intérim, Adly Mansour, était encadré par son vice-président, le Prix Nobel de la paix Mohamed el-Baradeï, et le véritable homme fort du pays, le chef de la toute-puissante armée, le général Abdel Fattah al-Sissi.

 

Dans le pays profondément divisé où des violences en marge de manifestations rivales ont fait plus de 250 morts - en majorité des pro-Morsi - depuis la fin juin, le journal gouvernemental Al-Goumhouriya titrait jeudi « Dernier avertissement » et « L’heure de la bataille se rapproche ».

 

Alors que des affrontements entre policiers et manifestants islamistes ont récemment dégénéré à plusieurs reprises, avec des dizaines de morts côté manifestants, le gouvernement a donné son feu vert au ministère de l’Intérieur pour « nettoyer » les places Rabaa al-Adawiya et Nahda.

3 commentaires
  • Jean-François Haineault - Inscrit 9 août 2013 08 h 40

    Appeler les choses par leur nom ...

    À mon point de vue, Ce que l'on voit ici ce sont des manifestant pacifique manifestant pour le respect des droits démocratique naissants dans ce pays. On y trouve hommes, femmes, enfants qui refuse de céder aux menaces d'un gouvernement illigitime mit en place suite à un coup d'état armé.

    Il y malheureusement des altercations entre manifestants et policiers (ou soldat) qui ont provoquer la mort de quelques représentant de l'ordre et de centaines de manifestants.

    À mon point de vue, c'est ça qui se passe en Égypte en ce moment, et non pas un groupe de fanatique religieux qui s'oppose à l'ordre et au progrès social et au développement économique.

    Appelons les choses par leur nom et saluons le courage des manifestants qui défendant leur droits au risque de leur vie.

    • Nicole Bernier - Inscrite 9 août 2013 14 h 51

      Je suis parfaitement d'accord avec vous et je trouve que d'appeler toutes ces démarches comme si elles étaient contrôlées par des islamistes ou des terroristes est une forme de propagande pro-occidentale qui nie le droit des peuples non-occidentaux de choisir d'autres systèmes de valeur que le nôtre. Une démarche intellectuelle basée sur des principes (le dialogue et le respect mutuel et la recherche gagnant-gagnant, etc.) refuserait d'utiliser le terme islamiste pour parler de la diversité des positions politiques rassemblées durant ces manifestations pacifistes. Il est clair que ce groupe de personne ont la foi, c'est tellement beau de voir la discipline et le courage dans les rangs des hommes et des femmes qui ploient face contre terre devant les armes ... J'ai vu la même chose en Israïel devant les chars d'asseauts israéliens et des groupes de jeunes soldats âgés dans la vingtaine et armés jusqu'aux dents et plein d'arrogance. Le contraste de ces hommes et de ces femmes en prière face contre terre et l'artrogance de l'armée me fait justement penser à Ghandi, un leader religieux pronant la paix, au temps du renversement de la colonisation anglaise et de sa dictature politique...

      Personnellement, j'aimerais avoir cette force pour protéger mes principes

  • Raouf Naggar - Abonné 9 août 2013 22 h 43

    Constat désolant quand a la crédibilité de la vénérable AFP

    Cet article n'informe pas, il prêche.
    D'abord, tous les égyptiens fêtaient et pas seulement les pro-Morsi.
    Ensuite...
    À-t-on oublié que ce sont de 17 millions (selon les plus basses évaluations) à 30 millions de citoyens qui ont manifesté pour demander le départ de l'ex-président. Il y avait aussi une pétition de 22 millions de signataires dûment authentifiés pas leur code d'identité. Morsi avait été élu avec 13 millions de votes (au second tour apres un premier score de 5 millions) dont plus de la moitié par ceux qui l'ont désavoué par la suite, trahis par son despotisme contraire à l'esprit de la révolution de 2011. C'est sur cette base que l'armée à pallié l'absence de procédure de destitution en l'écartant du pouvoir.
    À-t-on oublié que des représentants de toutes les autres composantes de la société égyptienne se sont associés à ce geste et ont endossé une feuille de route visant à ramener une vraie démocratie et une constitution respectant les droits de tous.
    À-t-on oublié que le gouvernement actuel est un gouvernement civil de transition.
    À-t-on oublié les menaces des pro Morsi de mettre le pays a feu et a sang pour s'accrocher au pouvoir, faisant fi de la volonté populaire. Les prêtres chrétiens assassinés, les églises brûlées, les tortures dans leur propre camp, dénoncées par Amnesty International et l'utilisation des enfants comme boucliers dénoncée par l'Unesco.
    À cela s'ajoute leur intransigeance dans les récentes tentatives de médiation pour leur inclusion dans le processus démocratique.
    Certes ils ne sont pas quantité négligeable, mais ils sont nettement minoritaires et ils sabotent la transition demandée par la grande majorité de leurs concitoyens.
    S'inquiéter que la transition dérive, je peux comprendre. Mais présenter ces mauvais joueurs comme des victimes, non!

    Vraiment, l'Afp est tombée bien bas.
    Et sa désinformation fait mouche. Voyez les commentaires que suscitent une telle couverture manichéenne, biaisée et sensationnaliste.