L’Égypte s’attend à une journée test, pour le premier vendredi du ramadan

L’Égypte devrait vivre une journée test pour le premier vendredi du mois sacré de ramadan, qui doit être l’occasion, dans un climat de tension persistante, de nouvelles manifestations des partisans et opposants de Mohamed Morsi, le président déchu.


Jeudi, dans un court entretien, le nouveau premier ministre, Hazem Beblaoui, a affirmé ne pas exclure une participation des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi, au gouvernement qu’il s’efforce de former.


« Jusque-là je n’ai contacté personne », a relevé M. Beblaoui, expliquant vouloir identifier les meilleurs candidats sur deux critères : « l’efficacité et la crédibilité ».


« Je ne me préoccupe pas de l’appartenance politique », a-t-il assuré.


Il a relayé l’offre déjà évoquée par la présidence intérimaire : si « quelqu’un est proposé par le Parti de la liberté et de la justice [PLJ, bras politique des Frères musulmans] et que cette personne est qualifiée », sa nomination pourra être envisagée.


Cette tentative de main tendue a toutefois été rejetée dès mercredi par la confrérie, qui a écarté toute possibilité de pactiser « avec des putschistes ».


« Nous continuerons notre protestation pacifique jusqu’à la fin du coup militaire et le retour à la légitimité », a encore commenté jeudi sur Internet le porte-parole des Frères musulmans, Ahmed Aref, donnant rendez-vous pour le premier vendredi du ramadan.


Plus d’une semaine après le renversement par l’armée de Mohamed Morsi, à la suite de manifestations massives, les deux camps restent mobilisés.


Les anti-Morsi ont aussi prévu un rassemblement vendredi pour la rupture du jeûne, sur la place Tahrir du Caire.


Depuis mercredi, après le coucher du soleil, les manifestants pro-Morsi se retrouvent eux devant la mosquée Rabaa al-Adawiya du Caire, dans le quartier de Nasr City, et prient pour le retour de leur « président », promettant de rester mobilisés.


Une centaine de personnes ont été tuées depuis que l’ex-chef de l’État, accusé d’avoir trahi la révolution, de mauvaise gestion et de ne servir que les intérêts de sa confrérie, a été déposé, le 3 juillet.


De nouvelles violences ne sont pas à exclure, quelques jours après les heurts sanglants qui ont fait 53 morts et plusieurs centaines de blessés lors d’une manifestation pro-Morsi devant le siège de la Garde républicaine.


Dénonçant un massacre, les Frères musulmans avaient appelé au « soulèvement ».


La défiance des islamistes à l’égard des nouvelles autorités a été renforcée mercredi par le lancement d’un nouveau mandat d’arrêt contre le guide suprême, Mohamed Badie, et d’autres responsables de la confrérie, recherchés pour incitation à la violence en lien avec les graves incidents de lundi.


Quelque 200 personnes ont en outre déjà été inculpées, parmi les 650 interrogées. Elles sont accusées d’avoir voulu forcer l’entrée du site militaire.


Hors du Caire, un chrétien d’Égypte (Copte) a été retrouvé mort jeudi, décapité, dans le Sinaï. D’après une source de sécurité, il avait été enlevé par des « groupes extrémistes » samedi dernier, le jour même où un prêtre copte a été tué par des hommes armés.


Le Sinaï connaît des problèmes de sécurité récurrents depuis la chute de Hosni Moubarak en 2011, et ceux-ci pourraient s’aggraver avec la crise actuelle.


Sur le terrain politique, la tâche du nouveau chef du gouvernement s’annonce particulièrement ardue.


La première mission de Hazem Beblawi, 76 ans, est de maintenir sur les rails le processus de transition politique édicté par le président intérimaire Adly Mansour, qui prévoit notamment l’adoption d’une nouvelle Constitution et la tenue de législatives d’ici début 2014.


Ce cadre institutionnel a là aussi été rejeté par les islamistes, et il est critiqué par les laïcs anti-Morsi, qui ont promis de présenter des amendements.


À l’étranger, les États-Unis, un important soutien financier de l’Égypte - et en particulier de son armée -, ont pour leur part indiqué jeudi qu’ils allaient poursuivre la livraison de chasseurs F-16, achetés par l’Égypte en 2010.


Mardi, après avoir exprimé ses craintes des violences, Washington avait dit être « prudemment encouragé » par le calendrier des élections.

5 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 12 juillet 2013 05 h 48

    "Mardi, après avoir exprimé ses craintes des violences, Washington avait dit être « prudemment encouragé » par le calendrier des élections."

    À quoi servent les élections quand les Occidentaux utilisent toutes les stratégies possibles pour mettre au pouvoir ceux qui vont supporter des politiques qui protègent les intérêts occidentaux au détriment des intérêts de la majorité des populations...

    De la pure hypocrisie, personne ne croit au système électoral à la Maison Blanche ou au Parlement canadien... Le Vénézuela a été élu démocratiquement, selon les observateurs étrangers comme Jimmy Carter, mais les États-Unis financent l'opposition pour renverser le gouvernement... Les Palestiniens ont élu démocratiquement le Hamas et le Canada et les États Unis ont organisé un gros "boycott" des financements qui aidaient les populations à survivre dans les camps de réfugiés suite au vol des terres par Israël, encore une fois l'Occident veut les forcer à choisir d'autres leaders...

    Personnellement, je suis rendue à croire que, chaque fois que les Américains ou les Européens ciblent un leader étranger comme ennemi, c'est parce que ce leader veut privilégier le développement de son pays au détriment des intérêts occidentaux (Je pense aussi à Sankara et à Allende qui ont été assassinés)... car, pour moi, les méchants dans l'histoire ce sont ceux qui s'enrichissent sur le "train fou du profit" et les gouvernements qui choisissent de suivre leur hypnotique sifflement parce que d'organiser la sécurité et l'enrichissement de leurs citoyens sans abuser des autres peuples exigeraient beaucoup plus d'efforts et de créativité. La paresse des leaders et la facilité avec laquelle ils se donnent bonne conscience sont les fléauts qui grugent toute possibilité de justice sociale et de démocratie entre les différents peuples et entre différents groupes d'une même société...

    • Antoine Girard-Vallée - Inscrit 12 juillet 2013 10 h 26

      Je suis bien d'accord avec vous, je ne croit pas que l'aide désinteressée puisse exister à l'échelle internationale.

      Par contre, il est trop facile de mettre l'étiquette des méchants sur les gouvernements du premier monde. L'accès à l'or noir et d'autres ressources naturelles dont nous dépendons (mais jamais autant que le pétrole) est beaucoup influencé par la stabilité de ces zones de transit et de production. Dans le contexte d'aujourd'hui où l'essence est autant essentielle à notre vie que de respirer, L'installation de pantins pour pouvoir contrôler le flot me semble justifiable à l'échelle nationale. Immoral? complètement. Évitable? Je ne crois pas.

      Aussi injustes que peuvent être les conséquences de l'intérêt de nos pays pour cette zone, Les circonstances le demandent.

    • Nicole Bernier - Inscrite 13 juillet 2013 06 h 12

      Je préfère votre honnêteté à tous ces discours de petits bourgeois qui construisent des "méchants" pour justifier leurs actions égoïstes. Les peuples du Tiers ou du Second Monde cherchent plus de justice (il ya des comrompus que de très bonnes gens parmi eux et autant que chez nous) et c'est pourquoi je dis que notre recherche de confort est la source de bien des guerres.

      Cela n'empêche pas que c'est douloureux de vous lire et qu'il me sera toujours impossible de jouir de ces superflus que vous qualifier d'aussi essentiels que de respirer. La pauvreté pour moi est une question de survie psychologique face à la violence de notre système.

  • Umm Ayoub - Inscrite 12 juillet 2013 11 h 31

    Belle hypocrisie


    Je suis tout à fait en accord avec le commentaire de Mme Nicole Bernier. Tout cela, c'est une question de gros sous.

    Mais il faut voir aussi que la population se laisse manipuler, car ils tiennent plus aux promesses de développement économique qu'à leurs idéaux.

    Je gage que les égyptiens qui sont sortis dans la rue pour chasser Morsi le regretteront après plusieurs années, lorsqu'ils constateront que la situation économique ne se sera pas améliorée...

    Ce n'est pas le président qui développe un pays. Le développement économique dépend surtout des gens eux-même. Tant que les Égyptiens se complaidront dans la corruption, du plus petit marchand de légumes jusqu'aux dirigeants de l'armée, rien ne changera.

    La révolution par le haut, je n'y crois pas. Pour qu'un pays se développe, chaque citoyen doit changer en lui-même.

    • Nicole Bernier - Inscrite 13 juillet 2013 05 h 30

      Le problème étant que ces populations sont très jeunes et que la jeunesse ne peut pas contenir, à la fois, la force de pouvoir insuffler le changement et la sagesse pour savoir reconnaître ce qui est un changement qui maintient le statut quo et un changement réel. Il faut que de vieux leaders avec une morale puissante puisse insuffler une direction....
      L'Occident est champion dans sa façon de se renouveller sans changer le système... et ils n'ont jamais laisser les jeunes prendre le contröle d'une situation.

      Actuellement, il est vraiment "curieux" que les médias ne soient pas aussi empressés de parler des nombreuses manifestations qui se poursuivent en Égypte... Même Aljazhirra semble avoir de la difficulté àa avoir des images... Peut-être que l'armée a réussi à saisir les caméras comme elle a tenté de la faire pour les journalistes de CNN.