Crise en Égypte: Mohamed El Baradei n'est pas encore premier ministre

Prix Nobel de la paix et ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohamed El-Baradei a dirigé l'opposition contre l'ex-président autocratique de l'Égypte Hosni Moubarak, qui a été renversé par un soulèvement populaire en 2011.
Photo: Khalil Hamra Archives Associated Press Prix Nobel de la paix et ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohamed El-Baradei a dirigé l'opposition contre l'ex-président autocratique de l'Égypte Hosni Moubarak, qui a été renversé par un soulèvement populaire en 2011.
Le Caire — Le nouveau président de l'Égypte a tenté samedi d'établir son autorité et de regagner le contrôle de la rue, alors que ses opposants islamistes ont affirmé que ses pouvoirs étaient illégitimes et fait voeu de réinstaurer Mohamed Morsi — dont la déposition par l'armée a mené à des manifestations opposées et à de meurtriers combats de rue entre partisans rivaux.
 
Soulignant toutefois les importantes divisions auxquelles fait face le leader encore inexpérimenté, Adly Mansour, son bureau a annoncé que le leader réformiste Mohamed El-Baradei avait été nommé premier ministre intérimaire, avant de revenir plus tard sur cette décision et mentionner que les consultations se poursuivaient. Un politicien proche de M. El-Baradei a expliqué que ce changement d'avis était dû aux objections d'un parti islamiste ultraconservateur avec lequel la nouvelle administration veut coopérer.
 
Pendant ce temps, l'administration de M. Mansour a tenté de démanteler l'héritage de M. Morsi. Elle a remplacé le chef du renseignement, tout comme le chef de cabinet du palais présidentiel. Des procureurs ont de leur côté ordonné que quatre responsables des Frères musulmans soient détenus pendant 15 jours en attendant la conclusion d'une enquête sur la mort par balles de huit manifestants la semaine dernière.
 
Aucune action violente d'importance n'a été rapportée entre partisans et opposants de M. Morsi, alors que les deux clans se regroupaient après une nuit de heurts ayant transformé le centre-ville du Caire en un champ de bataille. Les affrontements étaient également violents dans la ville portuaire d'Alexandrie, où des milliers d'opposants ont fait usage d'armes automatiques, d'engins incendiaires et de bâtons.
 
Les violences de vendredi ont fait 36 morts, portant à au moins 75 le nombre de personnes tuées depuis le début de la révolte, le 30 juin, lorsque des millions de protestataires sont descendus dans les rues lors du premier anniversaire de l'élection de M. Morsi.
 
Âgé de 67 ans, M. Mansour est peu connu dans les cercles internationaux, et le choix de M. El-Baradei aurait donné un visage global à son administration afin de rassurer Washington et d'autres alliés occidentaux. Toutefois, les nouvelles de la nomination de M. El-Baradei ont semblé aviver les divisions.
 
L'homme âgé de 71 ans, récompensé du Prix Nobel de la paix, était une figure inspirante pour les jeunes lors de la révolution de 2011 qui a renversé Hosni Moubarak. Son choix comme premier ministre aurait cimenté l'appui envers M. Mansour chez les jeunes protestataires anti-Morsi.
 
Un porte-parole du président a pourtant nié que la nomination de l'ancien négociateur nucléaire des Nations unies ait jamais été certaine.
 
L'imbroglio quant au choix de M. El-Baradei souligne la fragmentation de la politique égyptienne, alors que le pays continue d'être ébranlé par des périodes successives de tensions et de révolte depuis le renversement de Moubarak.
 
Rencontre du président avec le chef de l'armée
 
Plus tôt samedi, M. Mansour avait rencontré le chef de l'armée et ministre de la Défense, le général Abdel-Fattah el-Sissi, ainsi que le ministre de l'Intérieur et responsable de la police, Mohammed Ibrahim, apparemment pour élaborer des stratégies visant à mettre fin aux violences — qui ont creusé davantage le fossé qui divise le pays.

C'était la première fois que M. Mansour travaillait dans le bureau présidentiel depuis son investiture jeudi, un jour après que l'armée eut écarté M. Morsi du pouvoir au terme de quatre journées de manifestations auxquelles ont participé des millions d'Égyptiens.

Les fidèles du leader islamiste ont promis de protester dans les rues jusqu'à ce qu'il soit réintégré dans ses fonctions alors que ses détracteurs ont affirmé qu'ils manifesteraient pour protéger ce qu'ils ont appelé les «gains du 30 juin», une référence aux importants rassemblements qui ont été organisés pour réclamer le départ de Mohamed Morsi.

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