Le saut dans l’inconnu des Égyptiens

Le président Morsi parti, les Frères musulmans s’agitent.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mahmud Khaled Le président Morsi parti, les Frères musulmans s’agitent.

Avec Morsi déposé et l’armée de retour aux affaires, s’ouvre une phase de transition sans cadre juridique qui fait craindre une période de flottement comme en 2011.


Même si l’armée a promis d’agir dans le cadre du droit, de la démocratie et avec pacifisme, les premiers signaux envoyés par le régime de transition ne sont pas particulièrement rassurants. De nombreux cadres des Frères musulmans ont été arrêtés depuis mercredi soir. Le président déchu, Mohamed Morsi, serait toujours retenu au ministère de la Défense, « détenu de façon préventive », selon une source militaire. Mercredi, le chef du parti Liberté et Justice, Saad el-Katatni, avait été interpellé et jeudi, c’est Mohamed Badie, le guide suprême de la confrérie, qui a été arrêté à la demande du parquet pour incitation au meurtre de manifestants. Un mandat court toujours contre Khairat el-Chatter, considéré comme la tête pensante et le financier des Frères. En tout, près de 300 mandats d’arrêt auraient été lancés contre des personnalités islamistes.

 

Incertitudes


Cette vague d’arrestations survient au lendemain de l’allocution du général Al-Sissi, qui a acté la destitution de Mohamed Morsi et dessiné les grandes lignes d’une feuille de route pour la période de transition. Les principales mesures annoncées sont la suspension de la Constitution, la désignation du président de la Haute Cour constitutionnelle, Adly Mansour, comme chef de l’État par intérim, la formation d’un gouvernement provisoire et la tenue d’une élection présidentielle anticipée.


Le cadre juridique reste cependant très flou. « On ne sait pas combien de temps exactement va durer cette période de transition, dans quel ordre vont avoir lieu les élections, qui possédera quelles prérogatives, ni quelle Constitution est aujourd’hui en vigueur », s’inquiète la juriste et chercheuse en droit international Nathalie Maugiron-Bernard, qui craint que ces incertitudes conduisent aux mêmes errements qu’en 2011. Cette année-là, après le référendum constitutionnel de mars, l’Égypte avait traversé une période de transition marquée par l’indécision et l’instabilité politique. Le pays n’en est d’ailleurs jamais vraiment sorti.


Avertissement


Les événements qui secouent l’Égypte ont été abondamment commentés à l’étranger. Barack Obama a fait part de sa vive inquiétude et a enjoint aux militaires de « s’assurer que les droits de tous les Égyptiens et Égyptiennes sont respectés, notamment le droit de se rassembler pacifiquement et le droit à des procès justes et indépendants devant des tribunaux civils ». Ce dernier avertissement fait directement référence à la période de transition menée par le Conseil suprême des forces armées entre la chute de Hosni Moubarak, en février 2011, et l’élection de Mohamed Morsi, en juin de l’année suivante.


Les associations de droits de la personne avaient dénoncé la répression brutale des manifestations et les procès arbitraires d’activistes devant des cours martiales. Le président américain a par ailleurs dit vouloir se pencher sur l’aide militaire annuelle de coopération, de 1,3 milliard de dollars, qui en théorie ne peut être allouée à un pays où un coup d’État s’est produit.

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