L’armée égyptienne frappe chez les Frères musulmans

Des supporters du président déchu Mohamed Morsi, au Caire, mercredi
Photo: Virginie Nguyen Hoang Associated Press Des supporters du président déchu Mohamed Morsi, au Caire, mercredi

Les principaux dirigeants des Frères musulmans en Égypte ont été arrêtés jeudi, au lendemain du coup de force militaire qui a renversé l’islamiste Mohamed Morsi, premier président élu de l’histoire du pays.

Alors que Adly Mansour, le nouveau président, prêtait serment, l’armée frappait à la tête de l’organisation dont est issu Morsi. Le guide suprême de la confrérie, Mohamed Badie, a été arrêté pour « incitation au meurtre de manifestants », alors que son numéro deux, Khairat al-Chater, est sous le coup d’un mandat d’arrêt. Saad el-Katatni, chef du Parti de la liberté et de la justice (la vitrine politique du mouvement islamiste), a également été interpellé.


Mohamed Morsi et sa garde rapprochée sont quant à eux toujours détenus par l’armée.


Un haut responsable de l’armée a confirmé la détention « de façon préventive » de M. Morsi, laissant entendre qu’il pourrait être poursuivi. La justice le convoque lundi à un interrogatoire pour « insulte à l’institution judiciaire ». D’autres charges pourraient être retenues contre lui.


Si la fête s’est poursuivie toute la journée place Tahrir au son des pétards et des sifflets, l’armée craint une riposte des partisans du président déchu.


Des milliers d’islamistes ont d’ailleurs manifesté jeudi au Caire contre le « coup d’État militaire » et le nouvel « État policier ». Comme les jours précédents, ils se sont rassemblés devant la mosquée Rabia al-Adawiya de Nasr City, un faubourg du Caire, non loin du palais présidentiel.


Sur tous les accès au site, des véhicules blindés de l’armée étaient déployés, ainsi que des soldats et des hommes de la police antiémeute. « C’est un coup d’État militaire en douceur. L’armée a été assez habile pour se couvrir avec un habillage civil », affirme Ahmed el-Sayyed, 26 ans, en référence aux manifestations massives contre le président qui ont précédé son éviction. « J’espérais voir un État islamique en Égypte, mais ils ont fait capoter mon rêve », déplore-t-il.


Dans la foule, quelques-uns promettent de se venger dès vendredi, jour de la grande prière hebdomadaire. « Si ça se trouve, je vais perdre mon travail parce que je suis Frère musulman. Mais peu importe, je resterai ici, avec les autres, et nous ne bougerons pas tant que Morsi ne sera pas à nouveau président, indique Ibrahim, un fonctionnaire de 38 ans. L’armée peut bien venir nous chercher, nous résisterons jusqu’à la mort. Elle n’aura que nos corps à ramasser. »


Appel à la réconciliation


L’armée égyptienne a appelé à la « réconciliation » dans un communiqué publié dans la nuit de jeudi à vendredi, demandant de rejeter « la vengeance ». Elle indique en outre que « les mesures exceptionnelles et arbitraires contre tout mouvement politique » doivent être évitées, ajoutant que les rassemblements pacifiques et la liberté d’expression sont des droits garantis pour tous.


Lors de son allocution d’assermentation diffusée en direct à la télévision, le président du Conseil constitutionnel Adly Mansour a promis de « protéger le système républicain » et d’être le « garant des intérêts du peuple ». Il a aussi rendu hommage à l’armée, « conscience de la nation », et à la presse « libre et courageuse ».


Il dirigera un gouvernement de coalition jusqu’aux prochaines élections anticipées. La date du scrutin est cependant inconnue.


La communauté internationale a appelé jeudi à un retour rapide au processus démocratique en Égypte. Aucune grande puissance occidentale n’a prononcé le terme de « coup d’État » contre le dirigeant islamiste élu démocratiquement il y a un an, un événement que les démocraties seraient contraintes de condamner.


Les États-Unis ont demandé aux autorités égyptiennes de ne pas procéder à des « arrestations arbitraires » à l’encontre de Mohamed Morsi et de ses partisans, a déclaré un responsable du gouvernement américain.


Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fait part au ministre égyptien des Affaires étrangères de sa « profonde inquiétude devant l’intervention militaire ». Il a rappelé la nécessité d’un « retour rapide à un gouvernement civil » et de « protéger les droits de l’homme fondamentaux de tous les Égyptiens, dont la liberté d’expression et de rassemblement ».


 

Avec l’Agence France-Presse et Libération

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