Égypte - Des heurts meurtriers éclatent au Caire

Des heurts meurtriers ont éclaté mardi au Caire entre partisans et opposants de Mohamed Morsi, qui manifestaient à nouveau en masse à la veille de l’expiration d’un ultimatum de l’armée appelant le président à « satisfaire les demandes du peuple ». Dans la nuit, 16 personnes ont péri dans une attaque contre un rassemblement d’islamistes pro-Morsi près de l’université du Caire, a annoncé le ministère de la Santé. Sept autres personnes ont été tuées lors d’affrontements ailleurs dans la capitale.


Le président s’est adressé mardi soir à la nation par le biais de la télévision et a souligné la « légitimité » que lui donnait son élection démocratique et a affirmé qu’il entendait continuer de diriger le pays malgré les appels de l’opposition à son départ. Le chef d’État a déclaré : « Le peuple m’a choisi lors d’élections libres et équitables », ajoutant qu’il « continuerait à assumer la responsabilité » du pays et qu’il n’y avait « pas d’alternative à la légitimité ».


Le président Morsi a renouvelé son appel au dialogue pour sortir le pays de la crise, que l’opposition a déjà ignoré à plusieurs reprises, estimant qu’il était de pure façade.


Le président, qui a rejeté la demande du commandement militaire assimilée par ses partisans à un coup de force pour le faire partir, a rencontré le ministre de la Défense et chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi.


Mais le président Morsi est de plus en plus isolé. Mardi, le ministre des Affaires étrangères, Mohammed Kamel Amr, a annoncé son départ, rejoignant quatre autres ministres, démissionnaires depuis lundi. M. Kamel Amr est le plus important membre du cabinet à se retirer. Dans la foulée, le porte-parole de la présidence Ehab Fahmi et le porte-parole du gouvernement, Alaa al-Hadidi, ont quitté leur poste.


Infligeant un revers supplémentaire au président islamiste, la justice, engagée depuis son élection dans un bras de fer avec M. Morsi, a ordonné la réintégration du procureur général, Abdel Méguid Mahmoud, nommé sous Hosni Moubarak, qu’il avait limogé en novembre par décret présidentiel.


L’opposition de son côté a désigné Mohammed El-Baradei, ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pour être sa « voix » et son négociateur vue d’une « transition politique ». L’opposition a salué l’ultimatum de l’armée, y voyant un appui de poids dans sa volonté de pousser vers la sortie M. Morsi, accusé de vouloir instaurer un régime autoritaire au profit des Frères musulmans, le mouvement dont il est issu.


L’armée, qui avait assuré un intérim controversé entre la chute de M. Moubarak et l’élection de M. Morsi en juin 2012, a pour sa part démenti vouloir préparer un coup.


Des dizaines de milliers de personnes ont convergé mardi vers l’emblématique place Tahrir au Caire pour une nouvelle mobilisation contre le président, élu il y a tout juste un an. Un manifestant, Mostafa Gharib, a dit craindre que les islamistes « ne se battent jusqu’à la fin avant de tomber ». Pour Mona Elghazawy, une comptable également descendue dans la rue pour réclamer le départ du président, « la bataille se joue maintenant » face aux islamistes.


Des policiers supplémentaires étaient déployés dans la capitale, où les rues quasi-désertes offraient un contraste saisissant avec l’habituelle activité de la mégalopole égyptienne. La ville, où de nombreux commerces et bureaux sont restés fermés par crainte de nouvelles violences, était également survolée par des hélicoptères de l’armée.


Par ailleurs, des dizaines de milliers de partisans du président étaient rassemblés dans le faubourg de Nasr-City ainsi que devant l’université du Caire, sur l’autre rive du Nil. « La position de l’armée est inquiétante et dérangeante. S’ils prennent le pays, nous ferons une révolution islamique », a prévenu Mohamed Abdel Salem, un manifestant pro-Morsi. « Réveille-toi Sissi, Morsi est mon président », scandait la foule à l’adresse du ministre de la Défense.


Dimanche, jour anniversaire de l’élection de M. Morsi, la foule avait déferlé à travers le pays aux cris de « Le peuple veut la chute du régime », le slogan déjà scandé contre le pouvoir autoritaire de M. Moubarak.


Au moins 47 personnes ont été tuées en marge des manifestations, après que des affrontements en pro et anti-Morsi ont fait huit morts, dont un Américain, la semaine dernière.


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Le Canada ferme son ambassade au Caire

L’ambassade canadienne en Égypte a été fermée par Ottawa pour une période indéterminée. Le gouvernement du Canada a invoqué des raisons de sécurité pour expliquer la fermeture.

« Afin de prendre des précautions, et pour assurer la sécurité de notre personnel, nous avons fermé notre ambassade au Caire jusqu’à nouvel ordre », a précisé Rick Roth, un porte-parole du ministre des Affaires étrangères, John Baird.

Le Canada a lancé un appel au calme à toutes les parties et les incite à participer au processus politique. Le site Internet de l’ambassade indique sa fermeture.

Il y est aussi recommandé d’éviter tout voyage dans la péninsule du Sinaï, Port-Saïd, Suez et Ismaïlia, à l’exception des stations balnéaires telles que Charm el-Cheikh.

La Presse canadienne

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