L'Égypte retient son souffle après l'ultimatum de 48h lancé par l'armée

Le Caire, Égypte — Galvanisés par un ultimatum lancé par l'armée contre le président islamiste Mohammed Morsi, les protestataires réclamant le départ de M. Morsi ont encore manifesté massivement mardi en Égypte.

L'Égypte retenait son souffle, au lendemain de l'ultimatum de 48h lancé par l'armée au président islamiste Mohammed Morsi pour «respecter les demandes du peuple», faute de quoi elle interviendra pour mettre de l'avant une feuille de route politique et en assurer le respect.

Aussi, le président Morsi fait désormais face à des fissures dans son entourage.

Trois porte-parole du gouvernement ont quitté les rangs, mardi, dans les plus récentes défections de haut niveau soulignant son isolement accru. Au moins cinq ministres, dont celui des Affaires étrangères, ont remis leur démission.

Le Cabinet, mené par le premier ministre Hesham Qandil soutenu par M. Morsi, devait se réunir plus tard mardi. Mais les ministres de la Défense et de l'Intérieur devaient boycotter dans un signe de soutien aux mises en garde de l'armée.

La police, qui est sous le contrôle du ministère de l'Intérieur, est demeurée en marge des protestations, refusant même de protéger les bureaux des Frères musulmans ayant été attaqués et pillés.

Les manifestants qui réclament le départ de M. Morsi étaient toujours campés sur la place Tahrir du Caire, lieu de naissance du soulèvement de 2011.

Ailleurs dans la ville, les partisans de M. Morsi s'étaient aussi rassemblés et ont promis de lutter contre ce qu'ils perçoivent être une tentative de coup d'État contre un dirigeant élu démocratiquement.

La déclaration de l'armée met une énorme pression sur Mohammed Morsi et le mouvement dont il est issu, les Frères musulmans. Des foules gigantesques d'opposants en liesse sont descendues dans les rues, chantant, dansant et lançant des feux d'artifice.

Cette prise de position fait toutefois craindre que l'armée ne décide de prendre le pouvoir, comme elle l'avait fait après la chute du régime Moubarak en 2011, ce qui pourrait provoquer des affrontements violents avec les partisans armés des Frères musulmans.

Des milliers de partisans du président Morsi ont commencé à manifester dans plusieurs villes du pays après la tombée de la nuit, lundi, ce qui a donné lieu à des affrontements en certains endroits. Les Frères musulmans et des groupes islamistes ont publié un communiqué commun dans lequel ils demandent au peuple de résister à «toute tentative pour renverser» l'élection de M. Morsi il y a un an.

Environ 1500 hommes casqués et armés de boucliers et de bâtons avaient été déployés pour protéger les manifestants.

Après minuit, le bureau du président Morsi a diffusé un communiqué affirmant qu'un «État démocratique moderne» est l'un des principaux accomplissements de la révolution contre l'ancien président Hosni Moubarak. «Avec toute sa force, l'Égypte ne se permettra pas de revenir en arrière», affirme le communiqué.

La présidence a indiqué que M. Morsi analysait toujours la déclaration de l'armée, tout en ajoutant que certaines parties de la déclaration «pourraient causer des troubles sur la scène nationale déjà compliquée».



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