L’armée égyptienne se range derrière les anti-Morsi

Les manifestants réclamant le départ du président Mohamed Morsi ont explosé de joie, lundi, dans les rues du Caire, en scandant « Morsi n’est plus notre président, Sissi avec nous », en référence au général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée et ministre de la Défense.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mahmud Khaled Les manifestants réclamant le départ du président Mohamed Morsi ont explosé de joie, lundi, dans les rues du Caire, en scandant « Morsi n’est plus notre président, Sissi avec nous », en référence au général Abdel Fattah al-Sissi, chef de l’armée et ministre de la Défense.

L’ambiance était électrique hier soir en Égypte après le communiqué de l’armée donnant 48 heures aux différentes parties pour « dénouer la crise » et « répondre aux demandes du peuple ».

La présidence égyptienne a rejeté implicitement dans la nuit de lundi à mardi cet ultimatum. Dans un communiqué, la présidence affirme que « la déclaration des forces armées n’a pas été soumise au président » avant sa diffusion et contient « des signes pouvant causer la confusion », se disant déterminée « à poursuivre dans la voie qu’elle a choisie pour mener une réconciliation nationale globale ».


Coup d’État ?


Si l’on ne peut pas explicitement parler de menace de coup d’État, ça y ressemble fort et c’est ainsi que l’ont compris les nombreux Égyptiens qui dès l’annonce des militaires sont, comme la veille, sortis en nombre pour exprimer leur joie et demander la démission de Mohammed Morsi. Cet ultimatum s’ajoute à celui fixé au président par l’opposition qui a prévu de nouvelles manifestations aujourd’hui et a donné 24 heures au chef de l’État pour démissionner, le menaçant en cas contraire de lancer un vaste mouvement de désobéissance civile et de grève générale.


Par son communiqué, l’armée semblait avoir définitivement choisi le camp des manifestants dont beaucoup estiment que les militaires sont les seuls à même de rétablir l’ordre dans le pays. L’ultimatum a été aussitôt salué par des coups de klaxons festifs dans la capitale égyptienne et de nombreuses personnes se sont dirigées vers la place Tahrir pour exprimer leur joie. Des hélicoptères ont paradé à très basse altitude au-dessus de la ville en traînant de longues bannières aux couleurs de l’Égypte.


Certains révolutionnaires de la première heure restaient néanmoins circonspects, gardant en mémoire la transition politique assurée par le Conseil suprême des forces armée (CSFA) entre la chute de Moubarak et l’élection de Mohammed Morsi, et marquée par une répression brutale des manifestations et des procès arbitraires de militants politiques devant la cour martiale.


Plusieurs indices permettaient de penser que l’armée se tenait prête à intervenir. Avant même la journée du 30 juin, de nombreux chars s’étaient déployés au Caire et dans les zones stratégiques du pays. Dimanche, les hélicoptères Apache avaient survolé la capitale égyptienne, ovationnés par la foule. L’un d’eux avait même largué des drapeaux égyptiens sur les protestataires de Tahrir dont certains tenaient des pancartes où il était écrit : « L’armée et le peuple, une seule main ». Une semaine avant la grande mobilisation, le général Al Sissi, chef des armées et ministre de la Défense avait fixé la ligne rouge en annonçant que « les forces armées ont le devoir d’intervenir pour empêcher l’Égypte de plonger dans un tunnel sombre de conflits et de troubles ».


La déclaration des militaires intervient au lendemain des gigantesques manifestations contre Mohammed Morsi. Dimanche, plusieurs millions d’Égyptiens ont défilé dans tout le pays pour réclamer la démission du président avec un mot d’ordre simple : Irhal (Dégage !). Selon une source militaire anonyme, il s’agirait du plus grand rassemblement de l’histoire du pays. Un communiqué du ministère de la Santé fait état de 16 morts dans le pays et de plusieurs centaines de blessés pour la plupart en province, dans les villes d’Assiut ou de Beni Suef notamment. Ils s’ajoutent au 9 morts de la semaine passée consécutifs à des affrontements entre pro et anti-Morsi. Le bilan est lourd mais doit néanmoins être rapporté au nombre de manifestants. Devant le palais présidentiel et à Tahrir, où avaient lieu les plus gros rassemblements, il n’y a pas eu de confrontations majeures. Des associations luttant contre le harcèlement déplorent néanmoins plus de 40 cas d’agressions sexuelles sur la place symbole de la révolution. Dans la nuit, des centaines de jeunes se sont attaqués au siège de la confrérie, située à Moqattam, en banlieue du Caire. Armée de pierres, de cocktails molotov et de fusils, ils ont incendié le bâtiment protégé par quelques militants.


Le positionnement des militaires égyptiens est un camouflet de plus pour Mohammed Morsi alors qu’une source gouvernementale annonce que quatre ministres ont posé leur démission hier, d’autres sources évoquant 10 ministres. Dimanche, plus de 3000 officiers de police ont défilé contre le régime. Le bateau Frère musulman prend l’eau de tous les côtés et les caciques de la confrérie étaient hier soir aux abonnés absents. Plusieurs sources faisaient état d’arrestations de militants islamistes dans plusieurs villes du pays. Quinze gardes du corps de Khairat El Chater, la personnalité la plus influente des Frères, souvent présenté comme le vrai président, auraient notamment été arrêtés.


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