Égypte: cinq morts dans le mouvement de protestation contre le président Morsi

Égypte - Des centaines de milliers de personnes ont envahi les rues du Caire et d'autres villes de l'Égypte, dimanche, et ont marché en direction du Palais présidentiel, dans l'espoir de provoquer le départ du président islamiste, dans le cadre des plus imposantes manifestations vues au pays en deux ans et demi de chaos.

Dans une démonstration du caractère explosif des divisions qui règnent dans le pays, des jeunes manifestants provenant surtout de quartiers voisins ont projeté des pierres et des bombes incendiaires sur les principaux quartiers généraux des Frères musulmans du président Mohammed Morsi. À un certain moment, un incendie a éclaté aux portes de la villa.

Lors d'affrontements, des partisans des Frères musulmans barricadés ont fait feu en direction des assaillants, faisant au moins trois morts, selon ce qu'ont rapporté des militants.

Au moins cinq autres manifestants anti-Morsi ont été tués dimanche lors d'affrontements et de fusillades dans le sud de l'Égypte.

Plusieurs craignaient que les affrontements entre les deux clans deviennent plus violents au cours des prochains jours. Par l'entremise d'un porte-parole, M. Morsi a clairement fait savoir qu'il ne quitterait pas ses fonctions, et ses partisans islamistes ont promis de ne pas permettre de sortir l'un des leurs, élu à la suite d'un scrutin légitime.

Durant la journée de dimanche, des milliers d'islamistes se sont massés non loin du Palais présidentiel, en guise de soutien pour M. Morsi, et certains d'entre eux, munis d'armures artisanales et de bâtons, étaient prêts pour d'éventuels affrontements.

Les manifestants ont tenté de démontrer, par leur nombre, que le pays s'est retourné de façon irrévocable contre M. Morsi, et ce, exactement un an après que celui-ci fut assermenté à titre de premier président égyptien élu lors d'élections libres. Mais tout au cours de la journée et jusqu'à la fin de la soirée, les craintes de violence généralisée sur les sites de rassemblements ne se sont pas matérialisées.

En fait, l'ambiance était surtout festive alors que des manifestants aux imposants ralliements anti-Morsi à la place Tahrir et à l'extérieur du Palais Ittihadiya ont envahi rues et boulevards, agitant des drapeaux, sifflant et chantant.

Des feux d'artifice ont retenti dans le ciel. Des hommes et des femmes, certains portant de jeunes enfants sur leurs épaules, battaient du tambour, dansaient et chantaient. Des résidants vivant non loin ont lancé de l'eau sur des manifestants pour les rafraîchir.

À Montréal

Le mouvement de protestation qui agite l'Égypte a trouvé écho jusqu'à Montréal, dimanche, alors que des manifestants se sont rassemblés devant le consulat d'Égypte en soutien à leurs concitoyens rassemblés dans les rues du Caire.

Les Égyptiens de Montréal demandent aux Nations unies de condamner publiquement les actions « totalitaires » du régime des Frères musulmans, de même que la politique des États-Unis au Moyen-Orient.

Selon eux, les États-Unis soutiennent la « montée de l'islam politique, l'oppression du peuple et la transformation de la région » en un repère de terroristes.

Les manifestants ont appelé le Canada à ne pas adhérer à cette position, affirmant que cela ne ferait que ternir davantage le blason d'Ottawa en matière de droits de l'homme à l'échelle internationale.

D'autres rassemblements d'appui aux opposants égyptiens étaient prévus à Ottawa, Toronto et Calgary.

L'une des porte-paroles de la manifestation à Montréal, Lilianne Issa, a soutenu que le président égyptien, Mohammed Morsi, ne représentait pas l'ensemble de la population.

« Il n'a tenu aucune de ses promesses. Il a effectivement été élu président, mais au bout d'un an, les gens sont excédés. Il n'est pas le président de tous les Égyptiens, il est le président des Frères musulmans, et les autres personnes se sentent laissées pour compte », a-t-elle affirmé, en rappelant l'impopularité du président auprès d'une large frange de la population égyptienne.