La figure montante d’une Église qui n’est plus rien sans l’Afrique

Mgr Laurent Monsengwo
Photo: Agence France-Presse (photo) Osservatore Romano Mgr Laurent Monsengwo

En mars, le pape François a nommé huit cardinaux pour le conseiller dans sa réforme de la curie romaine, le gouvernement de l’Église catholique. Les prélats viennent de tous les continents. Mgr Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, représente l’Afrique, un continent qui occupe une place importante dans l’Église catholique, l’inverse étant également vrai d’ailleurs.

« Pour ma part, j’examinerai les questions africaines, mais aussi les questions qui concernent le monde entier », explique Mgr Monsengwo à propos des travaux du groupe de haut niveau, qui commenceront à l’automne, pour une durée encore indéterminée.


« Benoît XVI disait des Africains qu’ils sont le poumon spirituel de l’Église. Nous avons un rôle spirituel à jouer, qui consiste à amener nos valeurs au sein de l’Église catholique. Ce sont d’abord les valeurs de vie. Les Africains tiennent tous à la vie. Si l’Afrique ne tenait pas à la vie, il y a longtemps qu’elle aurait disparu de l’Histoire, à cause de l’esclavage qu’on a connu pendant quatre siècles, de la colonisation et ensuite du néocolonialisme », a-t-il ajouté dans une entrevue lors de son passage à Montréal plus tôt ce mois-ci.


« Quels conseils donnerons-nous au Saint-Père ? Je crois que nous lui réserverons la primeur, car il serait indélicat de notre part de dire maintenant ce que nous allons lui conseiller », répond diplomatiquement le cardinal archevêque.


L’ecclésiastique de haut rang rappelle que les guerres qui ont affligé son pays, la République démocratique du Congo (RDC), ont été déclenchées par les pays voisins.


L’Église pourrait-elle faire plus pour mettre fin aux violences qui perdurent dans certaines régions ? Mgr Monsengwo déplore qu’elle n’ait pas été associée à la solution du problème créé les milices proches du pouvoir rwandais qui font encore la loi dans l’Est du pays. « C’est parce qu’on a voulu que la solution soit entièrement politique », croit-il. Selon lui, la communauté internationale a eu tort de négocier avec le chef de la principale milice, Laurent Nkunda Batware, qu’il considère comme l’homme des services secrets rwandais dans la région.


Dans les années 1990, contrairement à aujourd’hui, l’Église jouait un rôle de premier plan dans les affaires politiques africaines, notamment congolaises. Mgr Monsengwo présidait le bureau de direction de la Conférence nationale au Zaïre (l’actuelle RDC) mise en place pour penser l’après-Mobutu.


« C’est pour n’avoir pas respecté les actes de la Conférence nationale, qui interdisaient à quiconque de prendre le pouvoir par les armes, qu’on en est tombé dans ce qui arrive maintenant. C’est dommage, ç’a été un gâchis inutile, affirme le cardinal. Le temps de la Conférence nationale était un temps exaltant, qui malheureusement ne reviendra plus. »


Le gouvernement actuel de la RDC écoute-t-il les conseils que lui prodigue le clergé ? La réponse de Mgr Monsengwo est sans équivoque : « Le gouvernement n’a pas les mêmes projets que l’Église catholique, et ça se comprend. Nous prônons le bien commun, ce n’est pas tout à fait ça que prône le gouvernement. Nous prônons la solidarité, ce n’est pas tout à fait ça que prône le gouvernement. Nous préconisons la vie, je ne sais pas si c’est tout à fait ce que préconise l’État. Nous préconisons la transparence dans la gestion de l’État, ce n’est pas tout à fait ça, ce qu’il préconise. Nous le comprenons, c’est ainsi dans tous les pays. »


Au sujet de la désaffection dont l’Église souffre en Amérique du Nord et en Europe, Mgr Monsengwo note qu’elle est antérieure à la mise au jour des différents scandales, de pédophilie notamment. De toute façon, le défi de l’institution est d’un autre ordre en Afrique : il consiste à « annoncer l’Évangile », une tâche qui est intimement liée au développement. « L’Église prêche le développement, c’est-à-dire un « plus avoir » et un « plus être » de tout l’homme dans toutes ses facultés, explique Mgr Monsengwo. Au Congo, nous faisons ce travail depuis toujours : 70 % des écoles et d’hôpitaux du pays sont aux mains de l’Église. Si cette dernière devait se retirer des écoles et des hôpitaux, le pays tomberait. »


Mgr Monsengwo est optimiste au sujet de l’avenir de son pays, notamment parce que la situation de conflit ne concerne directement qu’une partie de la population, même si elle empêche qu’on « affecte les ressources du pays aux postes budgétaires nécessaires ».

5 commentaires
  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 25 juin 2013 09 h 04

    70 %

    "70 % des écoles et d’hôpitaux du pays sont aux mains de l’Église." Heureusement le Québec a depuis longtemps dépassé pareille emprise !

    • Patrick Lépine - Inscrit 25 juin 2013 10 h 37

      "Heureusement"! Et c'est cet "heureusement" qui fait en sorte que le fédéral ne souhaite nous laisser "que" les hôpitaux et les écoles, soit les ministères qui rapportent le moins ou le moins rapidement au gouvernement présentement.

      Je trouve plutôt déplorable la courte vue qui permet à ces grands "humanistes" de tout sacrifier pour un principe qui n'a jusqu'à ce jour jamais fait ses preuves...

      J'ai nommé l'égalité des sexes...

      Et aussi bien entendu l'hégémonie économique sur toute notre communauté.

    • Maurice Gauvreau - Inscrit 25 juin 2013 10 h 56

      Et ça va tellement mieux!!!

  • Gilbert Talbot - Abonné 25 juin 2013 09 h 54

    Le rôle social de l'Église est encore important, mais sous la houlette du haut clergé.

    L'engagement de l'Église catholique, comme bien d'autres religions, dans les oeuvres sociales, hôpitaux, éducation, orphélinat, est encore très important, y compris chez nous, où des Institutions comme Développement et paix s'engagent à fond dans l'améliration des conditions de vie. Par contre, on ne peut pas ne pas voir que ces Institutions sont sous le contrôle du Haut Clergé qui les réoriente vers les dogmes de l'Église qui affectent surtout les femmes. Et malheureusement le pape François ne semble pas vouloir revenir à une théologie de la libération des peuples, mais plutôt vers leurs reconversions, surtout en Occident, en se servant de la Foi des Africains.

  • Maurice Gauvreau - Inscrit 25 juin 2013 11 h 00

    Quels sont ces dogmes de l'Église qui affectent les femmes? Et résumez-nous cette-dite théologie de la libération de peuples que l'Église aurait délaissé.