«Le Soudan n’est pas la Syrie», dit un ancien représentant de l’ONU à Khartoum

On arrive à un total de quatre millions de déracinés pendant le conflit au Soudan. Ce chiffre équivaut presque au nombre de Syriens se trouvant dans la même situation.
Photo: OXFAM On arrive à un total de quatre millions de déracinés pendant le conflit au Soudan. Ce chiffre équivaut presque au nombre de Syriens se trouvant dans la même situation.

Le conflit qui a opposé l’État soudanais à la moitié sud de son territoire a duré 19 ans. Il a abouti à l’indépendance de cette dernière en juillet 2012, mais il n’est pas tout à fait terminé. L’accord de paix de 2005 prévoyait des consultations populaires pour fixer le statut de deux régions frontalières : le Nil Bleu et les monts Nouba, mais celles-ci n’ont jamais eu lieu.

Par conséquent, ces territoires ne connaissent toujours pas la paix. Attaqués par les forces de Khartoum, une partie de leurs habitants se cachent dans des grottes de montagne, d’autres résistent les armes à la main et d’autres encore ont trouvé refuge dans le nouvel État au sud, où l’on trouve un camp abritant 100 000 réfugiés.


Les chiffres ont beaucoup d’importance ici. Si on additionne le 1,2 million d’habitants des monts Nouba et le demi-million d’habitants du Nil Bleu qui ont dû quitter leur foyer aux 2,7 millions de réfugiés et de déplacés du Darfour, où les problèmes de fond ne sont toujours pas réglés, on arrive à un total de quatre millions de déracinés.


Ce chiffre équivaut presque au nombre de Syriens se trouvant dans la même situation, signale Mukesh Kapila, représentant spécial de la Fondation Aegis pour la prévention des génocides, qui n’hésite pas à parler de volonté génocidaire s’agissant du gouvernement soudanais. M. Kapila avait un des premiers étrangers à dénoncer les atrocités au Darfour, une province du même Soudan, où il a été coordinateur de l’aide humanitaire de 2003 à 2004. Une décennie auparavant, il avait vu les séquelles du génocide au Rwanda alors qu’il travaillait pour l’agence de développement international du Royaume-Uni.


« Ce conflit [dans le sud du Soudan] n’est pas motivé par le pétrole ou par le tracé exact des frontières, expliquait Mukesh Kapila dans une entrevue récente. C’estune affaire ethnique. Depuis son accession au pouvoir, Omar el-Béchir [le président soudanais inculpé par la Cour pénale internationale] a tenté de reconstruire l’ethnicité. »


On a tendance à oublier les conflits dans cette partie du monde. Pourquoi les médias s’y intéressent-ils si peu ? « Ils sont réticents à faire des enquêtes, même à faire des suivis, répond Mukesh Kapila. Il y a un intérêt épisodique, mais à cause des difficultés logistiques et parce qu’il n’y a pas de matière à manchettes, ce n’est pas considéré comme très excitant. Dommage. »


« Le plus extraordinaire, c’est la résistance de ces gens, qui ne veulent pas devenir des réfugiés », ajoute-t-il. Leur situation devient de plus en plus précaire, même si certaines organisations humanitaires leur portent assistance au moyen d’opérations transfrontalières clandestines. La résistance militaire est organisée par les éléments locaux du SPLM, le mouvement qui a combattu Khartoum pendant 19 ans.


L’an dernier, il s’est fédéré avec l’opposition au Darfour pour former le Front révolutionnaire du Soudan. En outre, au début de l’année, les forces d’opposition civile se sont réunies en Ouganda pour dessiner les contours de l’après-Béchir.


Que peut faire la communauté internationale ? « D’abord, les gouvernements pourraient prendre acte de ce qui se passe au Soudan et dénoncer les atrocités qui sont commises. Le silence tue. Ensuite, ils pourraient se joindre à l’embargo que les États-Unis ont imposé au Soudan »,répond Mukesh Kapila.


L’ancien fonctionnaire international propose une tout autre solution pour la Syrie : « Nous ne devrions pas y intervenir, il y a assez d’armes sur place. Et on sait ce qui arrive quand on intervient directement, on l’a vu en Afghanistan et en Irak. »


« On devrait faire plus en matière d’aide humanitaire. Le grand nombre de réfugiés déstabilise les pays voisins », ajoute-t-il.