Le président kényan, inculpé par la CPI, est invité à Londres

Uhuru Kenyatta n’a pas encore publiquement fait savoir s’il acceptait l’invitation britannique, mais des sources diplomatiques ont indiqué que sa venue à Londres était attendue.
Photo: Ben Curtis Associated Press Uhuru Kenyatta n’a pas encore publiquement fait savoir s’il acceptait l’invitation britannique, mais des sources diplomatiques ont indiqué que sa venue à Londres était attendue.

Nairobi — Le Royaume-Uni a invité Uhuru Kenyatta à Londres la semaine prochaine, une visite qui constituerait le premier déplacement hors d’Afrique du nouveau président Kényan inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, a-t-on appris vendredi de sources diplomatiques.

L’invitation à assister à une conférence sur la Somalie mardi à Londres, co-organisée par Londres et Mogadiscio, marque un changement dans l’attitude du gouvernement britannique vis-à-vis de M. Kenyatta. Londres, comme les autres pays de l’Union européenne, a pour politique de n’entretenir que des contacts indispensables avec toute personne inculpée par la CPI.


M. Kenyatta, investi début avril après avoir remporté dès le premier tour l’élection présidentielle du 4 mars dans son pays, est poursuivi pour son rôle présumé dans les violences qui avaient suivi le précédent scrutin présidentiel fin 2007. Son procès à La Haye doit s’ouvrir en juillet.


L’ambassadeur britannique au Kenya, Christian Turner, a remis l’invitation à M. Kenyatta en le rencontrant mercredi, a indiqué le porte-parole de l’ambassade, John Bradshaw.


« Le Kenya joue un rôle vital en Somalie, parce qu’il y a engagé quelque 5000 soldats et qu’il accueille plus de réfugiés somaliens que n’importe quelle autre nation », a expliqué l’ambassade britannique dans un communiqué.


Mercredi, MM. Kenyatta et Turner ont aussi « discuté de la façon dont [leurs] deux pays pourraient travailler ensemble, non seulement sur des sujets de préoccupation commune comme la stabilité et la sécurité régionales, mais aussi la prospérité et le développement, » a-t-elle ajouté, précisant que Londres voulait aider Nairobi à doubler le volume de commerce entre le Royaume-Uni et le Kenya.


Report demandé


M. Kenyatta n’a pas encore publiquement fait savoir s’il acceptait l’invitation britannique, mais des sources diplomatiques ont indiqué que sa venue à Londres était attendue. M. Kenyatta, comme son vice-président William Ruto, lui aussi inculpé par la CPI, a toujours dit qu’il coopèrerait avec la justice internationale. Tous deux nient cependant les charges retenues contre eux.


Le vice-président kényan William Ruto a demandé à la Cour pénale internationale de reporter à novembre au plus tôt son procès pour crimes contre l’humanité prévu pour s’ouvrir le 28 mai, assurant que l’accusation ne lui a divulgué que tardivement certains documents, a-t-on appris vendredi auprès de la CPI.


« La divulgation continuellement dilatoire de la part du bureau du procureur ainsi que son approche générale de l’affaire a rendu la date du 28 mai 2013 complètement irréaliste si le droit de M. Ruto à un procès juste doit être garanti », a indiqué la défense de William Ruto dans un document déposé jeudi devant la CPI.


« La défense requiert que la chambre fixe une nouvelle date de procès à novembre 2013 au plus tôt afin de donner à M. Ruto et sa défense le temps adéquat pour mener les enquêtes nécessaires à la préparation du procès », a ajouté la même source.


Les juges avaient déjà décidé précédemment de reporter au 28 mai l’ouverture du procès de M. Ruto, initialement prévue au 10 avril, estimant « qu’il est important de s’assurer que les accusés aient le temps adéquat pour la préparation de leur défense ». L’accusation ne s’était alors pas opposée au report du procès.


La CPI avait décidé en 2012 de poursuivre, dans deux procès séparés, des membres de chacun des camps qui s’étaient affrontés lors des violences ayant suivi la réélection contestée du président Mwai Kibaki fin 2007, les plus graves de l’histoire du Kenya indépendant, et ayant fait plus de 1000 morts et plus de 600 000 déplacés.


Dans la première affaire, M. Ruto, 46 ans, est poursuivi avec le présentateur de radio Joshua Arap Sang pour meurtre et persécution, notamment. Dans la deuxième, l’actuel président Uhuru Kenyatta est poursuivi, entre autres, pour meurtre, viol et persécution. Son procès devait s’ouvrir le 11 avril mais a été reporté au 9 juillet.


William Ruto et Uhuru Kenyatta, investi le 9 avril à la suite d’élections marquées par des accusations d’irrégularités, sont actuellement alliés politiques malgré le fait qu’ils étaient dans des camps opposés en 2007. Ils font l’objet de citations à comparaître, et non de mandats d’arrêt, et se sont présentés libres à plusieurs reprises devant la CPI.

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