L’Égypte veut la peau de l’humoriste Bassem Youssef

De nombreuses démarches judiciaires ont été entreprises contre l’humoriste Bassem Youssef, qui est souvent décrit comme le Jon Stewart de l’Égypte.
Photo: Amr Nabil - Associated Press De nombreuses démarches judiciaires ont été entreprises contre l’humoriste Bassem Youssef, qui est souvent décrit comme le Jon Stewart de l’Égypte.

La diplomatie américaine a dénoncé lundi les restrictions de plus en plus fortes à la liberté d’expression en Égypte, à la lumière du cas d’un humoriste égyptien poursuivi pour avoir insulté l’islam et le président islamiste Mohamed Morsi.

La porte-parole du département d’État Victoria Nuland a exprimé « l’inquiétude » des États-Unis après que « le procureur général [égyptien] eut apparemment interrogé puis libéré sous caution Bassem Youssef, accusé d’insultes à l’islam et au président Morsi ».


La diplomate américaine a vu dans cette affaire, ainsi que dans des « mandats d’arrêts émis à l’encontre d’autres militants politiques, la preuve d’une tendance préoccupante à ce que la liberté d’expression soit de plus en plus contrainte » en Égypte.


Le plus populaire humoriste de la télévision égyptienne, qui s’en prend chaque semaine au président islamiste et aux prêtres tenants de la ligne dure dans le cadre d’une émission sarcastique, a été libéré sous caution dimanche, mais pourrait être accusé d’avoir insulté le leader du pays et l’islam.


Bassem Youssef est le critique le plus virulent du président Mohammed Morsi à être arrêté pour interrogatoire au cours des dernières semaines, dans la foulée de ce qui est, selon l’opposition, une campagne pour intimider les détracteurs. Le tout alors que de nombreuses vagues de révolte politique se succèdent dans une Égypte profondément divisée.


Des mandats d’arrêt ont été émis contre cinq militants anti-gouvernementaux bien connus ; ceux-ci ont été accusés d’avoir provoqué les violences.


Le procureur en chef adjoint Hassan Yassin a nié que l’interrogatoire de cinq heures faisait partie d’une campagne d’intimidation, et a plutôt affirmé que son département faisait respecter la loi et tentait d’établir certaines normes en matière de liberté d’expression.


La semaine dernière, le président Morsi a accusé les médias privés d’alimenter la violence et argué que celle-ci était utilisée à des fins politiques.


M. Yassin a cependant réfuté le fait que le bureau du procureur agissait au nom de la présidence pour s’en prendre aux détracteurs de M. Morsi, disant avoir aussi arrêté et interrogé des islamistes.


M. Youssef est l’animateur de l’émission de satire politique hebdomadaire connue pour ses sketchs s’en prenant à M. Morsi et à la nouvelle classe politique islamiste. Il se moque toutefois aussi de l’opposition et des médias.


L’émission a conquis un important auditoire, tout en s’attirant l’ire de nombreux détracteurs. M. Youssef a fréquemment été la cible de poursuites, la plupart déposées par des avocats islamistes qui l’ont accusé de « corrompre la moralité » ou de violer des « principes religieux ».


Dans des remarques livrées à un présentateur de la chaîne privée qui diffuse son émission, M. Youssef a déclaré samedi que son programme n’insultait pas l’islam, mais visait plutôt à exposer ceux qui le « déforment ».


« Nous n’insultons pas la religion. Ce que nous faisons, c’est exposer ces pseudos religieux et les chaînes islamistes qui ont insulté l’islam plus que quiconque », a-t-il dit.

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