Tunisie - Le premier ministre Hamadi Jebali annonce sa démission

Hamadi Jebali (à gauche) a rencontré mardi le président Moncef Marzouki.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fethi Belaid Hamadi Jebali (à gauche) a rencontré mardi le président Moncef Marzouki.

Le premier ministre tunisien, Hamad Jebali, a annoncé avoir démissionné mardi après l’échec de sa tentative de former un gouvernement apolitique pour sortir le pays de la grave crise.

« J’ai promis et assuré qu’en cas d’échec de mon initiative je démissionnerais de la présidence du gouvernement et c’est ce que je viens de faire », a-t-il dit, dans une déclaration retransmise en direct à la télévision à l’issue d’une entrevue avec le chef de l’État Moncef Marzouki. M. Jebali, qui est entré en conflit avec son propre parti islamiste Ennahda en proposant un cabinet de technocrates, a indiqué qu’il partait pour « tenir [sa] promesse faite devant le peuple ». « Il y a une forte déception. Notre peuple est déçu par sa classe politique, il faut restaurer la confiance », a-t-il dit.

 

Des efforts


M. Jebali a indiqué avoir demandé à ses ministres de continuer à faire « plus d’efforts pour que l’État continue de fonctionner » malgré sa démission. « L’échec de mon initiative ne signifie pas l’échec de la Tunisie ou l’échec de la révolution », a-t-il encore souligné, se disant toujours convaincu qu’un gouvernement apolitique « est le meilleur moyen pour sortir le pays de l’errance ». Il a insisté une nouvelle fois sur l’urgence de fixer la date des prochaines élections.


Si cet islamiste pragmatique de 63 ans a surpris la classe politique en initiant la formation d’un cabinet de technocrates, son pari à quitte ou double a échoué face à l’intransigeance des islamistes conservateurs avec qui ses relations étaient tendues depuis des mois. Pourtant, observateurs et opposants s’étaient accordés ces deux dernières semaines pour louer un homme d’État qui a tenté de désamorcer les intérêts partisans qui bloquent le processus de réformes.


Homme d’État


« M. Jebali a acquis le sens des réalités au contact du pouvoir, il a dépassé ses angoisses et commencé à agir en homme d’État en accord avec les modérés de son camp », analyse un observateur européen.


Face à ceux d’Ennahda qui le désavouent, il s’était posé en garant de l’intérêt national, voulant éviter à la Tunisie de « basculer dans le chaos et l’irrationnel ».


Petite barbe blanche, lunettes à fine monture et « tabaâ » (la marque de prosternation des musulmans pieux) sur le front, Hamadi Jebali, fait partie des figures historiques de l’islamisme tunisien.


Né en 1949 à Sousse, la « perle du Sahel », foyer historique du pouvoir sur la côte orientale, cet ingénieur en énergies renouvelables formé en France est l’un des cofondateurs du Mouvement de la tendance islamique en 1981, qui deviendra Ennahda (Renaissance) en 1989.


Condamné à mort en 1987, avant la destitution du premier président Habib Bourguiba, il fuit en Espagne. En 1989, il bénéficie d’une amnistie générale et regagne Tunis pour fonder le journal du parti, El Fajr (L’Aurore). En décembre 1989, il est condamné à 12 mois de prison pour un article critiquant la justice militaire. En 1991, alors que la répression anti-islamiste bat son plein sous le régime de Zine Al Abidine Ben Ali, il est condamné à 17 ans de prison dont il purge 10 ans à l’isolement. En 2006, il est gracié mais assigné à résidence à Sousse.