Le conflit malien s’étend à l’Algérie - Quarante «croisés» pris en otages


	L’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dit «le borgne», un des chefs historiques d’al-Qaïda au Maghreb islamique
Photo: Agence France-Presse (photo)
L’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dit «le borgne», un des chefs historiques d’al-Qaïda au Maghreb islamique

Des militants islamistes ont pris en otages, mercredi, une quarantaine d’expatriés travaillant sur un site gazier du centre-est de l’Algérie, en représailles de l’opération française au Mali, qui prend ainsi une nouvelle dimension internationale, et à la décision prise par Alger d’ouvrir son espace aérien aux avions participant aux combats.

Les preneurs d’otages, qui sont liés au groupe al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), ont dit détenir sept Américains et deux Britanniques. Les autres étrangers capturés seraient des ressortissants français, norvégiens, irlandais, japonais, philippins et malaisiens, selon diverses sources. Environ 150 Algériens seraient également retenus prisonniers dans le complexe, que les forces armées algériennes entouraient mardi soir. Ces installations sont exploitées par la société britannique BP, conjointement avec la norvégienne Statoil et l’algérienne Sonotrach.


Le ministère canadien des Affaires étrangères s’est dit d’avis qu’aucun de ses ressortissants ne figure dans la liste des otages, bien qu’au moins un Canadien travaille dans les installations concernées. À Washington, le département d’État a confirmé que des Américains figuraient parmi les otages.


Selon un porte-parole du gouvernement algérien, les preneurs d’otages, lourdement armés, se sont présentés à l’aube aux installations gazières d’In Amenas, à bord de véhicules banalisés. Alger a fait état de deux morts au cours de l’attaque, soit un Britannique et un Algérien, et de six blessés.


« Nous rejetons toute négociation avec le groupe », a affirmé le ministre de l’Intérieur, Dao Ould Kablia.


Le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, n’a pas exclu une riposte militaire. « Je veux assurer le peuple américain que les États-Unis prendront les mesures nécessaires pour faire face à cette situation », a-t-il dit.


L’attaque a été revendiquée par un groupe islamiste armé, les « Signataires par le sang », en « réaction à la croisade menée par les forces françaises au Mali », selon un communiqué publié par un site mauritanien privé qui publie régulièrement les communiqués de djihadistes. C’est le nom que l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, dit « le borgne », un des chefs historiques d’al-Qaïda au Maghreb islamique, récemment destitué, a donné à sa katiba (unité combattante).


« Nous affirmons que les otages sont plus de 40 croisés, dont sept Américains et deux Britanniques, parmi d’autres nationalités », poursuit l’organisation, dont la « première condition » est « l’arrêt de cette agression contre les nôtres au Mali ».


Progression des troupes françaises


Les troupes françaises progressaient mercredi vers le nord du Mali, avec des combats au sol qui constituent une nouvelle étape dans l’engagement militaire de Paris, après des raids aériens menés depuis le 11 janvier dans le centre et le nord du pays pour empêcher une avancée des islamistes vers la capitale, Bamako.


Selon le communiqué des ravisseurs, l’Algérie a été choisie comme cible car les djihadistes n’acceptent pas « l’humiliation de l’honneur du peuple algérien », avec la décision du président Abdelaziz Bouteflika d’autoriser les avions français en route pour le Mali à traverser l’espace aérien algérien.


« Les ravisseurs réclament la libération de 100 terroristes détenus en Algérie pour relâcher leurs otages », exigeant que ces islamistes soient conduits dans le nord du Mali, a par ailleurs indiqué à l’AFP par téléphone un employé du site, ayant requis l’anonymat, qui a pu écouter des échanges entre Algériens et ravisseurs.


La France est reconnaissante au Canada de sa contribution à la mission militaire au Mali - qui a pris la forme d’un avion de transport -, mais un soutien financier à la force internationale serait également apprécié, a par ailleurs indiqué mercredi l’ambassadeur français à Ottawa.


Philippe Zeller a ainsi déclaré à La Presse canadienne que la résolution des Nations unies sur le Mali, adoptée le mois dernier, entrouvre la porte pour que le Canada et d’autres pays soutiennent financièrement la mission internationale formée de militaires africains et français.


Certains pressent le premier ministre, Stephen Harper, de ne pas hésiter à déployer des militaires canadiens au Mali mais, selon M. Zeller, Ottawa n’a pas besoin de poser ce geste.


M. Zeller ainsi que l’ambassadrice du Mali et l’émissaire de la Côte d’Ivoire ont rencontré plus tard mercredi le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, pour discuter de stratégie à propos de cette crise.


Au Mali même, les forces spéciales françaises ont combattu les islamistes à Diabali, une ville située à 400 km au nord de Bamako et qui a été prise lundi par les islamistes.


Plus de 800 soldats français sont d’ores et déjà déployés au Mali, et leur nombre devrait à terme s’élever à 2500.


Dans la zone de Konna (centre), à 700 km au nord-est de Bamako, les islamistes qui avaient pris la ville le 10 janvier, déclenchant l’intervention française, sont toujours présents, contrairement aux affirmations de l’armée malienne. Des soldats français ont pris position près de la ville, selon une source de sécurité malienne.


À La Haye, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé mercredi qu’il avait ouvert une enquête sur les crimes de guerre présumés commis depuis janvier 2012 au Mali par « divers groupes armés ». Ces derniers ont notamment procédé à des lapidations et des amputations dans les territoires qu’ils contrôlent. Ils ont également été accusés d’utiliser des enfants soldats, selon des témoins et l’organisation Human Rights Watch (HRW).

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D’après l’Agence France-Presse, l’Associated Press et La Presse canadienne

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