Des soldats français déployés sur le sol malien

Des militaires français basés en Côte d’Ivoire ont débarqué mardi sur une base de la région de Bamako dans le but de se rendre dans le nord du Mali. La France a l’intention de déployer 2500 soldats au Mali, où plus de 800 sont déjà à pied d’œuvre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Éric Feferberg Des militaires français basés en Côte d’Ivoire ont débarqué mardi sur une base de la région de Bamako dans le but de se rendre dans le nord du Mali. La France a l’intention de déployer 2500 soldats au Mali, où plus de 800 sont déjà à pied d’œuvre.

Pour la première fois depuis le début de l’opération Serval, déclenchée vendredi dernier, des soldats français ont été déployés sur le sol malien, mardi, tandis que le président François Hollande assurait que la France « n’a pas vocation à rester au Mali », même si certains observateurs envisagent un conflit plutôt long.

Plusieurs centaines de militaires maliens et français se dirigeaient mardi vers Diabali, une ville de garnison tombée la veille aux mains des miliciens salafistes qui contrôlent le nord du pays depuis dix mois, pendant que l’aviation poursuivait ses bombardements sur la zone en question. Les miliciens en ont quitté les principales villes, dans ce qui apparaît comme un repli tactique.


Une colonne de blindés français a par ailleurs été observée quittant Bamako, la capitale, en direction nord. Enfin, la ville de Konna, dont la prise avait déclenché l’intervention française la semaine dernière, serait toujours aux mains des rebelles, contrairement aux prétentions de l’armée malienne.


Le président français, François Hollande, a déclaré mardi que l’opération militaire qu’il a ordonnée vise trois buts, soit « arrêter l’agression terroriste », « sécuriser Bamako », et restaurer « l’intégrité territoriale » du Mali.


« La France n’a pas vocation à rester au Mali, mais nous avons un objectif, c’est de faire en sorte que, lorsque nous partirons, il y ait une sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et plus de terroristes », a précisé le chef de l’État français lors d’un déplacement à Dubaï, aux Émirats arabes unis, où la France dispose d’une base militaire.


Paris prévoit à terme déployer 2500 soldats au Mali, où plus de 800 sont déjà à pied d’oeuvre.


« La guerre est toujours quelque chose de long, compliqué, chaotique. Quand on commence une guerre, on se sait jamais ce qu’elle va devenir », a fait remarquer mardi un ancien haut gradé français, Vincent Desportes, qui répondait aux internautes du quotidien Le Monde.


« Il est clair que cette guerre va durer et que l’engagement français est un engagement à long terme », a-t-il poursuivi.


« Le risque d’enlisement est grand parce qu’on est en présence d’une combinaison de groupes qui n’ont pas tous la même idéologie et qui ne poursuivent pas tous les mêmes objectifs », a noté le professeur de relations internationales Houchang Hassan-Yari, du Collège militaire royal du Canada à Kingston, dans un entretien avec Le Devoir.


Formation d’une force internationale


De leur côté, les chefs d’état-major des pays voisins du Mali se sont réunis à Bamako dans le but de former une force internationale africaine et d’en « libérer » la partie nord. Les États membres de la Communauté économique des États de l’est de l’Afrique (CEDEAO) doivent en effet fournir ensemble 3300 soldats, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.


Les États-Unis ont exclu mardi de « mettre un seul pied américain sur le terrain » au Mali. C’est ce qu’a indiqué le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, tout en répétant que les États-Unis fournissent déjà des renseignements et qu’ils discutent de la façon d’aider la France sur le plan de la logistique.


 

L’avion de transport canadien Hercule C-17 promis lundi par Stephen Harper a enfin décollé mardi de la base militaire de Trenton, en Ontario, en direction de Bamako, via la France, en présence du ministre de la Défense, Peter MacKay. De son côté, le ministre des Affaires étrangères, John Baird, accueillera les ambassadeurs de la France, du Mali et du bloc économique de l’Afrique de l’Ouest pour des discussions à Ottawa, ce mercredi, sur les combats sévissant au Mali.


Selon un sondage Harris Interactive réalisé pour l’émission 20 Minutes, 71 % des Français craignent que l’intervention au Mali n’entraîne des actes terroristes en France. Les autorités de l’Hexagone ont fait passer de « rouge » à « rouge renforcé » le plan Vigipirate au cours du week-end, ce qui s’est traduit par la présence de 700 militaires en région parisienne.


Amnistie internationale et Human Rights Watch, deux importantes organisations internationales de défense des droits fondamentaux, ont lancé un cri d’alarme concernant l’enrôlement d’enfants par les milices sévissant dans le nord du Mali. HRW dénonce en particulier l’utilisation d’enfants aux points de contrôle susceptibles d’être bombardés.


Enfin, l’ONG française Action contre la faim a annoncé mardi la suspension, pour ses raisons de sécurité, de ses activités dans la région de Gao, dans le nord du Mali. Cette dernière région, de même que celles de Tombouctou et de Kidal (également dans le Nord), ainsi que celle de Mopti, dans le centre, sont devenues en 2012 un sanctuaire pour des groupes islamistes armés se réclamant de l’idéologie et des objectifs d’al-Qaïda. Ils en ont pris le contrôle en écartant les indépendantistes touareg qui venaient de lancer une offensive à la faveur du vide politique provoqué par un coup d’État militaire à Bamako.

 

Avec l’Agence France-Presse, La Presse canadienne et l’Associated Press

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