Égypte - Référendum: la légitimité minée de Morsi

Des partisans de Mohamed Morsi et des Frères musulmans ont manifesté dans les rues du Caire.
Photo: Hassan Ammar Associated Press Des partisans de Mohamed Morsi et des Frères musulmans ont manifesté dans les rues du Caire.

La moitié des Égyptiens voteront ce samedi sur un projet de Constitution controversé qui a déchaîné une vague de violence ayant causé une vingtaine de morts en trois semaines. Ce scrutin, destiné à mettre un point final à la transition ouverte par le départ d’Hosni Moubarak, le 11 février 2011, s’annonce comme un fiasco, qui risque de laisser le pays encore plus divisé et confus. Le refus d’une partie importante de la magistrature de le superviser a obligé la commission électorale à étaler le scrutin, prévu le 15 décembre, sur deux samedis consécutifs.

L’opposition a appelé à voter non. Elle reproche au projet de loi fondamentale, adopté en moins de 48 heures malgré le boycottage des libéraux, de la gauche et des chrétiens, d’être liberticide et d’inspiration islamiste. Mais plus encore que le contenu, c’est la manière qui pose problème. En s’octroyant, le 22 novembre, des pouvoirs extraordinaires, le président islamiste Morsi a réveillé le spectre de la dictature.


L’attaque de manifestants d’opposition devant le palais présidentiel par le service d’ordre des Frères musulmans, le 5 décembre, a causé de cinq à sept morts et provoqué des violences dans tout le pays : 28 locaux des Frères musulmans ont été incendiés. Et on apprenait les jours suivants que la confrérie a détenu et torturé une cinquantaine de manifestants hors de toute procédure légale. Peu à peu, les divisions politiques se diffusent au sein des institutions : la justice à l’évidence, la police peut-être. Pourquoi pas l’armée un jour ?


Mohamed Morsi, qui s’était engagé à être le président de tous les Égyptiens, apparaît désormais comme le protecteur, voire le prisonnier, de la confrérie dont il est issu. Dans le débat sur la future Constitution, il a choisi de s’allier avec les salafistes plutôt qu’avec la gauche et les libéraux, dont les voix lui ont pourtant permis d’être élu en juin face à Ahmed Chafik, un ancien militaire.


Message sur Facebook


La succession de coups de force suivis de reculades en trompe-l’oeil a achevé de décrédibiliser le président. Il a ainsi annulé son décret du 22 novembre, tout en précisant que « ses effets restent entiers ». Même stupéfaction après l’annonce, le 9 décembre, d’une hausse générale des prix et des impôts, annulée la nuit suivante par un message du président sur son compte Facebook.


Le non devrait l’emporter, si l’on se fonde sur les scores du premier tour de la présidentielle, d’autant que la communauté copte (les chrétiens d’Égypte) devrait être mobilisée contre le projet de Constitution, qui ouvre la porte à une application plus directe de la charia. Mais les Frères musulmans semblent relativement confiants. Ils ont distribué des vivres dans les villages reculés ces derniers jours et mènent une campagne purement religieuse (« celui qui vote non est un mécréant »). Ils peuvent aussi compter sur le plein des voix salafistes, tandis que le front du refus a longtemps hésité entre le non et le boycottage.


Jeudi soir, nul ne savait encore si des résultats partiels seraient publiés après la première phase. Avec le risque, s’ils sont annoncés, de transformer le pays en champ de bataille entre les deux tours, et, s’ils ne le sont pas, d’alimenter les soupçons de fraude.

1 commentaire
  • Umm Ayoub - Inscrite 15 décembre 2012 05 h 57

    Légitimité minée?

    En quoi la légitimité de Morsi est minée?

    N'est ce pas que c'est le seul président égyptien a avoir été élu démocratiquement par le peuple?

    Et qui est ce qui est plus 'légitime' que lui, je voudrais bien le savoir!