Mali: les discussions se poursuivent à Ouagadougou

Des combattants d’Ansar Dine au mois d’août
Photo: Romaric Ollo Hien Des combattants d’Ansar Dine au mois d’août

La médiation burkinabé poursuivait lundi ses discussions avec Ansar Dine, l’un des groupes islamistes contrôlant le nord du Mali, tandis que des experts internationaux ont finalisé les premiers plans pour une force armée africaine qui pourrait être aidée par une forte implication occidentale.

Une délégation d’Ansar Dine (Défenseurs de l’islam, en arabe), arrivée vendredi à Ouagadougou, a rencontré le président Blaise Compaoré, médiateur au nom de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), a-t-on appris auprès de la médiation. Ces émissaires ont retrouvé lundi en fin de journée le chef de la diplomatie burkinabé Djibrill Bassolé, au lendemain d’un premier entretien.


Pour M. Compaoré, il s’agit de convaincre le mouvement - surtout composé de Touaregs maliens comme son chef Iyad Ag Ghaly - de rompre avec ses alliés djihadistes, al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) qui contrôlent le nord du Mali avec lui.


Mais jusque-là, la délégation d’Ansar Dine conduite par Algabass Ag Intalla - à la fois un élu, un haut cadre du groupe et une importante personnalité de la communauté touareg - s’est contentée d’afficher son « indépendance » vis-à-vis des autres mouvements. Comme ses alliés, Ansar Dine impose la charia de manière brutale, des destructions de mausolées aux lapidations à mort.


Durant leur rencontre dimanche avec M. Bassolé, les émissaires islamistes ont affirmé n’avoir rien à se reprocher sur le plan du « terrorisme ». Ils ont redit leur attachement à une « solution négociée à la crise », en demandant que Bamako mette en place la « structure de négociation » promise.


Ansar Dine a aussi rencontré discrètement des représentants, basés à Ouagadougou, du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), rébellion touareg, laïque et prônant l’autodétermination, qui avait été évincée par les islamistes du Nord malien.


« Si Ansar Dine se déconnecte d’AQMI et de la charia, le MNLA pense qu’il pourra y avoir des retrouvailles, mais ça patine. Le MNLA espère qu’avec la pression de la médiation, de l’Algérie et de la communauté internationale, ça va aboutir », a indiqué une source proche des discussions.


Une autre délégation d’Ansar Dine se trouve actuellement à Alger où les autorités croiraient à un prochain revirement du groupe, selon des informations de presse. Pour le Burkina cependant, même si Ansar Dine se démarque de ses encombrants alliés, connus pour leurs enlèvements et leurs trafics dans les pays de la région, il faudra in fine recourir à la force contre les « terroristes ».


Parallèlement aux négociations, se prépare une intervention militaire africaine. À Bamako, des experts internationaux ont ainsi achevé lundi leurs travaux entamés le 30 octobre sur le « concept d’opération » de cette intervention. Ils passent le relais mardi aux chefs d’état-major de la Cédéao, avant que les dirigeants de la région ne s’en saisissent.


« Si les chefs d’État africains donnent leur accord, il y aura des troupes non africaines sur le terrain pour aider le Mali à reconquérir son territoire », a indiqué un responsable africain ayant participé à la réunion. Jusqu’à présent, l’envoi de troupes non-africaines au sol a cependant toujours été écarté par la France ou les États-Unis, qui ne parlent que d’un appui logistique. Mais des responsables ouest-africains espèrent une intervention de leur aviation.